Jafar Panahi, Palme d’or 2025, inquiet du sort du peuple iranien
Le réalisateur iranien Jafar Panahi arrive à la cérémonie des European Film Awards le 17 janvier 2026 à Berlin. ©Ralf HIRSCHBERGER / AFP

Récompensé par la Palme d’or 2025 pour Un simple accident, le cinéaste iranien Jafar Panahi s’inquiète des pourparlers annoncés entre l’Iran et les États-Unis, qu’il estime menés au détriment du peuple iranien. Dans un contexte de répression sanglante des mobilisations et d’arrestations massives, le réalisateur dénonce l’absence de représentation de la société civile et alerte sur la perte de légitimité du régime, tout en réaffirmant son attachement à poursuivre son combat artistique depuis l’Iran.

Le célèbre cinéaste iranien Jafar Panahi craint que les intérêts du peuple iranien ne soient «sacrifiés lors des pourparlers irano-américains prévus ce vendredi, alors même que le pays est en «état de choc» après une mobilisation réprimée dans le sang», a-t-il déclaré dans un entretien à l'AFP.

«Quoiqu'il se passe dans ce genre de négociations, ce ne sera jamais dans l'intérêt du peuple. Le peuple (iranien) n'a pas de représentant dans ces négociations, et ses intérêts ne sont jamais pris en compte. Ils pourront facilement être sacrifiés», a estimé le cinéaste, Palme d'or à Cannes en 2025 pour Un simple accident.

Également en lice pour les Oscars pour ce film tourné clandestinement en Iran, Jafar Panahi, que l'AFP a rencontré à Paris mercredi, a été parmi les premiers, alors qu'il se trouvait à l'étranger, à signer un appel soutenant la mobilisation dans son pays.

Après avoir assuré les contestataires de son soutien, et menacé de frapper l'Iran face à la répression, le président américain Donald Trump a lui recentré sa rhétorique sur le contrôle du programme nucléaire iranien.

Le cinéaste de 65 ans explique qu'il est impossible de parler librement au téléphone avec ses proches, dont son fils, qui sont en Iran.

«Ils vont bien, mais ils sont tous en état de choc. Un choc qui endeuille tout le monde» dans le pays, dit-il.

«Plus de légitimité»

L'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, a recensé quelque 50.000 arrestations et dit avoir confirmé la mort de 6.872 morts, dont une majorité de manifestants.

Elle vérifie toujours 11 280 autres cas de personnes tuées, un travail compliqué par la coupure totale d'internet pendant trois semaines. D'autres bilans circulant dans les médias vont jusqu'à 36.000 morts.

«Ce chiffre dépasse l'imagination. Il montre que le régime a atteint un stade où il sait désormais qu'il n'a plus de légitimité. Il a perdu sa légitimité il y a longtemps, et ce massacre en est la confirmation finale», fustige M. Panahi.

Mais «comme on l'a vu ailleurs, en Inde, en Afrique du Sud, quand les gens sortent de leur deuil, quand il se redécouvrent, ils trouvent des moyens de continuer leur lutte» espère-t-il.

Ses collègues restés en Iran ont été touchés de plein fouet par la brutale réaction du pouvoir iranien face au mouvement, décrit le cinéaste.

Un réalisateur, Javad Ganji, a été abattu lors d'une manifestation à Téhéran début janvier, dit-il.

Le journaliste et militant Mehdi Mahmoudian, coscénariste d'Un simple accident et son ancien codétenu, a lui été arrêté dimanche, avec le leader étudiant Abdullah Momeni et la journaliste et militante Vida Rabbani.

«Des amis nous ont dit (qu'ils) avaient pu passer un coup de téléphone d'une minute pour dire qu'ils allaient bien et qu'ils étaient en détention», explique-t-il.

«Activités de propagande»

Jafar Panahi, qui a lui-même été incarcéré à deux reprises en Iran, était jusqu'à l'année dernière sous le coup d'une interdiction de quitter le pays.

Sa levée lui a permis d'aller présenter Un simple accident en mai 2025 à Cannes, où il a pu se rendre pour la première fois depuis 15 ans.

Le film, inspiré par son séjour derrière les barreaux, raconte l'histoire d'Iraniens passés par la même prison se demandant quel sort réserver à leur ex-tortionnaire, tombé entre leurs mains.

«Le plus important en ce moment, c'est notre pays et c'est la liberté de notre pays», avait lancé le réalisateur en recevant sa Palme, avant de regagner son pays malgré le risque de représailles.

Mais en décembre, alors qu'il était reparti à l'étranger, la justice iranienne l'a condamné en son absence à un an de prison, pour «activités de propagande» contre l'État.

Cela ne l'empêchera pas de rentrer à nouveau en Iran, le mois prochain, après les Oscars, jure celui qui ne s'est jamais résolu à l'exil.

«C'est chez moi et j'y retournerai».

Par Adam PLOWRIGHT / AFP

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