Iran: le combat des ONG pour compter les victimes d'une tuerie «sans précédent»
Une photographie montre un panneau d’affichage anti-américain installé sur un bâtiment de la place Valiasr, à Téhéran, le 4 février 2026. ©STRINGER / AFP

Avec son équipe, il s'est attelé au décompte des morts en Iran. Car dès que les premières informations ont filtré, Mahmoud Amiry-Moghaddam, défenseur des droits humains, l'a su: l'ampleur de la répression était «inimaginable».

«Nous n'avons jamais connu ça», affirme le directeur de l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, qui documente les violations des droits humains en Iran depuis 20 ans.

Cette ONG, et d'autres, vérifient les rapports faisant état de milliers de morts depuis le début de la répression des manifestations contre le pouvoir en janvier.

«D'après les témoignages, les informations que nous avons réussi à collecter de part et d'autre du pays, c'est une tuerie de masse, à une échelle sans précédent», ajoute-t-il.

La tâche du macabre décompte est toujours en cours, et a été compliquée par la coupure d'internet, les menaces qui pèsent sur les sources et les familles de victimes à l'intérieur du pays, et la manipulation de contenus, explique Mahmoud Amiry-Moghaddam.

D'emblée, son équipe est tombée sur des contenus créés par intelligence artificielle (IA), ou des vidéos avec pistes sonores ajoutées.

«Très pesant» 

Pour la vérification, ils disposent de plusieurs sources directes, et s'assurent de l'authenticité de toutes les vidéos reçues par d'autres biais.

«C'est un travail très pesant», raconte le responsable de l'ONG. «Et puis vous contactez la famille, et quand ils parlent, qu'ils décrivent ce qu'ils ont vu, c'est probablement le plus dur».

IRH publiait des bilans quotidiens au début de la contestation mais a cessé de le faire après avoir confirmé la mort de 3.428 personnes, expliquant que ce chiffre ne «reflétait absolument pas la réalité».

Car l'ampleur de la répression dépasse ses capacités de vérification selon ses standards. «Le processus prend tellement de temps», admet Mahmoud Amiry-Moghaddam.

«On continue à recevoir de nouveaux rapports tous les jours et on continue à vérifier tous les jours», dit-il. Pour lui, les bilans circulant dans les médias - certains évoquent 36.000 morts - «sont parfaitement réalistes».

La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran, Mai Sato, a estimé fin janvier que la coupure d'internet avait «caché l'ampleur réelle des évènements» et permis au pouvoir de «contrôler le flot d'informations».

Les autorités iraniennes elles, ont reconnu que 3.117 personnes avaient été tuées mais soutenu que la plupart d'entre elles étaient des forces de sécurité ou des passants tués par des «terroristes» agissant pour le compte des États-Unis et d'Israël.

«Attendre la chute du régime» 

L'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, avance un chiffre de 6.872 morts, dont une majorité de manifestants, et vérifie toujours 11.280 autres morts potentielles. Elle fait aussi état de 50.000 arrestations.

La petite équipe «croule sous le travail à cause des ressources limitées», dit sa conseillère juridique, Jennifer Connet.

«Chaque cas est vérifié de façon indépendante, grâce à des sources directes du réseau établi de longue date en Iran par HRANA», précise-t-elle par message.

L'organisation a lancé un appel public pour que des documents, images ou vidéos lui soient envoyés, et a réussi à parler à certains de ses contacts en Iran pendant la coupure d'internet, par «des canaux plus sûrs et plus simples», notamment les lignes de téléphone fixes.

Comme IHR, ils doivent faire le tri dans le flot d'informations, parfois truquées.

«Si une vidéo affirme que les forces de sécurité tiraient sur des civils tel jour et tel lieu, nous vérifions si des rapports indépendants confirment les tirs, les armes utilisées, et si les récits concordent».

Plusieurs semaines après l'arrêt des manifestations, de nombreuses familles cherchent encore leurs proches, et la confirmation de certaines morts pourrait prendre des années, avertit Mahmoud Amiry-Moghaddam.

Faute de chiffres précis, IHR continue à raconter l'histoire des manifestants tués. Cette jeune femme morte dans les bras de son père, l'adolescent tué à tout juste 16 ans.

«Mais pour ce qui est du bilan, on devra probablement attendre la chute du régime».

AFP

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