Berlinale 2026: la famille et l’intimité sous les projecteurs
La coproductrice mexicaine Eréndira Núñez Larios et le jeune acteur mexicain Bastian Escobar posent après une conférence de presse pour le film «Moscas» présenté en compétition à la 76ᵉ Berlinale, premier grand festival de cinéma européen de l’année, à Berlin le 18 février 2026. ©Ronny HARTMANN / AFP

À l’occasion de sa 76ᵉ édition, la Berlinale met la famille et l’intimité au centre de sa programmation. Entre drames liés à la maladie (Moscas, Queen at Sea), quêtes d’identité (Nina Roza, Dao) et secrets intimes (À voix basse, Everybody Digs Bill Evans), les films projetés cette semaine explorent les relations parent-enfant, le deuil, le déracinement et les tabous personnels, offrant un panorama de récits internationaux qui pourraient s’imposer lors de la remise des prix ce samedi.

Des maladies incurables et de lourds secrets, quelques quêtes d'identité et beaucoup d'amour: l'édition 2026 de la Berlinale est marquée jusqu'ici par des drames familiaux qui pourraient avoir leur chance à la remise des prix samedi.

La directrice Tricia Tuttle l'avait annoncé mardi dans un entretien à l'AFP: «la famille et l'intimité sous pression» allait être une thématique transversale de la 76e édition. Revue des films qui ont jusqu'ici reçu un accueil favorable.

Face à la maladie

Dans le film mexicain en noir et blanc Moscas (Mouches), applaudi mercredi en salle, un papa et son enfant de neuf ans s'installent chez une femme renfermée sur elle-même pour être au plus près de la maman, hospitalisée pour un cancer très avancé.

En lisant le scénario, l'acteur Hugo Ramirez, qui incarne le père Tulio, s'est «revu dans (son) enfance», une partie de sa vie «qui n'a pas été très belle», a-t-il expliqué en conférence de presse.

«Une histoire de famille, quand tu parles d'une maladie, tu peux bien sûr manipuler le spectateur, mais l'objectif, c'est aussi de voir comment tu ne vas pas le manipuler», répond à l'AFP le réalisateur Fernando Eimbcke, qui a voulu «raconter une histoire honnête».

Dans Queen at Sea, avec Juliette Binoche, c'est une démence qui vient bouleverser les équilibres familiaux et c'est là aussi la mère Leslie, incarnée par Anna Calder-Marshall, qui est atteinte.

«Mon mari est atteint de démence, donc j'ai du contexte», a confié l'actrice britannique âgée de 79 ans, mardi en conférence de presse.

Le réalisateur Lance Hammer a expliqué avoir été sensibilisé à cette maladie par l'expérience d'«amis proches», ce qui lui a permis de comprendre «la dimension émotionnelle du deuil, la durée du processus et la souffrance des familles».

L'Américain estime avoir reproduit «quelque chose de courant, qui arrive vraiment» dans le fait qu'Amanda, le personnage de Juliette Binoche, agisse malgré sa «détresse» pour «protéger sa mère de quelque chose que sa mère n'est peut‑être plus capable d'exprimer».

Familles internationales

Les thèmes du deuil familial, du déracinement culturel et de la transmission parent-enfant sont indissociables dans Nina Roza, où un consultant en art contemporain canadien retourne dans son pays natal, la Bulgarie, qu'il a quittée trois décennies plus tôt après la mort de sa femme.

Incarné par le metteur en scène francophone Galin Stoev, le personnage principal, Mihail, réalise avec ce retour aux sources «qu'il y a peut-être des pièces qui manquent, qu'il a laissées échapper, notamment l'écoute», a expliqué la réalisatrice Geneviève Dulude-De Celles.

«Tu es mon seul frère», dit en forme de pardon, après avoir fait parler sa colère, la sœur de Mihail qu'il vient retrouver à l'improviste après des années d'absence.

La double identité est aussi le fil rouge de Dao, du Franco-Sénégalais Alain Gomis, qui met en scène un mariage en région parisienne et une cérémonie funéraire en Guinée-Bissau.

Le film donne à voir une galerie de personnages afro-descendants peu représentés dans le cinéma français, avec au centre Gloria, la maman de la mariée en France et la fille du défunt en Afrique.

Tabous intimes

Pour À voix basse, la Tunisienne Leyla Bouzid est elle aussi retournée sur les traces de ses ancêtres, à Sousse, dans la maison de sa grand-mère décédée en 2017.

Son récit suit Lilia, une Tunisienne habitant Paris qui retourne dans sa famille pour enterrer son oncle. En couple avec une femme, elle vit cette relation en secret, et va peu à peu lever le voile sur la vie de son oncle et ce qui a conduit à son décès.

Le tabou de la légende du jazz Bill Evans, c'est l'héroïne, dans laquelle il se réfugie après le décès de son bassiste Scott LaFaro.

Là encore, dans Everybody Digs Bill Evans, du Britannique Grant Gee, c'est la famille qui vient à la rescousse en l'hébergeant, lui permettant de retrouver le chemin vers son piano.

Par Pierrick YVON / AFP

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