Une candidature hors norme!
©Ici Beyrouth

En politique, Nabih Berry laisse rarement place au hasard – pas plus dans sa candidature aux législatives que dans son ambition de briguer un huitième mandat à la tête de l’Assemblée.

Fin stratège des arcanes parlementaires, maître dans l’art de la manœuvre et de la mise en scène institutionnelle, il sait saisir chaque moment pour envoyer des messages qui dépassent les échéances, les décrets et les délais.

Par ailleurs, alors que les discussions s’intensifient autour de l’éventualité d’un report des élections législatives si la loi n’est pas amendée concernant le vote des expatriés, le président de la Chambre a choisi d’être le premier à déposer sa candidature, dans un geste à double portée. Il s’agit, d’abord, d’affirmer que le scrutin se tiendra à la date prévue, en ouvrant lui-même la voie et en incitant les autres à lui emboîter le pas. Ensuite, il s’agit de signifier que, si prorogation il devait y avoir, ou si la volonté d’organiser les élections venait à faiblir, toute extension de mandat passerait par lui ou s’opérerait selon ses conditions.

En outre, la condition non déclarée de Nabih Berry serait une prolongation d’au moins deux ans: une prorogation dite «technique» ou limitée à l’été ne saurait, à ses yeux, ni suffire ni présenter la moindre utilité. Par conséquent, malgré l’initiative de M. Berry, destinée à envoyer des signaux politiques, la scène électorale semble surtout servir à combler un vide et à gagner du temps, dans l’attente d’une éventuelle action américaine contre l’Iran et de l’issue des négociations, qu’elles soient militaires ou diplomatiques.

Les faits sont là: les lacunes juridiques entourant les élections législatives se multiplient, sans qu’aucune initiative concrète ne soit prise pour y remédier.

D’emblée, l’une des principales difficultés réside dans la possibilité de contester le décret convoquant les électeurs, émis par le ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar. Malgré la bonne volonté de ce dernier et sa détermination à organiser les élections dans le respect de la légalité, l’absence d’appel à candidatures pour la circonscription 16, en raison de l’incapacité du gouvernement à établir un cadre légal, rend le décret susceptible de contestation: il ne met pas en œuvre la loi en vigueur et ne respecte pas ses dispositions, même si le gouvernement estime qu’elles ne le concernent pas et nécessitent l’intervention du Parlement.

Dans ce contexte, cette situation a conduit à solliciter l’avis de la Commission des consultations et de la législation afin de déterminer le sort des élections dans le contexte actuel. Or, la solution est connue et claire: elle devrait passer par le Parlement, via la convocation d’une séance destinée à examiner le projet de loi de modification.

Partant, deux scénarios se présentent: soit le projet est adopté et les non-résidents votent pour 128 députés, soit il est rejeté et le Parlement fournit les clarifications nécessaires pour la circonscription 16, comme le demandait le gouvernement, permettant ainsi le déroulement normal du processus électoral et le maintien des élections à la date prévue.

Et puisque la loi impose que les électeurs soient convoqués au moins quatre-vingt-dix jours à l’avance, il devient désormais impossible d’organiser les élections à l’étranger, même si l’avis de la Commission des consultations et de la législation devait être favorable, les délais étant désormais trop courts pour permettre leur mise en œuvre.

Ainsi, cette crise juridique et constitutionnelle se résoudra, comme elle a commencé, via M. Berry. C’est ainsi qu’il redessinera la carte politique selon sa propre méthode et à sa manière habituelle.

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