Hezbollah sous la pression d'un champ de bataille financier
Selon le centre israélien Alma, les sanctions et le contrôle financier à l'encontre du Hezbollah menacent son système économique et la loyauté de sa base. L’or et les transferts d’argent deviennent un champ de bataille. ©Al-Markazia

Selon une analyse du centre de recherches israélien Alma, l’intensification de la surveillance et de la pression sur les finances du Hezbollah place l’organisation face à un défi majeur en dehors du champ militaire: maintenir la loyauté, la dépendance et la confiance de sa base de soutien chiite.

Le rapport d’Alma souligne que ces derniers mois, le Hezbollah semble éprouver des difficultés à honorer certaines obligations financières, notamment le versement de compensations et d’aides aux familles touchées par la guerre. «L’organisation est confrontée à une réalité économique de plus en plus complexe», note le centre, se demandant si ces difficultés ne reflètent pas une érosion structurelle du mécanisme économique sur lequel repose son influence politique et sociale.

Des rapports récents montrent l’incertitude qui plane sur la situation. Le 6 février, il a été annoncé que l’institution Al Qard al-Hasan reprendrait le versement des compensations aux familles dont les habitations ont été détruites. Quelques jours plus tard, le 9 février, le même organisme suspendait à nouveau ces paiements, invoquant un dépassement de sa capacité financière.

Selon Alma, ce gel ne traduit pas forcément un manque absolu de ressources, mais plutôt des difficultés croissantes à effectuer des transferts sous un régime de sanctions et de contrôle rapproché.

Le centre israélien souligne que le Hezbollah aurait entamé, dès le 10 février, un processus de réorganisation de son système économique, en se dirigeant vers un modèle plus décentralisé. Ses institutions fonctionneraient alors avec des budgets limités et indépendants, plutôt que de dépendre d’un fonds central unique. Cette réorganisation viserait à réduire les risques liés aux sanctions tout en constituant une contrainte stratégique imposée par la restriction de sa liberté financière.

Le même jour, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a annoncé que l’organisation financerait trois mois de logement pour les familles touchées par la guerre, même si cela relève de la responsabilité de l’État. Pour Alma, cette démarche illustre un effort clair pour préserver l’image du Hezbollah comme acteur protecteur et fournisseur de services sociaux.

Cette pression interne s’accompagne d’une intensification des sanctions américaines. Le 12 février, le département du Trésor des États-Unis a annoncé un nouveau paquet visant les réseaux financiers du Hezbollah opérant dans l’économie informelle libanaise et via des canaux internationaux en Turquie et en Russie, en coordination avec l’Iran. Contrairement aux mesures précédentes, cette initiative cible désormais également la base économique locale qui permet au Hezbollah de maintenir son influence sociale et politique, notamment des acteurs liés au commerce de l’or et à des institutions socio-financières comme Al Qard al-Hasan.

Selon Alma, ces tensions financières ont déjà des répercussions sur le terrain: le 13 février, des citoyens chiites libanais se sont précipités auprès de l’institution Al Qard al-Hasan pour récupérer l’or déposé en garantie de prêts et solder leurs dettes, témoignant d’une inquiétude croissante vis-à-vis de la stabilité du système économique parallèle du Hezbollah.

Pour le centre, l’impact économique ne se limite pas à un enjeu financier. Il menace également le mécanisme de loyauté et de dépendance sociale sur lequel repose le contrôle du Hezbollah sur sa base. La pression financière ciblée pourrait donc devenir un levier stratégique majeur pour limiter les capacités militaires et civiles de l’organisation, aux côtés des actions menées sur le terrain militaire.

«La lutte contre le Hezbollah ne se joue plus seulement sur le champ de bataille, mais aussi dans les bilans bancaires, les réserves d’or et les circuits financiers», conclut le centre Alma.

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