Cinéma: Valérie Donzelli raconte la vie d’un artiste au prix de tout dans «À pied d’œuvre»
Bastien Bouillon incarne un photographe reconnu qui renonce à une vie confortable pour se consacrer à l’écriture dans «À pied d’œuvre», le nouveau film de Valérie Donzelli, en salles mercredi en France. ©Ici Beyrouth

Avec À pied d’œuvre, en salles mercredi en France, Valérie Donzelli adapte le récit autobiographique de Franck Courtès et interroge le prix à payer pour vivre de son art. Le film suit la chute sociale volontaire d’un photographe à succès devenu écrivain, incarné par Bastien Bouillon, dans une chronique réaliste de la précarité artistique et du renoncement matériel.

«On ne peut pas faire de l'art à mi-temps»: dans À pied d'oeuvre, le dernier film de Valérie Donzelli en salles mercredi, la réalisatrice rend hommage à ceux qui abandonnent tout pour se consacrer à leur art.

Ce long métrage est une adaptation d'un roman autobiographique de Franck Courtès et raconte la vie de Paul Marquet (Bastien Bouillon), photographe renommé qui choisit de quitter le confort de sa vie bourgeoise pour devenir écrivain.

Fini le vaste appartement dans le 20e arrondissement de Paris, adieu les restaurants, les sorties ciné ou vacances à la campagne. L'horizon de Paul se réduit désormais à un misérable studio en rez-de-chaussée, à peine éclairé et chauffé, car désormais chaque euro compte.

Au désespoir de ses proches, malgré la solitude et sous la pression de son éditrice (Virginie Ledoyen), ce père divorcé va tenter de rester fidèle à ses choix en enchainant les petits boulots, sombrant peu à peu dans la misère.

C'est la quatrième collaboration entre Valérie Donzelli et Bastien Bouillon, à qui elle avait offert un rôle discret dans La guerre est déclarée.

L'acteur de 40 ans, l'un des plus demandés du moment depuis son César du meilleur espoir masculin en 2023, n'était pourtant pas une évidence pour incarner un personnage plus âgé d'une bonne dizaine d'années dans le livre.

«Le choix de l'acteur a été compliqué sur ce film parce que je suis passée par plein de questionnements et plein de désirs différents avec le producteur qui avait les droits du livre», reconnait la réalisatrice.

Son compagnon cinéaste finit par la convaincre de choisir Bastien Bouillon, qui grâce à sa jeunesse rend l'histoire encore «plus forte», défend-elle.

Course de fond

Pour survivre, Paul Marquet se met au jobing, cette nouvelle forme d'emploi où des particuliers proposent diverses tâches sur une plateforme contre rémunération.

Tondre une pelouse au sécateur, enlever les gravats d'un chantier situé au dernier étage sans ascenseur ou arracher les buis d'une terrasse à s'en faire saigner les mains... L'auteur accepte tout, cassant les prix pour décrocher les missions.

«La personne qui embauche va prendre celui qui propose le moins. Mais il ne faut pas proposer trop peu, sinon c'est douteux», expose Valérie Donzelli, pour qui ces plateformes d'emploi s'adonnent à «une forme de proxénétisme».

Valérie Donzelli porte un regard admiratif sur Franck Courtès, dont le livre raconte la propre histoire et son choix de vie radical. «C'est important d'être cohérent, on a qu'une vie. Parfois, on ne peut pas faire autrement», affirme celle qui, plus jeune, a abandonné ses études d'architecte pour devenir comédienne.

La vie d'artistes «est une course de fond». «Il faut croire en soi, et les artistes doutent d'eux-mêmes, sinon ils ne seraient pas artistes, donc c'est tout un chemin très complexe et difficile à parcourir», insiste Valérie Donzelli, dont c'est le huitième long-métrage.

À la Mostra de Venise au mois de septembre, elle avait accueilli le prix du meilleur scénario pour son film en rendant un hommage appuyé à son grand-père italien, Dante Donzelli.

«C'était un artiste, peintre et sculpteur, et il a vécu toute sa vie de son art, sans compromis, et il en a vécu de façon très précaire», a raconté l'actrice et réalisatrice lors d'une rencontre avec l'AFP.

«Il a élevé mon père dans la pauvreté, c'était une vie difficile, mais c'était une vie qui lui a permis de faire ce qu'il aimait», ajoute-t-elle.

Par Antoine GUY / AFP

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