Liban: les vrais maîtres de la guerre
©Ici Beyrouth

On savait depuis longtemps qu’ils étaient présents au Liban, mais on ne savait pas qu’ils étaient à ce point aux commandes. Eux, ce sont les gardiens de la révolution iraniens. Plus précisément, la Force Al-Qods, leur branche chargée des opérations extérieures. 

Sur le terrain, ce sont eux qui ont déclenché la guerre au Liban et ce sont eux qui la dirigent réellement. Pourquoi? Parce qu’une grande partie des dirigeants du premier et du deuxième rang du Hezbollah ont été éliminés depuis 2024. Le vide laissé a été comblé par Al-Qods, fondée pour exporter la révolution islamique au-delà des frontières iraniennes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard: c’est une unité d’Al-Qods déployée au Liban qui a participé, dès 1982, à la création même du Hezbollah.

Selon nos sources sécuritaires, ils seraient au moins un millier aujourd’hui au Liban: conseillers militaires, responsables du renseignement, planificateurs des opérations. Ils sont présents dans les salles de commandement où se prennent les décisions. Ce chiffre est à mettre en perspective avec les estimations militaires de 3.000 membres de la force Radwan, l’élite de la milice pro-iranienne, désormais illégale.

Le gouvernement libanais a pris des mesures pour contrôler ce flux d’Iraniens: d’abord en les recensant et en imposant des visas, ensuite en interdisant officiellement toute activité militaire des Gardiens de la révolution sur le territoire libanais. Ces tensions s’inscrivent dans un contexte plus large: depuis un an, Beyrouth a suspendu tous les vols reliant les deux pays, et tenté de limiter les transferts de fonds iraniens vers le Hezbollah. 

Car il semble que certains Gardiens se baladent avec de faux documents d’identité, notamment pour louer des chambres d’hôtels ou des appartements. Et c’est précisément pour cela que ces responsables iraniens sont désormais dans le viseur.

Lundi à l’aube, une frappe de drone a visé un hôtel emblématique du front de mer de Raouché, en plein cœur de Beyrouth. L’armée israélienne a revendiqué l’élimination de cinq membres des Gardiens de la révolution, dont trois commandants de la Force Qods, en dévoilant leurs noms. Notamment, Majid Hassini, responsable des transferts de fonds destinés au Hezbollah, Ali Reza Bi-Azar, chef du renseignement du «Corps Liban» et Ahmad Rasouli, chargé de collecter du renseignement au profit d’organisations palestiniennes au Liban et à Gaza.

Le rôle des Gardiens auprès du Hezbollah s’était considérablement renforcé depuis l’élimination de Hassan Nasrallah, certains opéreraient depuis l’ambassade iranienne elle-même. Il y a quelques jours, un responsable iranien avait déjà été tué dans une frappe visant un hôtel à Baabda.

Depuis quelques semaines, les familles ont quitté Beyrouth via Istanbul ou Erevan pour rejoindre l’Iran. Dans la nuit de samedi à dimanche, 117 Iraniens, «diplomates» et employés de l’ambassade, ont été évacués à bord d’un avion russe qui a quitté Beyrouth en direction de la Turquie. On se demande d’ailleurs ce qu’un avion russe faisait là. La réponse tient probablement à l’alliance militaire entre Moscou et Téhéran, déjà visible en Syrie et en Ukraine.

Ces frappes disent quelque chose de très clair: la guerre ne vise plus seulement des combattants sur le terrain. Elle cible désormais ceux qui organisent et pilotent les opérations. 

Le Liban est dans une position extrêmement dangereuse. L’État, pris en otage, tente de retarder l’inéluctable, un affrontement avec le Hezbollah, qui vit désormais totalement dans une autre réalité. Sans aucune empathie pour les souffrances que sa guerre inflige au peuple. 

Plus le conflit dure, plus la situation va se tendre. Il y a de fortes probabilités que les combats se prolongent au-delà des quatre à six semaines annoncées: selon un expert militaire occidental, les Américains commencent à devoir se réapprovisionner en munitions. Le temps nécessaire pour rééquiper les arsenaux, notamment depuis la Corée du Sud, pourrait prolonger les opérations. 

Il y a enfin le risque que, frappés quotidiennement et désormais à l’aveugle par les mollahs aux abois, les pays du Golfe entrent dans une confrontation ouverte. Une attaque de drone contre le quartier diplomatique de Riyad a d’ores et déjà été déjouée, et des réservoirs de carburant de l’aéroport de Koweït ont été touchés. Si les pays du Golfe devaient basculer dans une confrontation directe, on entrerait dans une phase totalement imprévue.

Raymond Aron disait: «La guerre est un caméléon. Elle change de forme selon les circonstances.​​​​​​»

Commentaires
  • Aucun commentaire