Une lecture préliminaire de la scène libanaise laisse penser que le Hezbollah aurait reçu des instructions de sa référence iranienne pour s’impliquer dans la guerre à venir, en défense des intérêts de l’Iran. Cette hypothèse a été renforcée hier par l’avertissement du guide suprême iranien, Ali Khamenei, affirmant que «toute guerre que mèneraient les États-Unis contre l’Iran se transformerait en une guerre régionale de grande ampleur», tout en promettant «une riposte ferme à toute agression».
Hier, le ministère syrien de l’Intérieur a publié un communiqué confirmant un nouvel engagement du Hezbollah en Syrie, comme si la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024 n’avait pas mis fin à son intervention sur le sol syrien. Cette annonce survient alors que des discussions sur le désarmement du Hezbollah à l’échelle du Liban commencent à se profiler à moyen terme. Dès lors, que révèle le comportement de la formation pro-iranienne à travers ce nouvel engagement en Syrie?
Selon le ministère syrien, «les unités de sécurité dans le rif de Damas, en coordination avec le service de renseignement général, ont mené une série d’opérations ciblées contre une cellule impliquée dans plusieurs attaques visant le quartier de Mazzeh et son aéroport militaire. Ces opérations ont permis de démanteler entièrement la cellule et d’arrêter tous ses membres».
Le communiqué ajoute que «les enquêtes préliminaires ont révélé des liens avec des entités étrangères, et que les missiles, plateformes de lancement et drones saisis provenaient du Hezbollah. Les suspects ont reconnu avoir préparé de nouvelles attaques avec des drones avant d’être arrêtés».
Cette évolution sécuritaire majeure et ses conséquences sur les relations en reconstruction entre le Liban et la Syrie nécessite une réaction officielle libanaise, au minimum du ministère de l’Intérieur, afin d’enquêter et de prendre les mesures appropriées.
La situation se complique avec des informations récentes de sources américaines selon lesquelles le Hezbollah disposerait de «250 passages terrestres avec la Syrie pour le trafic et mènerait des opérations de contrebande via les ports et les côtes du Liban-Sud». Ces rapports s’ajoutent aux informations relayées par la chaîne Al-Hadath, selon lesquelles «la liste des cibles israéliennes au Liban n’inclut pas les infrastructures de l’État et qu’Israël a informé Washington que toute attaque menée par le Hezbollah serait confrontée à une riposte, comme en 2024».
Les sources d’Al-Hadath ont également indiqué que «l’ambassadeur américain à Beyrouth a demandé des délais concernant les armes du Hezbollah, mais ces délais ne sont pas illimités».
Vendredi dernier, l’ambassade des États-Unis au Liban, en collaboration avec le Commandement central américain, a publié un communiqué précisant que «le cadre de coordination militaire établi dans l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024 reste en vigueur, avec les mêmes objectifs, participants et commandement. La prochaine réunion du comité de surveillance du cessez-le-feu (le mécanisme) se tiendra à Naqoura le 25 février 2026, suivie de réunions les 25 mars, 22 avril et 20 mai, servant de forum principal de coordination militaire entre les parties». Cette déclaration fixe un délai de quatre mois, jusqu’en mai, pour la «coordination militaire entre les parties concernées», incluant les États-Unis, le Liban, Israël, la France et les Nations unies. Elle révèle également les intentions du Hezbollah, qui a lancé hier une campagne contre le chef de la délégation libanaise du mécanisme, l’ambassadeur Simon Karam.
Les médias affiliés au Hezbollah ont rapporté que l’ambassadeur Karam présenterait «une nouvelle proposition lors de la prochaine réunion du mécanisme, concernant un projet demandant à Israël de se retirer d’un site occupé et de libérer certains prisonniers, facilitant au Liban de passer à la deuxième phase du monopole des armes au nord du Litani».
Les médias n’ont pas précisé le contenu de la «nouvelle proposition» que l’ambassadeur Simon Karam devrait présenter lors de la prochaine réunion du mécanisme, prévue le 25 février, comme annoncé dans le communiqué de l’ambassade des États-Unis.
Ibrahim Moussawi, président de l’organe médiatique du Hezbollah, a critiqué la nomination d’un diplomate civil à la tête de la délégation libanaise, jugeant cette décision aussi grave que celle du plan du monopole des armes».
Il a rappelé la position du Hezbollah: «Le comité du mécanisme a une mission purement technique, limitée exclusivement au sud du Litani. Toute extension visant à faciliter l’intervention israélienne en dehors de cette zone dépasse ses compétences et fait l’objet d’un rejet et d’une condamnation catégorique».
Au-delà de ce communiqué, il s’agit de noter l’opposition du Hezbollah au mécanisme mis en place par les États-Unis pour gérer la crise libanaise, détachée de la crise iranienne, qui atteint désormais un tournant décisif et laisse présager une guerre régionale. Après une lecture préliminaire de la scène libanaise, il ressort clairement que le Hezbollah aurait reçu des instructions de Téhéran pour participer à cette guerre, hypothèse confirmée par Khamenei lui-même, qui a promis de «transformer toute guerre menée par les États-Unis contre l’Iran en un conflit régional de grande ampleur», tout en assurant «une riposte ferme à toute agression».
L’agence semi-officielle iranienne Mehr a souligné hier que «la probabilité d’un conflit militaire entre l’Iran et les États-Unis est une des principales préoccupations des pays de la région, des Émirats du Golfe à l’Égypte et la Turquie, comme le montrent les échanges des dernières 48 heures entre responsables régionaux et américains, européens, chinois et russes».
On revient ainsi au point de départ, avec l’accusation officielle du ministère syrien de l’Intérieur visant le Hezbollah pour les récents événements survenus au cœur de la capitale syrienne.
À la lumière de l’évolution rapide de la situation région, il apparaît que Téhéran continue de considérer son «ancien terrain de jeu», ou ce qu’Abdallah II de Jordanie qualifiait il y a quelques années de «croissant chiit », comme une zone d’influence où il exerce via ses relais, notamment le Hezbollah.
Khamenei a lui-même donné le ton: étendre le feu iranien à toute la région. Et c’est exactement ce que le Hezbollah est en train de faire en Syrie.



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