Après près de huit heures de discussions marquées par un long va-et-vient, le ministre de l’Information, Paul Morcos, a annoncé aux Libanais la «bonne nouvelle»: six salaires supplémentaires pour les fonctionnaires et le versement de la totalité des compléments aux militaires, sur la base de la valeur fixée en 2019.
Néanmoins, ce qui a été donné d’une main a été repris de l’autre, affectant non seulement le secteur public, mais également l’ensemble des citoyens libanais. Cette hausse, présentée comme un cadeau aux employés, s’accompagne d’une augmentation de 300 000 livres sur le bidon d’essence et d’une hausse de la TVA à 12%, révélant rapidement son effet de bombe à retardement.
La décision a été contestée par les ministres Mohammad Haïdar et Rakan Nasreddine, qui ont dénoncé l’absence de plan clair et de détails sur les mécanismes d’application. Le bloc parlementaire du Développement et de la Libération a également rejeté la hausse de la TVA. Selon des sources citées par le quotidien Al-Liwaa, les positions devraient se clarifier après la séance, notamment sur les salaires, tandis que les taxes risquent de provoquer de nouvelles objections, notamment l’augmentation de 300 000 livres sur l’essence et de 1 % sur la TVA.
Après que le ministre des Finances, Yassine Jaber, a présenté plusieurs scénarios d’augmentation des salaires, les ministres des Forces libanaises ont exprimé leur objection, dénonçant l’absence d’étude détaillée permettant un examen préalable. Ils ont refusé que toute hausse soit financée par des taxes ou une augmentation du prix du carburant, insistant sur la nécessité de trouver un financement via une meilleure application des droits de douane et des impôts ainsi que par l’amélioration de la collecte des recettes. Ils ont également rappelé qu’il fallait aborder les salaires de manière globale et non fragmentée entre les différentes catégories de fonctionnaires, en insistant sur la réforme du secteur public et sur le principe d’égalité entre les forces armées et les autres fonctionnaires publics pour toute augmentation.
Parmi les premières réactions, le député Imad el-Hout a écrit : « Je soutiens toute augmentation juste et équitable des salaires des fonctionnaires et des militaires, car leur dignité fait partie de celle de l’État. Mais je refuse que cette hausse soit financée par le citoyen, via une augmentation de la TVA de 1 % ou l’imposition de 300 000 livres supplémentaires sur l’essence.» Il a ajouté: «La solution ne consiste pas à charger la population de nouveaux fardeaux, mais plutôt à lutter contre le gaspillage, contrôler la contrebande et améliorer la collecte des recettes de manière équitable. Un État juste reconnaît les droits des employés sans étouffer le citoyen.»
Le député Razi el-Hage a mis en garde: «Les conséquences économiques de la décision du Conseil des ministres, consistant à augmenter de 1% la TVA et à imposer 300 000 livres supplémentaires sur le prix de l’essence, sont graves et potentiellement catastrophiques. Ces mesures risquent de provoquer une vague d’inflation sur divers biens et services, surtout dans un contexte d’absence de réelle concurrence et de faibles contrôles, ce qui alourdira les charges pesant sur les citoyens.»
Ainsi, refusant fermement d’imposer au citoyen libanais des charges supplémentaires dans cette crise étouffante, les ministres des Forces libanaises ont voté contre ces augmentations. Ils ont réaffirmé : « Nous soutenons l’augmentation des salaires des militaires et des fonctionnaires, considérant cela comme un droit acquis, à condition que le financement repose sur de réelles réformes. Cela implique une meilleure collecte douanière, la lutte contre la fraude fiscale et l’efficacité du recouvrement, plutôt que de puiser uniquement dans les poches des citoyens. Il faut également entamer la restructuration du secteur public, avec la suppression ou la fusion des institutions, caisses et conseils inefficaces. La politique opportuniste et improvisée semble malheureusement se poursuivre.»
De son côté, Bassam Tleis, président des syndicats du transport routier, a commenté: «Nous sommes favorables à l’amélioration des salaires, mais nous refusons de faire supporter ce fardeau aux citoyens et au secteur du transport. Le carburant est essentiel, et toute hausse, qu’elle concerne les prix ou la TVA, se répercutera immédiatement sur le coût du transport et des biens. Il faut trouver des alternatives justes, sans toucher aux citoyens.»
Joseph Kossaifi, président de l’ordre des journalistes, a critiqué la décision du Conseil des ministres consistant à augmenter de 361 000 livres le prix du bidon d’essence et à relever la TVA d’1 % : «Jour après jour, le gouvernement transforme le Liban d’un État de protection sociale en un État de perception fiscale par des décisions improvisées, dépourvues de justice et d’équité, susceptibles de semer la discorde entre les citoyens alors qu’ils subissent tous le même niveau de négligence.»
La hausse du prix de l’essence risque de provoquer une pagaille sur le marché et une augmentation désordonnée des prix des biens, laissant les citoyens pris dans une gestion improvisée. Par cette décision, le gouvernement tente d’échapper à un problème en en créant de nouveaux. Il n’a pas proposé d’alternatives pour renforcer l’équilibre social. Interrogé sur les dépôts des citoyens, il les qualifie d’inviolables alors que nul ne connaît leur sort. Concernant les biens maritimes et fluviaux, aucune réponse convaincante n’est donnée. Quant aux services publics dans tous les secteurs, le silence est total.
Ce que le gouvernement a entrepris constitue une mesure mal adaptée qui ne résoudra pas le problème et engendrera de graves crises sociales. Il est impératif d’agir rapidement pour pousser le gouvernement à geler ses décisions et à chercher des alternatives qui n’alourdissent pas les citoyens avec des taxes et impôts inefficaces. Il est inacceptable de rester silencieux face à un gouvernement qui s’acharne à épuiser les poches des citoyens alors qu’il pourrait mobiliser les ressources et rationaliser les dépenses sans les appauvrir moyennant zéro service.



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