Prévue initialement au Liban en 2020 et longtemps attendue, Madame Pylinska et le secret de Chopin arrive enfin à Beyrouth. À l’initiative de PERSONA Productions, Éric-Emmanuel Schmitt retrouve le public libanais pour une rencontre intime entre théâtre, musique et initiation à la vie.
Après l’immense succès de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran au Liban en 2018, Éric-Emmanuel Schmitt revient enfin sur scène à Beyrouth. Non pas avec une pièce devenue emblématique de son parcours artistique et personnel : Madame Pylinska et le secret de Chopin. Initialement programmée au Liban en 2020, puis empêchée par les circonstances qu’a traversé le pays, la rencontre peut enfin avoir lieu en février 2026, grâce à l’initiative déterminante de PERSONA Productions, en collaboration avec ANTIGONE (Belgique).
Présenté les 6, 7 et 8 février 2026 au Théâtre Al Bustan, le spectacle prend la forme d’un monologue autobiographique, tendre et souvent drôle, dans lequel Schmitt se raconte à travers une galerie de personnages hauts en couleur. Au centre du récit : une question fondatrice, presque métaphysique. Quel est le secret de la musique de Frédéric Chopin ? Pourquoi touche-t-elle si profondément les âmes, au point de transformer une vie?
Tout commence dans l’enfance. Un piano familial, des sons maladroits, puis, un jour, l’irruption de la beauté : une femme s’assoit, joue Chopin, et le temps semble suspendu. Pour le jeune Éric, âgé d’à peine dix ans, l’expérience est fondatrice. La musique devient une énigme à résoudre, une promesse intérieure. Pourtant, malgré l’apprentissage du piano et les années d’étude, Chopin lui résiste. Il palpite sous d’autres doigts que les siens.
La clé surgira à vingt ans, sous les traits inattendus d’une professeure de piano polonaise excentrique : Madame Pylinska. Personnage central du récit, à la fois fantasque, exigeant et profondément humain, elle enseigne moins une technique qu’une manière d’être au monde. Ses méthodes déconcertent : écouter le silence, se coucher sous le piano, marcher dans la forêt, «faire lentement l’amour». Derrière l’étrangeté, une conviction: on ne joue pas Chopin avec les doigts seulement, mais avec l’âme, le souffle et l’attention portée au vivant.

Sur scène, Schmitt convoque cette initiation comme on déroule un chemin de vie. L’apprentissage musical devient métaphore de l’apprentissage existentiel : accepter la lenteur, accueillir la fragilité, apprivoiser le silence. Le texte, d’une grande limpidité, mêle humour, émotion et réflexion, sans jamais céder au didactisme. Le public est convié à un rendez-vous privilégié, presque confidentiel, où la parole se fait confidence et la musique révélation.
La présence du pianiste Nicolas Stavy est essentielle à cette alchimie. Virtuose de renommée internationale, habitué des plus grandes scènes et des orchestres prestigieux, il ne se contente pas d’illustrer le propos: il dialogue avec lui. Les œuvres de Chopin, jouées en direct, prolongent la parole, parfois la contredisent, souvent l’approfondissent. Sous ses doigts, la musique devient langage, respiration, ponctuation émotionnelle.
La mise en scène de Pascal Faber repose sur cette circulation subtile entre mots et notes. Rien de démonstratif : tout est affaire de rythme, de souffle, d’écoute. «Les mots deviennent musique, la musique devient verbale», résume le metteur en scène. L’espace scénique, épuré, laisse place à l’essentiel: la rencontre entre un homme, un piano et un public.
Si le spectacle a été salué à Paris par une presse unanime – «Un enchantement» (Le Figaro), «Tout un monde de sensations et de réflexions» (Télérama), «Une caresse à l’âme et au cœur» (Le Parisien) – , sa venue à Beyrouth revêt une dimension particulière. Dans un pays où la culture demeure un acte de résistance et de transmission, cette pièce résonne comme une invitation à redonner sens à l’expérience sensible.
En ramenant Madame Pylinska et le secret de Chopin au Liban, PERSONA Productions va au delà de la programmation d’un spectacle: elle répare un rendez-vous manqué et offre au public libanais un moment rare, à la croisée du théâtre, de la musique et de la philosophie. Une leçon de vie, douce et exigeante, portée par un auteur-interprète au sommet de son art.
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