Pétrole: quelle hausse de production de l'Opep+ face au conflit en Iran ?
Conflit au Moyen-Orient : hausse limitée de l’offre attendue de l’Opep+, mais les prix du pétrole pourraient flamber. ©Maxar Technologies

Alors que la guerre en Iran déstabilise le Moyen-Orient et les routes d'acheminement du brut, des membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole et leurs alliés (Opep+) se réunissent dimanche pour une hausse attendue de la production.

Cette réunion programmée doit rassembler cinq pays de l'Opep (Arabie saoudite, Irak, Émirats arabes unis, Koweït, Algérie) et trois alliés (Russie, Kazakhstan, Oman). L'Iran ne participe pas.

Anticipée par les analystes avant même le conflit engagé samedi par des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, cette hausse apparaît plus probable encore avec le début de la guerre.

Cette dernière compromet les acheminements via la porte du Golfe, le détroit d'Ormuz, par où transite quelque 20% de la consommation mondiale de pétrole. Elle affecte aussi la production de l'Iran.

Après avoir rehaussé leurs quotas d'environ 2,9 millions de barils par jour en 2025, les huit pays avaient marqué une pause en début d'année face à des cours qui s'étaient érodés.

Mais depuis, le cours du baril de Brent, la référence internationale de l'or noir, avait intégré avant même le conflit une prime de risque géopolitique croissante pour s'afficher à plus de 72 dollars, contre 61 dollars en début d'année.

D'autres facteurs ont aussi limité l'offre depuis le début d'année, comme «le froid aux États-Unis en janvier qui a entraîné des arrêts temporaires de production», «les perturbations en Russie» liées aux attaques de drones ukrainiens et celles au Kazakhstan où «une panne de courant a perturbé la production du champ pétrolier de Tengiz», souligne Giovanni Staunovo, analyste chez UBS.

Baril à 120 dollars ? 

C'est pourquoi, avant les frappes sur l'Iran de samedi, le marché attendait une hausse des quotas de 137.000 barils par jour.

Mais dans le contexte de la guerre, une telle hausse n'aurait qu'une influence marginale sur les prix du pétrole.

Selon Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler, ceux-ci pourraient bondir au-delà des 120 dollars, un niveau plus vu depuis des années, en cas de guerre prolongée avec un embrasement régional.

Car une fermeture du détroit d'Ormuz signifie 20 millions de barils de brut en moins sur le marché chaque jour.

Et il n'y a pratiquement pas d'alternative. Seuls l'Arabie saoudite et les Émirats disposent d'un réseau d'oléoducs permettant de le contourner, avec cependant une capacité limitée à 2,6 millions de barils par jour, selon l'Agence américaine de l'énergie.

Il reste aussi à voir si les pétroliers pourront toujours emprunter le canal de Suez.

Pour autant, il n'est pas sûr que l'Opep+ décide d'augmenter dimanche ses quotas au-delà des 137.000 barils initialement prévus, même avec le conflit, prévenait M. Falakshahi avant le week-end, ses membres souhaitant peut-être attendre de voir les conséquences réelles du conflit sur les flux.

Pour le cartel, ajouter des barils serait toutefois l'occasion de reprendre sa stratégie de gains de parts de marché face à la concurrence des États-Unis, du Canada, du Brésil ou encore du Guyana.

Dans tous les cas, les seuls pays de l'Opep+ «qui peuvent réellement augmenter leur production sont l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, ainsi que dans une moindre mesure, le Koweït et l'Irak», les autres disposant de capacités restreintes, note Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy.

La production russe a même eu tendance à diminuer depuis novembre. «On pense que la Russie produit au maximum» et a «perdu des parts de marché, notamment en Inde», souligne M. Falakshahi.

Dans ce contexte, et même si une hausse de 137.000 barils seulement était annoncée, «l'augmentation réelle de la production serait en fait inférieure à la moitié», juge Jorge Leon.

AFP

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