«Blue Moon»: la complicité de longue date entre Ethan Hawke et Richard Linklater à l’écran
L’acteur américain Ethan Hawke, nommé au César du meilleur acteur pour «Blue Moon», pose lors d’une séance photo avant le déjeuner des nominés de la 98e cérémonie des Oscars à l’hôtel Beverly Hilton, à Beverly Hills, Californie, le 10 février 2026. ©Valerie MACON / AFP

À 55 ans, Ethan Hawke retrouve son réalisateur fétiche Richard Linklater pour Blue Moon, biopic sur le parolier Lorenz Hart. Dans ce film intimiste tourné quasi en temps réel, Hawke se métamorphose pour incarner un Hart désenchanté, retraçant ses grands succès à Broadway. Entre dialogues au rythme théâtral et reconstitution du New York des années 1940, l’acteur révèle comment plus de trente ans de complicité avec Linklater lui ont permis de dépasser son image et d’atteindre une interprétation saluée par sa cinquième nomination aux Oscars.

C'est un Ethan Hawke transformé, vieilli et rabougri, qui apparaît dans Blue Moon, mais l'Américain nommé pour l'Oscar du meilleur acteur, bien que méconnaissable, raconte à l'AFP qu'il n'avait pas perdu ses repères, dirigé une fois de plus par son réalisateur fétiche Richard Linklater.

Connu pour ses rôles dans Le Cercle des poètes disparus et Boyhood, Ethan Hawke y incarne avec brio Lorenz Hart, un grand parolier américain désenchanté, petit, presque chauve, loin de la stature de l'acteur.

S'il a réussi à se dépouiller de toute vanité pour ce rôle, c'est grâce aux automatismes développés depuis plus de trente ans avec Richard Linklater.

«La magie de cette relation, c'est un peu comme le vélo: on le fait sans y penser», a confié Ethan Hawke à l'AFP quelques semaines avant la cérémonie de remise des Oscars, organisée le 15 mars à Los Angeles.

«Comme avec le vélo, si tu y réfléchis, tu tombes», ajoute-t-il.

La plus grande partie de Blue Moon se déroule dans un bar new-yorkais, repaire de tous ceux qui comptent dans le Broadway du milieu du XXᵉ siècle. Lorenz Hart y trouve refuge, ce soir de mars 1943, après s'être échappé de la première de Oklahoma!, comédie musicale composée par son ex-partenaire Richard Rodgers.

Le film, tourné presque comme une seule scène, n'est que dialogues, comme une pièce de théâtre.

Richard Linklater «m'a envoyé le scénario, et nous avons tous les deux senti qu'on avait là l'un des récits les plus géniaux sur lesquels nous sommes tombés», se souvient Ethan Hawke. «On voulait le partager avec le monde entier.»

Au-delà des rides

Les deux Texans ont collaboré à partir de Before Sunrise (1995), puis dans les deux films qui ont suivi (Before Sunset et Before Midnight) avec la Française Julie Delpy, et aussi pour Boyhood, récit au long cours sur l'enfance tourné pendant douze ans.

C'est en 2014, l'année de sortie de ce film, que Richard Linklater et Ethan Hawke ont lu pour la première fois le scénario de Blue Moon écrit par Robert Kaplow.

Le réalisateur américain «savait que le temps allait m'aider» pour le rôle de Lorenz Hart, a affirmé l'acteur de 55 ans au média américain The Wrap. «Et, c'est marrant, ce n'était pas seulement vieillir, un visage qui se ride et se décompose» qu'il fallait, mais quelque chose en plus.

«Je pensais que j'étais prêt à 40 ans, mais, en réalité, je ne l'étais pas, a-t-il poursuivi. Ce rôle m'a demandé (de mobiliser) tout ce que j'ai appris en plus de trente ans» de carrière.

En à peine plus d'une heure trente, le Lorenz Hart incarné par Ethan Hawke revient sur ses grands succès à Broadway et ailleurs, dont My Funny Valentine, The lady is a tramp ou Blue Moon, qui donne son titre au film.

Trois morceaux écrits par Lorenz Hart et composés par Richard Rodgers, incarné ici par Andrew Scott. On croise aussi, dans ce bar aux lumières tamisées, une jeune femme jouée par l'actrice Margaret Qualley, nouvelle vedette de Hollywood. Mais s'il boit, parle et parle encore, progressivement son masque tombe, et Lorenz Hart se retrouve désespérément seul.

Cette nomination aux Oscars, sa cinquième, arrive au bout d'«une des collaborations les plus excitantes de ma vie», s'enthousiasme Ethan Hawke. «Je ne sais pas comment j'ai pu être si chanceux.»

Par Huw GRIFFITH / AFP

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