Ali Shamkhani n’est plus. Sa mort annoncée samedi soir par l’armée israélienne intervient dans un moment de tension extrême pour la République islamique, qui risque de toucher à sa fin. S’il a longtemps incarné l’ossature sécuritaire du régime iranien, il a surtout été connu pour son rôle de conseiller personnel du Guide suprême, Ali Khamenei.
Né en 1955 dans la province du Khouzestan, au sud-ouest de l’Iran, d’une famille d’origine arabe iranienne, Shamkhani appartient à la génération forgée par la Révolution islamique de 1979 puis par la guerre Iran-Irak. Il s’engage très tôt dans les structures révolutionnaires et rejoint le Corps des gardiens de la révolution islamique, dont il devient l’un des cadres militaires importants pendant le conflit des années 1980. Cette guerre constitue le creuset de son ascension et façonne son réseau d’alliances au sein de l’appareil sécuritaire.
Au fil des années, Shamkhani occupe des postes de commandement de premier plan, notamment à la tête des forces navales, avant d’entrer dans la sphère gouvernementale. Sous la présidence de Mohammad Khatami, il devient ministre de la Défense entre 1997 et 2005, un poste stratégique qui lui permet de s’imposer comme une figure transversale, capable de travailler avec différentes sensibilités du régime.
Sa consécration politique intervient avec sa nomination à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale, organe clé chargé de coordonner les politiques de défense et de sécurité intérieure et extérieure. À ce poste, qu’il occupe pendant près d’une décennie, il joue un rôle central dans la gestion des dossiers sensibles, notamment les négociations nucléaires et les équilibres régionaux. Il apparaît alors comme un pragmatique, interlocuteur fréquent des chancelleries étrangères, tout en restant loyal à la ligne fixée par le Guide suprême.
Sa nomination comme conseiller du Guide suprême
Après son départ de la tête du Conseil suprême de sécurité nationale en 2023, Ali Shamkhani a été officiellement nommé membre du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, par décret du Guide suprême. Cette nomination l’a maintenu dans l’orbite institutionnelle la plus proche d’Ali Khamenei, en lui conférant un rôle consultatif direct au sein d’un organe chargé d’arbitrer les conflits institutionnels et d’éclairer les grandes orientations stratégiques.
Dans la pratique, cette position l’a inscrit comme un conseiller politique et sécuritaire influent, intervenant sur les dossiers sensibles liés à la défense, aux équilibres régionaux et aux relations avec les puissances étrangères. Sa désignation ne relevait pas d’un simple statut honorifique: elle confirmait la confiance accumulée durant des décennies au sein de l’appareil sécuritaire et militaire du régime.
Cette continuité institutionnelle lui a permis de rester un acteur discret mais présent dans les cercles décisionnels, même après avoir quitté ses fonctions exécutives formelles. La confirmation de sa mort marque donc la disparition d’un acteur central du dispositif qui a consolidé et défendu l’architecture répressive du système.



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