Quand Balasko et sa fille Marilou Berry explorent l’emprise conjugale sur scène dans «Ça, c’est l’amour»
Sur scène pour la première fois ensemble, Josiane Balasko et sa fille Marilou Berry explorent le quotidien d’un couple sous emprise dans «Ça, c’est l’amour». ©Ici Beyrouth

Josiane Balasko et sa fille Marilou Berry se retrouvent pour la première fois sur scène dans Ça, c’est l’amour, pièce inédite de Jean Robert-Charrier sur les violences conjugales. Jouée aux Bouffes parisiens à Paris jusqu’au 26 avril, elle mêle comédie et huis clos troublant, immergeant le public dans le contrôle coercitif et la manipulation psychologique. Le duo mère-fille, naturellement complice, aborde un sujet rarement traité au théâtre et suscite de fortes réactions.

Un soir de Noël, l'intuition d'une mère détectant les violences conjugales subies par sa fille: dans un registre à contre-emploi, Josiane Balasko et sa fille Marilou Berry sont réunies pour la première fois au théâtre dans Ça, c'est l'amour, pièce inédite en forme de réquisitoire contre l'emprise domestique.

Signé du dramaturge Jean Robert-Charrier, lui-même témoin de violences conjugales pendant son enfance, ce duo mère-fille démarre comme une pièce de boulevard avant de faire basculer les spectateurs dans le quotidien infernal d'un couple sous le joug d'un époux manipulateur, toxique et brutal dans le huis clos du foyer.

À l'improviste, Frédérique (Josiane Balasko) débarque le soir du réveillon au domicile de sa fille Mathilde (Marilou Berry), dont l'obsession est de ne pas réveiller son mari et leur fils de dix ans, étonnamment déjà couchés.

Au cours d'une conversation badine, Mathilde, de plus en plus anxieuse, fait part de sa fatigue permanente. Femme au foyer à la campagne, elle n'a ni voiture, ni distraction, ni amis.

«Beaucoup de gens se disent: Balasko et sa fille, ça va être une pièce drôle ou tendre sur la filiation. Finalement, les spectateurs sont témoins de quelque chose qu'on ne voit pas au grand jour: l'emprise, le contrôle coercitif…», souligne à l'AFP Marilou Berry, Molière 2006 de la révélation et César du meilleur espoir trois ans plus tard pour Vilaine.

«Les violences conjugales sont rarement évoquées au théâtre. Avec ma mère, on a accepté tout de suite cette pièce immersive qui permet aux gens étrangers à ces situations de comprendre pourquoi les femmes victimes restent, pourquoi ce ne sont pas des femmes faibles», ajoute la comédienne.

«Montagnes russes»

«Il y a énormément de femmes qui viennent à la fin de la pièce pour dire: c'est mon histoire, celle de ma mère, de ma sœur, de ma fille...Je pourrais jouer cette pièce jusqu'à la fin de ma vie tellement elle est formidable!», dit Marilou Berry, souvent en première ligne avec sa mère des combats féministes.

Directeur des théâtres des Bouffes-parisiens et de la Porte-Saint-Martin, l'auteur Jean Robert-Charrier a choisi de montrer de façon très réaliste, parfois dérangeante pour le spectateur, le comportement sadique d'un époux violent, pervers narcissique, soufflant le chaud et le froid.

«Ce que je trouve merveilleux, c'est que deux figures populaires comme Josiane et Marilou s'emparent d'un tel sujet», confie M. Robert-Charrier. «Je voulais absolument qu'il y ait du rire de temps en temps parce que ça serait insoutenable sinon. Et, justement, dans mon enfance, il y avait plein de moments joyeux qui faisaient que personne ne pouvait se douter de ce qui se passait».

Pour Marilou Berry, «ce qui est intéressant est que les spectateurs se projettent facilement et même que certains hommes, peut-être, se remettent en question même si leur comportement n'atteint pas des extrêmes».

«Le lien mère-fille, on n'a pas à le jouer. Il est naturel. Pour un acteur, tout ce qu'on n'a pas à jouer, c'est du bonus. On se sent donc en sécurité l'une comme l'autre», ajoute-t-elle, se disant «très heureuse» d'être sur scène avec sa mère.

À l'affiche aux Bouffes parisiens jusqu'au 26 avril, Ça c'est l'amour» sera en tournée en 2027.

Jean-François GUYOT / AFP

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