L'hypothèse d'un blocus naval américain visant les exportations pétrolières iraniennes n'est plus cantonnée au domaine de la spéculation. Selon i24NEWS, l'administration Trump étudie sérieusement l'option d'un cordon maritime destiné à empêcher l'Iran d'écouler son brut par voie maritime, une approche qui s'inspirerait directement du précédent vénézuélien.
Cette perspective intervient alors que Téhéran, malgré des volumes d'exportation en hausse en 2025, voit ses revenus pétroliers s'effondrer, accentuant une crise économique et sociale déjà profonde.
Une résilience apparente des exportations iraniennes
En 2025, l'Iran a exporté plus de pétrole que lors de n'importe quelle année depuis 2018, défiant un régime de sanctions occidentales pourtant renforcé, rapporte le Wall Street Journal.
En octobre, les expéditions auraient frôlé les deux millions de barils par jour, un phénomène qui s’avère être pluriannuel. Cette performance repose largement sur un système sophistiqué de contournement des sanctions, articulé autour d'une «flotte fantôme» de plus de 600 pétroliers vieillissants.
L'essentiel de ce brut est écoulé vers la Chine, principalement auprès de petites raffineries indépendantes (dites teapots). Ces petites raffineries, qui n’exportent pas à l’international, achètent volontiers le pétrole iranien à prix réduit afin de rester compétitives sur le marché intérieur chinois. Selon le think tank américain Brookings Institution, le brut iranien représenterait environ 13,4 % des importations chinoises de pétrole, même si Pékin n'en fait pas mention dans ses statistiques officielles.
Des revenus en chute libre malgré les volumes
Cette hausse des exportations masque toutefois une réalité économique beaucoup plus sombre. Toujours selon le Wall Street Journal, les profits tirés du pétrole se sont effondrés en 2025. La baisse des prix mondiaux – le Brent évoluant autour de 66 dollars le baril – explique en partie cette contraction, mais l'essentiel de la perte provient du coût croissant du contournement des sanctions.
Intermédiaires, transporteurs, assureurs informels et acheteurs finaux exigent désormais des commissions plus élevées, conscients de la dépendance quasi totale de Téhéran à cette manne.
Selon le fournisseur de données commerciales Kpler, cité par le Wall Street Journal, l'écart entre le prix du brut iranien et le Brent est passé d'un dollar début 2025 à près de huit dollars en fin d'année. Les opérations de transbordement de navire à navire, destinées à masquer l'origine du pétrole, sont devenues plus coûteuses et plus risquées, rognant davantage les marges iraniennes.
Une économie sous tension et un régime fragilisé
La chute des revenus pétroliers a directement affecté les réserves de devises du pays, essentielles pour financer les importations et soutenir un rial en chute libre. La dévaluation brutale de la monnaie a déclenché, fin décembre, des manifestations d'ampleur nationale. Selon l'ONG Human Rights Activists in Iran, la répression aurait fait plus de 5 000 morts. Washington a répondu par de nouvelles sanctions visant les réseaux accusés de «blanchir les revenus du pétrole iranien», selon le Trésor américain.
Cette instabilité complique aussi la surveillance du marché pétrolier mondial. La coupure internet imposée par les autorités iraniennes a privé l'OPEP de visibilité sur l'état réel de la production iranienne, tandis que des pays du Golfe évoquent une rupture de communication avec Téhéran.
Le précédent vénézuélien comme modèle
C'est dans ce contexte que l'option d'un blocus naval prend de l'ampleur à Washington. En décembre 2025, les États-Unis ont saisi un superpétrolier vénézuélien et déclaré un blocus de facto contre les navires transportant du pétrole sanctionné, rappelle la Foundation for Defense of Democracies (FDD). Ce dispositif, appuyé par un déploiement naval massif dans les Caraïbes, visait à asphyxier financièrement le régime de Nicolás Maduro, dont 80 à 88 % des exportations dépendent du pétrole.
Pour la FDD, ce mécanisme constitue un «plan directeur» transposable à l'Iran. Les deux pays utilisent en effet les mêmes réseaux de navires fantômes, parfois les mêmes pétroliers. Le supertanker Skipper, saisi par les États-Unis, avait auparavant chargé du brut iranien à l’île iranienne de Kharg avant de l'acheminer vers la Chine.
Un signal stratégique envoyé à Téhéran
L'arrestation de Nicolás Maduro en janvier 2026 renforce encore cette dynamique. Selon une analyse de l'Atlantic Council, cette opération relève moins d'un modèle juridique que d'un signal politique. Elle montre que Washington est prêt à agir de manière décisive contre des régimes déjà lourdement sanctionnés, en combinant pression économique, action maritime et instruments judiciaires.
Pour Téhéran, l'enjeu est considérable. Un blocus ciblé, même partiel, ferait exploser les coûts logistiques, réduirait drastiquement les volumes exportables et pourrait précipiter un effondrement des revenus pétroliers. Selon Rapidan Energy Group, les conditions de marché début 2026 – offre abondante, demande atone et capacités excédentaires de l'OPEP+ – limiteraient par ailleurs le risque de choc majeur sur les prix, réduisant un frein traditionnel à l'action américaine.
Une vulnérabilité croissante
Aucun scénario n'indique une interruption immédiate et totale des exportations iraniennes. Les analystes s'accordent sur la capacité de Téhéran à s'adapter, au moins partiellement. Mais la combinaison de sanctions renforcées, de saisies de navires et d'un éventuel blocus maritime ferait du pétrole iranien une ressource de plus en plus coûteuse à vendre et de moins en moins rentable.
Qui dit logistique dit plus d'intermédiaires, et donc moins de revenus. Dans un pays où le pétrole reste le pilier économique et politique du régime, cette équation pourrait devenir, à terme, insoutenable.




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