Téhéran a rejeté mercredi l'option de négociations avec les Etats-Unis tant que leurs «menaces» persistent, après l'envoi de navires américains au large de l'Iran en réponse à la répression du mouvement de contestation.
Alors que se déploie dans le Golfe une force navale américaine, de hauts responsables iraniens se sont tournés vers des pays arabes tels que l'Arabie saoudite, pourtant ancien rival régional, semblant vouloir s'assurer de leur soutien.
Si Téhéran avait signalé qu'un canal de communication avait été ouvert avec Washington, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a estimé mercredi que, pour négocier, les Américains allaient devoir «cesser les menaces, les demandes excessives».
«Faire de la diplomatie tout en formulant des menaces militaires ne peut être ni efficace, ni utile», a-t-il déclaré à la télévision, assurant n'avoir eu «aucun contact» avec l'émissaire américain Steve Witkoff et que Téhéran n'avait «pas cherché à négocier».
Des analystes estiment que les options envisagées par Washington incluent des bombardements de sites militaires iraniens ou des frappes ciblées contre des dirigeants pour faire tomber le pouvoir, aux commandes depuis la révolution islamique de 1979.
Le président Donald Trump semble laisser les options ouvertes, alors que le porte-avions Abraham Lincoln, accompagné de son escorte, est arrivé lundi dans le Golfe, sans que sa localisation précise ne soit connue.
D'après lui, les Iraniens veulent négocier.
«Ils veulent passer un accord. Je le sais. Ils ont appelé à de nombreuses reprises. Ils veulent parler», a-t-il déclaré au média américain Axios.
«Désescalade»
Pour conjurer la menace d'une intervention militaire, l'Iran redouble d'efforts diplomatiques dans la région.
Le président Massoud Pezeshkian s'est ainsi entretenu avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui lui a assuré que Ryad n'autoriserait aucune attaque contre l'Iran lancée depuis le territoire saoudien, arguant du «respect de la souveraineté de la République islamique».
Côté qatari, le Premier ministre et chef de la diplomatie, Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani, a réitéré auprès d'Ali Larijani, proche conseiller du guide suprême iranien, «le soutien du Qatar à tous les efforts visant à la désescalade et aux solutions pacifiques pour sécuriser et stabiliser la région», a rapporté mercredi son bureau.
L'Iran avait prévenu qu'il considérerait les pays voisins comme «hostiles» si leur territoire était utilisé pour le frapper.
Mohammad Akbarzadeh, un haut responsable des forces navales des Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, a menacé d'un blocage du détroit d'Ormuz, passage clé pour le transport mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié.
Au Caire, le chef de la diplomatie Badr Abdelatty a parlé à la fois avec MM. Araghchi et Witkoff, soulignant auprès d'eux l'importance de «travailler à la désescalade» et de «créer les conditions nécessaires à la reprise du dialogue entre les Etats-Unis et l'Iran».
«Nouveaux aspects de la répression»
A Téhéran, de nouveaux panneaux montrant l'Iran frappant le porte-avions américain et diffusant des slogans anti-américains de l'ayatollah Ali Khamenei sont apparus, ont constaté des journalistes de l'AFP.
D'après un bilan actualisé de l'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux Etats-Unis, 6.221 personnes ont été tuées durant le mouvement de contestation en Iran, qui a débuté par des revendications économiques avant de viser le pouvoir.
Parmi ces morts, 5.856 sont des manifestants, 214 des membres des forces de sécurité, 49 des passants et 100 des mineurs, selon cette source.
L'organisation, qui dispose d'un vaste réseau de sources dans le pays, enquête sur plus de 17.000 potentielles morts supplémentaires et estime qu'au moins 42.324 personnes ont été arrêtées.
L'ONG affirme que la répression se poursuit, les forces de sécurité recherchant des manifestants blessés dans des hôpitaux et des médecins les ayant aidés, tandis que des «aveux forcés» sont toujours diffusés à la télévision d'Etat.
Cela «met en lumière de nouveaux aspects de la répression sécuritaire persistante après les manifestations», selon HRANA.
Le travail de documentation de la répression des ONG reste entravé par la coupure générale d'internet imposée depuis le 8 janvier.
Par Stuart WILLIAMS/AFP



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