Pourquoi le Hezbollah a lancé une violente campagne de diffamation contre Morgan Ortagus?

Ici Beyrouth partage avec vous cet article de Joel C. Rosenberg. Pour lire la version originale, cliquez sur ce lien : bit.ly/3Lg3ZJF  

“Morgan Ortagus est une diplomate influente et respectée de l’administration Trump, connue pour son opposition résolue au régime iranien et au Hezbollah, l’organisation terroriste financée par Téhéran.

Depuis 2019, elle a joué un rôle clé dans le rapprochement entre Israël et le monde arabe, notamment dans la mise en œuvre des Accords d’Abraham, ainsi que dans l’instauration du premier dialogue civil entre le Liban et Israël.

En avril dernier, Morgan Ortagus s’est attaquée publiquement au Hezbollah, qu’elle a qualifié de «cancer» détruisant l’État libanais et sa population, affirmant que le mouvement devait être désarmé et neutralisé le plus rapidement possible.

«Quand on a un cancer, on ne soigne pas seulement une partie de la tumeur en laissant le reste se développer et s’infecter», a-t-elle déclaré sur Al-Arabiya, la chaîne d’information satellitaire saoudienne.

«Quand on a un cancer et que l’on veut guérir, on l’extirpe.»

Sans surprise, cette femme de caractère, aux positions tranchées sur la paix, la sécurité et les intérêts américains au Moyen-Orient, s’est attiré de solides inimitiés.

Pourquoi Morgan Ortagus est-elle prise pour cible ?

Morgan Ortagus n’est ni une technocrate de l’ombre ni une simple commentatrice médiatique. Elle occupe une position stratégique au cœur des rapports de force diplomatiques et dispose d’une réelle capacité d’influence.

Selon sa biographie officielle au département d’État américain, elle a été investie le 20 janvier 2025 en tant qu’envoyée présidentielle spéciale adjointe pour le Moyen-Orient par le président Donald Trump, sous l’autorité de l’ambassadeur Steve Witkoff. Elle avait déjà servi lors de la première administration Trump comme porte-parole du département d’État. Parallèlement, Morgan Ortagus est officier de réserve du renseignement au sein de la marine américaine, affectée à l’unité de réserve navale du secrétaire à la Défense.

Depuis quelque temps, la diplomate de 43 ans fait l’objet d’attaques répétées sur des comptes de réseaux sociaux affiliés au Hezbollah, ainsi que sur plusieurs «médias grand public».

Qui est Antoun Sehnaoui ?

Pourquoi cette focalisation soudaine sur la vie privée de Morgan Ortagus ? La diplomate  est en couple avec Antoun Sehnaoui, riche homme d’affaires libanais chrétien, lui aussi farouchement opposé aux États et mouvements islamistes radicaux et au terrorisme.

Aux yeux du Hezbollah et de ses alliés, ce duo est jugé particulièrement dangereux: une diplomate américaine influente, proche de Donald Trump, et un acteur économique libanais indépendant des réseaux pro-iraniens.

Leur vie privée devient donc un terrain de bataille, leurs adversaires redoublant d’efforts pour s’en prendre au couple, dans l’espoir de discréditer le couple tant à Washington que dans l’ensemble du Moyen-Orient.

«Ortagus, diplomate américaine étroitement associée au président Donald Trump, a divorcé de son mari juif et entamé une relation avec le magnat libanais Antoun Sehnaoui», rapporte Ynet, l’un des principaux sites d’information israéliens, qui suit de près ces attaques.

La banque de Sehnaoui «avait déjà été accusée d’avoir aidé le Hezbollah», note le site, ajoutant que ces allégations de liens entre la banque et l’organisation terroriste sont apparues dans le Daily Mail, qui a par la suite corrigé son article et précisé que Sehnaoui avait formellement démenti ces accusations.»

Le site israélien poursuit: «La diplomate, qui a finalisé son divorce en novembre, est désormais en couple avec Antoun Sehnaoui, 53 ans, économiste, producteur de films et éditeur, qui préside des banques au Liban, à Chypre, en Jordanie et à Monaco. Une source proche d’Ortagus indique que la relation a débuté après la séparation et qu’elle a été déclarée conformément aux règles gouvernementales.»

Face à l’intensification de ces attaques durant la période des fêtes, mes collègues d’ALL ARAB NEWS et d’ALL ISRAEL NEWS et moi-même avons décidé d’enquêter.

Ce qui rend cette campagne particulièrement absurde, c’est que, selon nos sources, «Antoun Sehnaoui est l’une des figures les plus en vue du secteur privé engagées en première ligne contre le Hezbollah et les circuits de financement illicites».

Chrétien libanais issu d’une famille connue depuis des générations pour son soutien à Israël, Sehnaoui est «un acteur majeur du système financier libanais et le propriétaire de plusieurs établissements bancaires, dont la SGBL».

«Depuis de nombreuses années, il critique ouvertement le Hezbollah et l’Iran, plaide pour l’ancrage du Liban dans l’axe occidental et défend une vision économique alignée sur les États-Unis et l’Occident», confie une source diplomatique occidentale.
«Fervent partisan des Accords d’Abraham, il estime que l’intégration du Liban est indispensable à la stabilité régionale et à la reconstruction économique.»

C’est précisément cette posture modérée, hostile aux extrémismes, favorable à la paix et résolument pro-américaine qui vaut à Antoun Sehnaoui la haine du Hezbollah et de ses soutiens au Liban comme à Téhéran.

Et c’est pour les mêmes raisons que Morgan Ortagus est aujourd’hui la cible d’attaques injustes et virulentes.

Au-delà des personnes visées, cette campagne relève d’une tentative méthodique de faire taire deux voix influentes favorables à un engagement américain accru, la normalisation régionale et le démantèlement du Hezbollah.

Que révèle notre enquête?

Au fil de nos investigations, deux constats se dégagent:

Le Hezbollah apparaît de plus en plus acculé. Le mouvement perçoit la fragilité grandissante du régime iranien, dont la chute n’est plus impensable, tandis qu’Israël envisage ouvertement une offensive militaire d’envergure destinée à anéantir, une bonne fois pour toutes, les capacités opérationnelles du Hezbollah.

Dans ce contexte de fébrilité, le Hezbollah redoute que l’administration Trump ne donne prochainement son feu vert à Israël pour porter un coup décisif à l’organisation terroriste. Et qu’une fois cette étape franchie, la Maison-Blanche et le département d’État n’œuvrent activement à encourager le gouvernement libanais à faire la paix avec Israël et à rejoindre les Accords d’Abraham.

Suivez l’argent

Au fil de nos échanges avec des experts diplomatiques et des spécialistes du renseignement dans la région, un élément central est apparu avec de plus en plus de netteté: les efforts déployés par le Hezbollah pour prendre le contrôle des secteurs bancaire et financier du Liban.

Une semaine après l’expiration, fin 2025, de l’échéance  pour son désarmement, le mouvement reste une menace majeure.

Les frappes israéliennes ont éliminé plusieurs commandants du Hezbollah et fragilisé ses capacités militaires. Ces revers ont déclenché un effet domino, contribuant à l’effondrement du régime de Bachar al-Assad en Syrie, le Hezbollah n’étant plus en mesure d’envoyer des renforts au dictateur syrien déchu.

Conséquence directe: l’Iran a perdu son ancrage stratégique en Syrie et se trouve désormais incapable d’acheminer vers le Hezbollah les armes et les fonds dont il dépendait via ce pays ravagé par la guerre.

Pour autant, avec le soutien de Téhéran, le Hezbollah est parvenu au fil des années à mettre en place un système financier parallèle lui permettant de préserver son emprise, d’assurer le soutien de sa base et de financer ses opérations, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Liban.

Le Liban, le Hezbollah et le Venezuela

Depuis plus de vingt ans, le Hezbollah a patiemment tissé des réseaux financiers et logistiques à l’échelle mondiale, en particulier en Amérique du Sud, où le Venezuela s’est imposé comme une plateforme stratégique.

Sous les présidences successives d’Hugo Chávez puis de Nicolás Maduro, l’alliance stratégique entre Caracas et Téhéran a offert au Hezbollah un environnement propice au développement d’activités financières illégales telles que le blanchiment d’argent, le narcotrafic et les mécanismes de contournement des sanctions reliant l’Amérique du Sud, le Moyen-Orient et l’Afrique de l’Ouest.

Au Liban, la puissance économique du Hezbollah repose principalement sur l’institution Al-Qard al-Hassan, une entité bancaire parallèle opérant en dehors de tout cadre de supervision étatique, offrant à ses partisans une large gamme de services — prêts, liquidités, aides sociales — permettant à l’organisation de s’affranchir largement d’un système bancaire libanais en plein effondrement.

Al-Qard al-Hassan, de concert avec d’autres plateformes financières et technologiques liées au Hezbollah, a ainsi mis en place un système financier parallèle — une véritable «économie de l’ombre». Cette économie assure la circulation de liquidités, facilite les transferts de fonds, distribue des prestations sociales et renforce la loyauté de la base militante du mouvement.

Ce dispositif affaiblit considérablement l’efficacité des mécanismes de régulation au Liban et réduit l’impact des sanctions internationales. Ces structures ne servent pas uniquement de couverture à des activités terroristes: elles fonctionnent comme un système financier à part entière, intégré de facto à la gestion des finances du pays.

Face à cette défi, le gouverneur de la Banque centrale du Liban, Karim Souhaid, mène une offensive déterminée contre ce réseau financier parallèle et criminel. Depuis sa nomination en avril 2025, il s’emploie à rétablir l’autorité de la banque centrale, à restaurer la confiance dans le système bancaire et à replacer l’activité financière sous le contrôle de l’État.

Au cœur de cette démarche figure une stratégie globale visant à réduire l’autonomie économique du Hezbollah: renforcement de la supervision, application stricte des procédures et resserrement de la coopération avec la communauté internationale, sous l’impulsion des États-Unis.

Ces efforts vont de pair avec ceux menés par certains acteurs du secteur privé, en particulier Antoun Sehnaoui. Le processus engagé par des figures comme Souhaid et Sehnaoui se déploie à la fois sur le plan national et international.

Sur le plan intérieur, cela se traduit par une pression réglementaire accrue, une surveillance rigoureuse des entités financières non bancaires et des tentatives de réintégration de l’activité financière dans un système bancaire réformé — au détriment de l’économie parallèle entretenue par le Hezbollah.”

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