Hausse des salaires contestée: l’État reprend ce qu’il donne
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Les réactions hostiles au financement des hausses de salaires dans le secteur public via de nouvelles taxes se sont multipliées. Des députés ainsi que des forces politiques et syndicales ont exprimé leur soutien à l’amélioration des salaires, tout en refusant d’en faire porter le coût aux citoyens par une augmentation de la TVA ou des prix des carburants. Ils ont appelé à des alternatives fondées sur la lutte contre le gaspillage et l’évasion fiscale, ainsi que sur une réforme équitable des finances publiques.

Certains syndicats et partis ont également estimé que la décision aggraverait l’inflation vu que cela reviendrait à redistribuer les charges au détriment des catégories populaires. Elles ont réclamé un plan de réforme juste et global et ont menacé d’organiser des mouvements de protestation en cas de maintien de la mesure.

Parmi les premières réactions aux décisions gouvernementales, le Courant patriotique libre a déclaré dans un communiqué: «Voilà que le pouvoir de l’impuissance échoue une nouvelle fois à proposer une solution juste et intégrée au problème des finances publiques et du secteur public à travers un plan de réforme global. En imposant une hausse exorbitante sur les carburants (en plus de la TVA, il recourt ainsi à une mesure de prévention illégale, que nous avions déjà contestée devant le Conseil d’État et pour laquelle nous avions obtenu gain de cause.

Partant, en une seule journée, le prix du bidon d’essence est passé d’environ 15 dollars à 19 dollars, soit une augmentation de plus de 25%. Cela a provoqué une hausse de l’inflation et un renchérissement supplémentaire du coût de la vie des besoins quotidiens des citoyens, sans pour autant satisfaire les revendications légitimes des fonctionnaires, des enseignants et des militaires. Elle leur a accordé quelque chose d’un côté, mais en a repris beaucoup de l’autre, affectant ainsi leur vie quotidienne et leurs indemnités de transport».

Le communiqué conclut: «Rien de tout cela ne se serait produit sans la proposition et l’aval des ministres des Finances et de l’Énergie, ainsi que l’approbation du Gouvernement, qui a failli aux engagements pris devant le Parlement et le peuple libanais.»

De son côté, le Rassemblement des fonctionnaires de l'administration publique a critiqué la décision du Conseil des ministres, estimant qu’elle ne constitue pas une solution effective à la crise des salaires, mais qu’elle se contente de redistribuer les charges sur les citoyens via des taxes à la consommation comme celles sur les carburants et la TVA. Il a jugé que toute augmentation serait rapidement érodée par l’inflation, mettant en garde contre un déséquilibre dans les priorités et le fait de faire supporter aux catégories populaires le coût de l’ajustement au lieu de lutter contre le gaspillage et l’évasion fiscale. Il a appelé le gouvernement à revenir sur sa décision et à proposer un plan de réforme global et équitable, brandissant la menace de mouvements syndicaux et populaires s’il fait fi des revendications.

La commission constitutive du syndicat des employés des hôpitaux publics a également dénoncé les augmentations salariales approuvées par le Conseil des ministres, les qualifiant d’insuffisantes et disproportionnées au regard de l’effondrement du niveau de vie. Elle a rejeté leur financement par de nouvelles taxes et charges pesant sur les citoyens et les salariés, demandant plutôt une grille salariale équitable afin de rétablir les salaires à leur niveau réel d’avant la crise, et à l’indexation de toute correction sur les indicateurs du coût de la vie. Elle a enfin exhorté l’État à trouver des sources de financement justes, menaçant d’entreprendre des actions syndicales pour défendre les droits des travailleurs.

 

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