Le chef de la diplomatie française en Syrie: la lutte contre l'État islamique est une «priorité absolue»
Jean-Noël Barrot est arrivé jeudi à Damas, première étape d'une tournée régionale. ©Wojtek Radwanski / AFP

Le chef de la diplomatie française est arrivé jeudi à Damas, première étape d'une tournée régionale au moment où la France doit repenser la lutte antijihadiste et redoute un conflit entre les États-Unis et l'Iran.

La poursuite du combat contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) est «une priorité absolue» pour Paris, a assuré le chef de la diplomatie française à l'issue d'un entretien avec son homologue syrien jeudi à Damas.

«Depuis dix ans, la France s'est battue, a combattu sans relâche et sans pitié, les terroristes de Daech (acronyme de l'EI, NDLR) en Irak comme en Syrie», a déclaré Jean-Noël Barrot qui a entamé par Damas une tournée régionale. «Je suis venu réaffirmer cette priorité absolue de la France ici en Syrie».

Jean-Noël Barrot doit se rendre dans l'après-midi en Irak, avant de se diriger vendredi vers le Liban, selon le ministère français des Affaires étrangères.

«Cette tournée vient de la conjonction de deux crises: celle qui a eu lieu tout récemment dans le nord-est syrien, avec des affrontements entre les autorités syriennes de Damas et les forces démocratiques syriennes (FDS) dominées par les Kurdes, et la menace toujours présente d'une escalade militaire entre les États-Unis et l'Iran», a expliqué une source diplomatique française.

Jusqu'à présent, les FDS étaient le principal partenaire opérationnel sur le terrain de cette coalition, mais elles ont dû se retirer de vastes pans du nord de la Syrie sous la pression militaire de Damas et s'intégrer au sein de l'armée syrienne.

Les Occidentaux doivent désormais composer avec les autorités syriennes avec lesquelles «il n'y a pas le même historique, il n'y a pas les mêmes réflexes acquis ensemble, il n'y a pas les mêmes liens de confiance», a poursuivi la source diplomatique, faisant allusion au passé d'ancien jihadiste du président Ahmad al-Chareh.

Ce dernier, qui a renversé en décembre 2024 le dictateur Bachar al-Assad, est déterminé à imposer son autorité sur l'ensemble de la Syrie.

«Il y a toute une architecture contre-terroriste qui est à réinventer dans le nord-est syrien», a insisté la source diplomatique.

Ce sujet sera aussi abordé jeudi avec le pouvoir central à Bagdad puis avec les autorités régionales kurdes irakiennes à Erbil, «puisque l'EI est également une menace syro-irakienne».

Paris martèle que la stabilité de la Syrie est un facteur incontournable de la sécurité régionale.

Contenir les alliés de l'Iran

La question de l'intégration des minorités au nouveau paysage politique sera également au cœur des discussions.

La France se pose en garant de la préservation des droits des Kurdes. Elle entend ainsi veiller au respect de l'accord annoncé la semaine dernière, visant à intégrer les institutions et les forces kurdes au sein de l'État syrien.

Cet accord a anéanti les espoirs des Kurdes de conserver la zone autonome qu'ils avaient instaurée dans le nord et le nord-est de la Syrie au cours de la guerre civile qui a ravagé ce pays entre 2011 et 2024.

«Cet accord est un développement positif mais il y a un certain nombre de défis de mise en œuvre», reconnaît-on à Paris. «Ce sont des acteurs qui viennent de s'affronter, la confiance entre eux n'est donc pas très élevée», observe-t-on, «avec, dans les deux camps, des radicaux qui peuvent faire échouer le processu».

En Irak et au Liban, Jean-Noël Barrot apportera en outre «une forme de réassurance» à des pays qui comptent sur leur sol des groupes alliés à l'Iran  les milices chiites et le Hezbollah.

«Ces pays sont susceptibles d'être entraînés dans une escalade, le Liban l'a déjà été en 2024, l'Irak jusqu'ici a réussi à éviter cet engrenage néfaste, mais il faut qu'on puisse évoquer avec ces deux pays, avec leurs dirigeants, le défi que représente cette crise autour de l'Iran», a encore dit la source diplomatique.

L'Iran et les États-Unis doivent avoir des discussions vendredi au sultanat d'Oman, alors que Donald Trump a positionné dans la région une force de frappe navale et militaire considérable pour maintenir la pression sur Téhéran.

À Beyrouth, il sera question de la poursuite du désarmement du Hezbollah prévu dans l'accord de cessez-le-feu de fin 2024 conclu avec Israël.

Le ministre français évoquera la préparation de la conférence de soutien à l'armée libanaise et aux forces de sécurité intérieure, prévue pour le 5 mars à Paris, dont l'objectif est d'apporter aide financière et équipements pour les renforcer précisément dans leur mission de désarmement du mouvement.

Delphine TOUITOU/AFP

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