Le professeur Maroun Khater, chercheur en finances et en économie, dresse un constat sévère du projet de budget libanais pour 2026, qu’il juge largement similaire à celui de 2025 et dépourvu de toute vision économique à moyen terme.
Selon lui, le budget 2026 est avant tout un budget fiscal, même s’il ne prévoit pas officiellement de hausse des impôts. « Les budgets à caractère fiscal créent inévitablement des discriminations entre citoyens dans les pays où le respect de la loi n’est pas généralisé », souligne-t-il.
Un État sans investissements et hors des marchés
Le Pr Khater rappelle que le Liban n’attire plus d’investissements, que son économie est en état d’effondrement et qu’il est exclu des marchés financiers internationaux. Dans ce contexte, les recettes de l’État reposent presque exclusivement sur la fiscalité, tandis que le budget est financé uniquement par des ressources internes.
Il estime par ailleurs qu’il est impossible de parler d’augmentation des recettes fiscales ou d’un « déficit zéro » sans un arrêté définitif des comptes ni des tableaux clairs de recouvrement.
Une discipline comptable illusoire
Pour le chercheur, toute référence à une réelle discipline comptable reste trompeuse tant que le budget ne tient pas compte de la dette publique exigible ni de son service, suspendu en raison du défaut de paiement de l’État.
De même, le budget ne peut refléter une vision économique du pays, même à moyen terme, en l’absence d’un véritable bilan des paiements — lequel demeure impossible tant que le secteur bancaire est en ruine.
L’économie du cash comme impasse
Le Pr Khater juge également irréaliste toute prévision d’excédent budgétaire dans une économie largement dominée par le cash. Il précise que le budget est opérationnel à hauteur de 90 %, tandis que les recettes fiscales représentent 83 % des revenus totaux.
Selon lui, la loi de finances actuelle ne fait que prolonger la réalité existante, en attendant une percée politique susceptible de replacer le Liban sur la carte économique régionale et internationale.
Aucune équation économique sans stabilité politique
Il avertit que le discours optimiste entourant le budget vise avant tout à rassurer les bailleurs de fonds, lesquels sont pleinement conscients de la situation réelle du pays. « Il ne peut y avoir de nouvelles équations économiques sans une stabilité politique durable », insiste-t-il.
Le professeur Khater estime également qu’un budget interne à dominante fiscale est incapable d’absorber le coût de la reconstruction, un dossier éminemment politique.
Réformes et responsabilité indissociables
Lorsque la crise est liée à la gouvernance, ajoute-t-il, les réformes doivent impérativement aller de pair avec la reddition des comptes. Enfin, il met en garde contre une logique dangereuse : « Nous ne pouvons pas continuer à choisir entre l’absence de budget et l’existence d’un mauvais budget. Les solutions politiques doivent être accélérées. »



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