France: Angoulême se réinvente avec le «Grand Off» de la BD
Un homme passe devant des panneaux annonçant le festival de bande dessinée «Le Grand Off de la bande dessinée», qui se tient du 29 janvier au 1ᵉʳ février à Angoulême, dans le sud-ouest de la France, le 29 janvier 2026. ©Christophe ARCHAMBAULT / AFP

Le «Grand Off» de la BD bat son plein à Angoulême depuis jeudi, transformant la ville en un vaste terrain de découvertes pour les amateurs de bande dessinée. Sur une cinquantaine de lieux, expositions, rencontres et spectacles gratuits permettent aux auteurs de se réapproprier un événement longtemps critiqué pour son opacité et son orientation commerciale. Ce dispositif remplace l’édition 2026 du Festival international de la BD, annulée après boycott massif et critiques sur la gestion de l’événement, afin de poser les bases d’un futur festival plus inclusif et respectueux du travail des créateurs.

Massivement boycotté puis annulé, le festival international de la BD à Angoulême (sud-ouest), plus grand rendez-vous du secteur, est remplacé cette année par un «Grand Off» qui a permis aux acteurs de la filière de se «réapproprier» un évènement où ils ne trouvaient plus leur place.

Au musée de la bande dessinée en bordure de la Charente, l'un des 60 lieux où se tiennent expositions, rencontres et spectacles de jeudi à dimanche, Morgane Parisi présente ses œuvres.

«Il n'y aura probablement pas 200.000 visiteurs», comme lors des éditions précédentes du festival, reconnaît l'artiste locale de 40 ans, fière d'avoir participé à cette initiative «en adéquation avec nos valeurs».

Quelque 200 évènements, tous gratuits, se nichent un peu partout, dans la cathédrale, la Chambre de commerce, des librairies, théâtres, musées...

«On ne demandait pas la lune. On avait juste 20 ans de retard et c'est une bonne opportunité pour se remettre à niveau et se libérer de 9e Art qui nous écrasait», affirme-t-elle, en référence aux critiques visant la société qui organisait le festival depuis 2007.

Dans un article publié juste avant l'édition 2025, le quotidien communiste l'Humanité avait épinglé l'opacité et la dérive commerciale du festival, ainsi que le licenciement d'une salariée qui venait de porter plainte pour un viol survenu en marge de l'événement, l'année précédente.

Face à la menace d'un boycott massif des auteurs, l'édition 2026 a été annulée et une association regroupant financeurs publics et acteurs de la BD a lancé un appel à projets pour réinventer le festival à partir de l'an prochain, une décision que 9e Art+ va contester en justice, a annoncé la société jeudi, mettant en avant son contrat de délégation courant jusqu'en 2027 inclus.

«Avant tout militant»

Pour combler le vide, la ville et tout son écosystème autour de l'image et de la BD, avec notamment l'École européenne supérieure de l'image (EESI), les studios d'animation et la Cité internationale de la BD, se sont mobilisés avec des collectifs de professionnels pour monter en quelques semaines ce «Grand Off».

L'évènement «est avant tout militant. Il est là pour dire qu'il y avait un problème» dans la prise en compte des artistes, réagit Julie Gore, autrice et illustratrice de 36 ans.

Dans son exposition interactive pour enfants intitulée «La chaîne du livre», au Vaisseau Moebius, elle montre, de façon artistique, mais aussi politique, comment la personne qui crée un ouvrage récolte «la plus petite part du camembert», comparé aux acteurs de l'édition, de l'impression ou de la vente.

«On a un statut inexistant. Pas d'arrêt maladie, pas de congé maternité», témoigne la trentenaire, qui estime que de tels évènements peuvent donner une plus grande visibilité aux revendications de la profession.

«Vent nouveau»

En ville, où des bulles façon BD ont remplacé les traditionnelles plaques des rues, des panneaux de signalisation ont aussi été détournés, indiquant des villes imaginaires.

Et même si la BD semble partout, les patrons des cafés et restaurants restent sur leur faim: ils savent qu'ils ne feront pas le même chiffre d'affaires que les années précédentes.

Patientant dans une queue pour se faire dédicacer un album, Raphaël, un infirmier de 45 ans, peine aussi à cacher sa déception. «Il n'y a pas la ferveur habituelle, la foule, les expositions spectaculaires», dit-il, reconnaissant toutefois «plus de proximité avec les auteurs et un évènement plus accessible» du fait de sa gratuité.

«Je trouve ça génial que les artistes se réapproprient leurs outils de diffusion», s'enthousiasme pour sa part Nelly Turonnet, formatrice en éducation artistique. «C'est un vent nouveau qui souffle, rappelant les débuts du festival», né en 1974»

En attendant la prochaine édition, avec un nouvel organisateur, «2026 sera donc une parenthèse (…) posant les bases pour un évènement plus inclusif, plus respectueux du travail des auteurices et exemplaire sur le plan des violences sexistes et sexuelles», espèrent, dans un texte commun, les collectifs d'artistes.

Par Marisol RIFAI / AFP

Commentaires
  • Aucun commentaire