L’examen du projet de loi de finances pour l’année 2026 met en lumière de nombreuses faiblesses, à la fois structurelles et financières, qui soulèvent de sérieuses interrogations quant à la capacité de l’État à répondre aux défis économiques et sociaux actuels. Si ce texte constitue formellement une proposition budgétaire conforme aux exigences légales, il s’inscrit néanmoins dans une logique de gestion déjà largement critiquée ces dernières années.
Un déséquilibre persistant entre fonctionnement et investissement
Le premier constat concerne la répartition des dépenses. Le budget consacre une part écrasante aux dépenses de fonctionnement (partie I), estimées à environ 477 912 milliards de livres libanaises, couvrant principalement les salaires, l’administration et les charges courantes. À l’inverse, les dépenses d’investissement (partie II), dédiées aux équipements et au développement, ne dépassent pas 56 802 milliards de livres. Ce déséquilibre structurel limite considérablement les capacités de relance économique et de développement à long terme.
Une dépendance chronique à l’aide et à l’endettement extérieur
Le projet de budget prévoit explicitement des mécanismes permettant la réception de dons et de prêts étrangers afin de financer les administrations et les institutions publiques. Cette disposition illustre l’incapacité persistante de l’État à assurer son autosuffisance financière et renforce la dépendance vis-à-vis de l’aide internationale, au détriment de la souveraineté budgétaire.
Des investissements insuffisants dans les infrastructures essentielles
Les allocations destinées aux infrastructures de base, notamment dans des secteurs stratégiques comme l’énergie et l’eau, apparaissent insuffisantes. Certaines lignes budgétaires affichent une stagnation, voire une baisse, notamment en ce qui concerne la rémunération des contractuels. Cette situation risque d’affecter directement la continuité et la qualité des services essentiels fournis à la population.
Le recours récurrent aux crédits exceptionnels
Le texte accorde au président de la République le pouvoir d’ouvrir, en cas d’urgence, des crédits exceptionnels ou supplémentaires par décret, dans la limite de 1 000 milliards de livres. Si cette mesure peut répondre à des besoins ponctuels, son usage répété affaiblit la transparence budgétaire et remet en cause la discipline financière ainsi que le rôle de contrôle du Parlement.
La rigidité des dépenses de personnel
Les dépenses liées aux salaires, indemnités et avantages sociaux (allocations familiales, frais de transport, etc.) constituent une charge lourde et rigide pour l’ensemble des ministères. Cette structure limite fortement la marge de manœuvre budgétaire et réduit la capacité de l’État à financer d’autres politiques publiques prioritaires.
Le sous-financement des organismes de contrôle
Les institutions chargées du contrôle et de la discipline administrative, telles que la Cour des comptes ou le Conseil supérieur de discipline, disposent de budgets relativement modestes, surtout au regard de l’ampleur de la crise. Ce sous-financement risque d’entraver l’efficacité de la lutte contre la corruption et l’impunité.
Une réponse partielle au problème des petites localités
L’allocation forfaitaire de 500 milliards de livres aux villages dépourvus de municipalités constitue certes une mesure nécessaire, mais elle reste largement insuffisante. Elle apparaît davantage comme un remède palliatif que comme une solution durable aux problèmes structurels de décentralisation et de gouvernance locale.
Le poids excessif des loyers immobiliers de l’État
Le budget continue de supporter des charges importantes liées à la location de bâtiments pour les administrations publiques, alors même que des programmes de construction et de centralisation existent depuis des années. Les retards accumulés dans ces projets entraînent un gaspillage de ressources publiques difficilement justifiable.
L’érosion de la valeur réelle des crédits
Bien que les montants soient exprimés en millions de livres libanaises, aucune référence explicite n’est faite à l’ajustement réel des crédits face à l’inflation galopante. Dans ce contexte, même les augmentations nominales risquent de ne pas couvrir le coût réel des fournitures, des services et des projets publics.
Une complexité excessive dans les mécanismes de transfert des crédits
Enfin, la possibilité de transférer des crédits entre chapitres ou entre administrations, parfois par simple décision ministérielle, contribue à rendre le budget moins lisible. Cette souplesse excessive affaiblit le contrôle parlementaire effectif et complique le suivi de l’utilisation réelle des fonds publics.
Le projet de loi de finances 2026 reflète une approche budgétaire marquée par la gestion de court terme, la rigidité des dépenses et une faible ambition en matière d’investissement et de réforme structurelle. Sans corrections profondes, il risque de perpétuer les déséquilibres existants plutôt que de poser les bases d’un redressement durable.



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