La 76ᵉ Berlinale a démarré jeudi soir à Berlin avec une sélection «moins glamour» mais «plus de contenu», selon Wim Wenders. Près de 200 films seront projetés jusqu’au 21 février, dont 22 en compétition officielle, explorant famille, intimité et vies partagées entre plusieurs mondes. Le film d’ouverture, No Good Men, de la cinéaste afghane Shahrbanoo Sadat, mêle humour et gravité pour raconter la maltraitance des femmes à Kaboul avant le retour des talibans. Le festival met également en lumière de nombreux talents féminins.
La 76ᵉ édition du festival de cinéma de Berlin s'est ouverte jeudi soir avec une sélection éclectique de films «moins glamour» mais avec «plus de contenu», assume le président du jury Wim Wenders.
Figure du cinéma allemand, Wim Wenders, âgé de 80 ans, a souligné jeudi matin en conférence de presse que «les films peuvent changer le monde» mais pas «l'idée» que s'en fait «un politicien». Ils s'inscrivent dans un «grand décalage sur cette planète entre les gens qui veulent vivre leur vie et les gouvernements qui ont d'autres idéaux», a-t-il ajouté.
Interrogé par l'AFP, jeudi soir sur le tapis rouge, sur le climat actuel aux États-Unis sous la présidence de Donald Trump, le cinéaste, Palme d'or à Cannes en 1984 avec Paris, Texas, a rendu hommage aux cinéastes «qui font des films qui sont vraiment nécessaires en ce moment» dans ce pays.
«Et vous avez suivi le Super Bowl. L'Amérique se réveille de plusieurs façons», a-t-il ajouté.
Premier grand rendez-vous de l'année de l'industrie du cinéma, le festival, perçu comme progressiste, s'ouvre dans un contexte international très tendu, avec notamment la répression sanglante en Iran.
Plusieurs thématiques émergent de la sélection, dont «la famille et l'intimité sous pression, les questions de soin, d'appartenance et l'expérience de vivre entre plusieurs mondes», estime la directrice de la Berlinale Tricia Tuttle.
Wim Wenders a assumé auprès de l'AFP un cinéma «moins international, moins glamour» mais avec «plus de contenu».
Film d'ouverture afghan
La cérémonie d'ouverture a mis à l'honneur l'actrice malaisienne Michelle Yeoh, figure des films d'action asiatiques, oscarisée en 2023 pour Everything, Everywhere, All at Once.
«Dans un monde qui nous divise autant, se rassembler dans le noir pour partager une histoire semble discrètement radical», a déclaré Mme Yeoh.
Près de 200 films seront projetés jusqu'au 21 février, dont 22 en compétition officielle pour succéder à Rêves du Norvégien Dag Johan Haugerud, couronné de l'Ours d'or en 2025.
La Berlinale met en lumière un nombre grandissant de réalisatrices, se rapprochant de la parité (environ 41% de la programmation). Le film d'ouverture est l'œuvre d'une cinéaste afghane, Shahrbanoo Sadat, dont c'est le troisième long-métrage.
No Good Men évoque la maltraitance des femmes afghanes, avec humour et presque détachement, à travers l'histoire de Naru, journaliste vidéo à Kaboul, juste avant le retour des talibans au pouvoir en 2021.
«Il m'a fallu du temps pour me ressaisir et réaliser quel grand honneur c'était pour moi», a dit jeudi à l'AFP Shahrbanoo Sadat, qui a elle-même fui son pays à ce moment-là et réside désormais à Hambourg.
Dans la période actuelle, les cinéastes afghans «essaient de comprendre... ce que cela signifie d'être les conteurs de nos propres histoires», a-t-elle encore dit à l'AFP.
Hüller au masculin
Contrairement à Venise et Cannes, Berlin accueille peu de grosses productions au casting clinquant. À noter tout de même, The Weight avec Ethan Hawke et Russell Crowe, sur un homme forcé de faire passer de l'or en contrebande à travers la nature hostile de l'Oregon, dans l'Ouest américain, en pleine Grande Dépression dans les années 1930.
Le film a été tourné en Allemagne, alors que de plus en plus de productions américaines font le choix de tourner à l'étranger pour des raisons de coût.
En compétition, l'un des films les plus attendus est Rosebush Pruning d'un grand habitué de la Berlinale, le Brésilien Karim Aïnouz. Son long-métrage est présenté comme «une satire de la famille patriarcale traditionnelle».
Le casting, qui réunit Elle Fanning, Callum Turner, Jamie Bell ou encore Pamela Anderson, devrait électriser le tapis rouge samedi.
L'actrice allemande Sandra Hüller, à l'aura internationale depuis ses rôles dans Anatomie d'une chute et La Zone d'intérêt, est elle aussi très attendue dans la peau d'un homme trompant un village allemand au XVIIᵉ siècle. Rose est en lice pour l'Ours d'or.
Par Antoine GUY / AFP



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