À Doha, dans le Grand Prix 5* à 1,60 m d’Al Shaqab, Roger Chammas a frappé fort : 3e place au terme d’un barrage sélectif, avec son cheval Glondon di San Giovanni et une vraie histoire de stratégie, de fraîcheur et d’élevage.
La scène avait tout d’un money time : une piste qui brille, un tracé qui mord, des barres qui tombent pour un souffle et un barrage où l’on ne « termine » pas — on chasse. Dans cette arène mondiale, Roger Chammas n’est pas venu prendre une ligne sur un classement. Il est venu prendre sa place. Et à la sortie, c’est le Liban qui s’affiche sur la troisième marche, au prix d’un choix fort, presque contre-intuitif : lever le pied avant l’heure pour mieux appuyer quand ça compte.
La montée en puissance
À 35 ans, Chammas avance avec la logique des sportifs qui savent que la progression se joue en paliers, pas en coups d’éclat isolés. Il a déjà goûté au très haut niveau (notamment une présence aux Mondiaux de Herning en 2022) et, ces derniers mois, sa trajectoire a pris de la vitesse : plus de densité, plus de maîtrise, plus de résultats.
À Doha, le « parcours propre » ne suffisait pas : il fallait aussi le sang-froid, le plan de course, et la capacité à exister dans un barrage où chaque virage est un pari.
L’art de gagner au millimètre
Le saut d’obstacles, c’est la discipline du détail : une ligne se joue à la foulée, une distance se lit en une demi-seconde, un cheval se « garde » autant qu’il se pousse. Le contrat est simple et cruel : zéro barre, zéro refus, et souvent un barrage pour départager les sans-faute. Là, on passe du contrôle à l’attaque : trajectoires tendues, risques assumés, équilibre à conserver sans jamais perdre la lucidité.
Al Shaqab, la piste des grands soirs
Le Grand Prix 5* à 1,60 m d’Al Shaqab, c’est le haut du panier : 42 couples au départ, 16 sauts sur un parcours technique signé Uliano Vezzani, et au final 11 qualifiés seulement pour le barrage. Une épreuve richement dotée, un plateau international, et une pression qui transforme la moindre hésitation en faute.
Le match Chammas, version barrage
Chammas a d’abord fait ce que font les hommes forts : sécuriser la qualification sans se crisper, laisser parler la fluidité, garder le cheval « dans sa bulle » malgré l’électricité du moment. Puis vient le barrage — le vrai. Et là, le Libanais joue juste : du rythme, des trajectoires propres, un cheval disponible… et un chrono qui le propulse sur le podium (39’’64).
Surtout, la perf ne sort pas de nulle part : elle est préparée, gérée, pensée. Chammas le raconte avec une franchise de compétiteur :
« Deux nuits avant, j’ai décidé de le laisser au repos et de ne pas le solliciter : je voulais garder de l’énergie pour la grande explication. »
Et il enchaîne, lucide sur l’usure :
« Après six semaines de concours, il mérite une vraie pause. On va le laisser souffler, puis revenir plus fort. »
Devant lui, le podium se joue à la vitesse pure : Marlon Modolo Zanotelli s’impose avec Charly Heart (36’’65) devant Pieter Devos et Casual DV (37’’84). Chammas, lui, prend la lumière… sans avoir besoin de gagner pour marquer.
Glondon, pedigree de crack et signature d’élevage
Il y a aussi l’histoire du cheval — et elle pèse lourd dans ce sport. Glondon di San Giovanni, 10 ans, n’est pas un « bon cheval » : c’est un cheval avec une carte de visite. Par Carembar de Muze (London) et une souche maternelle qui renvoie à des lignées très recherchées, il possède ce mélange qui fait les chevaux de barrage : du sang, de la force, et cette aptitude à répéter les efforts sans se désunir. Quand l’élevage et le pilotage se rencontrent, ça donne… un podium.
Ce podium n’est pas « une belle place ». C’est un changement de statut.
À Doha, Roger Chammas n’a pas juste sauté des barres : il a sauté une catégorie. Il a prouvé qu’un cavalier libanais peut entrer dans l’arène 5*, lire le barrage, choisir le bon timing… et ressortir avec le podium dans les mains. Maintenant, le plus dur commence : confirmer. Mais au moins, la piste le sait — quand Chammas arrive, ce n’est plus pour apprendre. C’est pour déranger.




Commentaires