Une équipe de l’University of Southern California avance une hypothèse intrigante. Chez près de 3 800 seniors, la vaccination contre le zona serait associée à des marqueurs biologiques d’un vieillissement plus lent. Simple corrélation ou véritable signal biologique?
Vieillir est un phénomène complexe. Il s’accompagne d’une usure progressive des cellules, d’une inflammation chronique discrète et d’un système immunitaire qui perd peu à peu en efficacité. Depuis une dizaine d’années, les chercheurs parlent d’«inflammaging», contraction d’inflammation et aging, pour décrire cette inflammation de bas grade qui s’installe avec l’âge et favorise les maladies cardiovasculaires, neurodégénératives ou métaboliques. C’est dans ce contexte qu’une équipe de l’University of Southern California, publiée dans The Journals of Gerontology, a posé une question inattendue. Et si le vaccin contre le zona ne se contentait pas de prévenir l’infection, mais influençait aussi la façon dont nous vieillissons?
Les chercheurs ont analysé les données de près de 3 800 Américains âgés, issus de la grande cohorte Health and Retirement Study. Ils ont comparé des personnes vaccinées contre le zona à d’autres qui ne l’étaient pas, en étudiant plusieurs indicateurs biologiques. Taux d’inflammation dans le sang, activité de certains gènes, horloges épigénétiques fondées sur la méthylation de l’ADN. Ces outils permettent d’estimer l’âge biologique, qui peut différer de l’âge réel.
Les résultats attirent l’attention. En moyenne, les personnes vaccinées présentaient des niveaux d’inflammation plus faibles et des profils biologiques compatibles avec un vieillissement légèrement plus lent. L’effet semblait plus marqué dans les années suivant la vaccination. Même après avoir pris en compte l’état de santé, le niveau socio-économique ou l’accès aux soins, l’association restait visible.
Peut-on pour autant affirmer que le vaccin contre le zona rajeunit? Non. L’étude est observationnelle. Elle montre un lien, pas une preuve directe de cause à effet. Il est possible que les personnes vaccinées aient, au départ, un mode de vie plus favorable à la santé. Les chercheurs ont tenté de corriger ce biais, mais aucun ajustement statistique ne peut totalement éliminer ce que l’on appelle l’effet du vacciné en meilleure santé. Malgré cela, les résultats s’inscrivent dans une tendance observée ailleurs.
En 2024, une étude publiée dans Nature Medicine suggérait déjà que le vaccin recombinant contre le zona était associé à un risque plus faible de démence. En 2025, Nature rapportait qu’au Pays de Galles, une analyse quasi expérimentale montrait une baisse d’environ 20 pour cent des diagnostics de démence chez les personnes vaccinées. Là encore, il s’agit d’associations et non de preuves définitives. Mais les indices convergent.
Comment expliquer un tel effet? Une première piste concerne le virus varicelle-zona lui-même. Après une varicelle dans l’enfance, le virus reste dormant dans les ganglions nerveux. Des années plus tard, il peut se réactiver sous forme de zona, provoquant douleurs et inflammation. Même sans symptômes visibles, de petites réactivations pourraient entretenir une stimulation immunitaire chronique. En empêchant ces réactivations, le vaccin réduirait une source d’inflammation silencieuse.
Une autre hypothèse repose sur ce que les immunologistes appellent l’immunité entraînée. Certains vaccins semblent modifier durablement le fonctionnement de l’immunité innée, la première ligne de défense de l’organisme. Ce phénomène, observé notamment avec le vaccin BCG, pourrait aussi concerner les vaccins modernes contre le zona. Une meilleure régulation de l’immunité pourrait limiter l’inflammation généralisée et ralentir certains mécanismes liés à l’âge.
Il faut toutefois préciser que l’étude américaine portait surtout sur l’ancien vaccin vivant atténué utilisé avant 2017 aux États-Unis. Aujourd’hui, en France, c’est le vaccin recombinant qui est recommandé pour les personnes de 65 ans et plus et pour celles dont le système immunitaire est fragilisé. Les deux vaccins ne fonctionnent pas exactement de la même manière. On ne peut donc pas appliquer automatiquement ces résultats à l’un comme à l’autre, même si les mécanismes pourraient se rejoindre.
Au-delà du zona, cette recherche ouvre une perspective plus large. La vaccination, longtemps vue comme une protection ciblée contre une maladie précise, pourrait avoir des effets plus globaux sur l’organisme. En modulant l’immunité, elle pourrait influencer des processus associés au vieillissement. C’est un champ de recherche en plein essor, à la frontière entre immunologie et gérontologie.
Il serait pourtant imprudent d’en tirer des conclusions hâtives. Aucun vaccin n’est aujourd’hui reconnu comme outil anti-âge. Les auteurs eux-mêmes appellent à des études suivies dans le temps, capables de mieux isoler l’effet propre de la vaccination. Il faudra confirmer ces résultats dans d’autres populations et avec des mesures répétées.
En attendant, le message le plus solide reste simple. Le vaccin contre le zona protège contre une maladie douloureuse, parfois invalidante. S’il offre en plus un bénéfice indirect sur l’inflammation ou la santé du cerveau, ce serait un atout supplémentaire. Mais la science avance par étapes. Entre une hypothèse prometteuse et une certitude clinique, il y a un chemin exigeant.



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