Trente ans après sa disparition, Marguerite Duras s’impose toujours comme une figure majeure de la vie culturelle. De L'Amant à Moderato Cantabile, son œuvre continue d’être lue, étudiée et réinterprétée, tandis que de nouvelles publications, comme Marguerite Duras. Dévorer, tout, de la journaliste Béatrice Gurrey, ou l’album de la Pléiade consacré à ses romans indochinois, ainsi que des créations scéniques telles que Musée Duras, prolongent l’empreinte d’une romancière, dramaturge et cinéaste dont l’influence demeure vive.
Trente ans après sa mort, l'aura de Marguerite Duras reste intacte: ses romans, dont L'Amant, sont appréciés par des lecteurs de tous âges, ses textes étudiés au lycée et ses pièces jouées dans les théâtres.
Le 3 mars 1996, la romancière née en Indochine s'éteignait à son domicile parisien. Elle allait avoir 82 ans.
«Écrire, c'était la seule chose qui peuplait ma vie et qui l'enchantait», avait-elle proclamé quelques années plus tôt.
30 ans plus tard, «ce qui reste de Duras, c'est un envoûtement, un mystère. On sait beaucoup de choses sur elle, mais c'est un personnage inépuisable», affirme la journaliste Béatrice Gurrey, qui vient de publier Marguerite Duras. Dévorer, tout. (L'Aube/Le Monde).
Loin de la discrétion cultivée par de nombreux écrivains, Marguerite Duras a cherché, de son vivant, à être une figure publique. Reconnaissable à «son visage rond, ses yeux curieux, inquisiteurs, amusés, sa taille minuscule, ses manières vives et désinvoltes, son air à la fois étonné et blasé», comme la décrit l'académicien Dominique Fernandez, dans son dernier ouvrage, À vous, troupe légère (Grasset).
Elle a réussi à construire l'image de «la grande écrivaine, la cinéaste et dramaturge expérimentale, la pythie médiatique, agaçante et prête à donner son avis sur tout, surtout si elle peut déranger», résume Julien Piat, qui a coordonné l'album de La Pléiade consacré à ses romans indochinois, publié jeudi.
«On peut être à la fois agacé et pétri d'admiration pour Duras», souligne Béatrice Gurrey, en qualifiant de «fascinante» la «détestation dont elle a parfois fait l'objet de son vivant».
Marguerite Duras n'a en effet craint ni la provocation ni la polémique, comme lorsqu'elle a présenté en 1985, en pleine affaire du petit Grégory, Christine Villemin comme une mère infanticide. Elle a également choqué en décrivant sans fard sa décrépitude, liée en bonne partie à son alcoolisme.
«Inventivité»
La romancière a publié une trentaine de livres, qui se sont vendus à des millions d'exemplaires et ont été traduits en 35 langues. Figurent parmi eux Un barrage contre le Pacifique, Moderato Cantabile, Le ravissement de Lol V. Stein.
Son plus grand succès reste L'Amant, prix Goncourt 1984, un roman sulfureux sur les amours entre une adolescente de 15 ans et un homme de 27 ans.
«C'est probablement son roman le moins compliqué, le moins mystérieux. Il raconte une histoire que l'on comprend très bien, ce qui n'est pas le cas de tous ses livres», souligne Béatrice Gurrey.
«Vendu à plus de 2,4 millions d'exemplaires, L'Amant est chaque année la meilleure vente de notre fonds. Il est devenu un classique», indique Thomas Simonnet, le patron des Éditions de Minuit, qui a publié 15 ouvrages de Marguerite Duras.
«Ces titres ont traversé le temps. Ils passionnent pour leur variété, leur sensibilité, l’originalité de la voix et du regard», selon lui.
Pour Julien Piat, l'œuvre écrite de Marguerite Duras perdure car elle «témoigne d'une diversité et d'une inventivité remarquables».
De plus, elle «rencontre les problématiques de son temps, qu'il s'agisse d'enjeux historiques (décolonisation, révolutions, féminisme...) mais surtout littéraires et théoriques (qu'est-ce qu'un roman? Comment inscrire la voix à l'écrit? Comment écrire?)», ajoute-t-il.
Plusieurs de ses textes ont d'ailleurs été proposés aux épreuves du baccalauréat, à l'image d'un extrait de Moderato cantabile en 2024.
Marguerite Duras a aussi été dramaturge, avec une trentaine de pièces, dont Savannah Bay ou L'amante anglaise, et cinéaste, avec notamment India Song.
À l'automne, le metteur en scène Julien Gosselin a présenté dans un théâtre parisien Musée Duras, une traversée de son œuvre en dix heures.
Par Jérôme RIVET / AFP



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