Ravivés par le souvenir encore brûlant des conflits récents, les Libanais replongent dans des réflexes de survie: supermarchés pris d’assaut, stocks de denrées de première nécessité constitués à la hâte, carburant et bonbonnes de gaz accumulés par crainte du lendemain. Le pays renoue avec le cycle bien connu des achats de panique. Mais peut-on vraiment blâmer les Libanais pour ce comportement de sauve-qui-peut?
Des assurances sous conditions
Face à l’angoisse d’éventuelles pénuries, les ministres et responsables syndicaux multiplient les appels au calme. Mais à y regarder de près, leurs déclarations laissent transparaître une prudence peu rassurante : les produits seraient disponibles… «à court terme». Une formule qui apaise difficilement, alors que nul ne peut prédire la durée de la guerre au Moyen-Orient.
Indicateurs stables
Sur le terrain, pourtant, les indicateurs restent stables. Les ports de Beyrouth et de Tripoli poursuivent leurs activités, assurant la continuité des importations et des exportations, tandis que l’aéroport international de Beyrouth reste opérationnel pour les produits périssables.
«On ne manquera de rien tant que les infrastructures ne sont pas visées», affirme Hani Bohsali, président du syndicat des importateurs de produits alimentaires. Il rappelle également que des alternatives logistiques existent en cas de blocage du détroit d’Ormuz, comme ce fut le cas lors des tensions en mer Rouge.
Des stocks suffisants… pour l’instant
Selon les professionnels du secteur, les stocks alimentaires disponibles au Liban couvriraient environ trois mois de consommation, tandis que les supermarchés disposent de réserves suffisantes pour un mois.
L’écart s’explique par l’existence de stocks centraux détenus par les importateurs, susceptibles d’être injectés progressivement sur le marché en fonction de la demande.
En l’état, aucun risque imminent de pénurie de produits de première nécessité n’est signalé.
Carburants : la menace psychologique
Même constat du côté des carburants et du gaz: l’approvisionnement se poursuit normalement et aucun signe de rupture n’est observé. Le véritable risque réside ailleurs. Comme lors des crises précédentes, une ruée vers les stations-service pourrait engendrer une pénurie artificielle, alimentée davantage par la peur que par un manque réel de stocks. Une crise psychologique, plus que logistique.
Mardi matin, les stations-service ont brièvement fermé dans l’attente du nouveau barème des prix, avant de rouvrir après l’annonce officielle d’une hausse généralisée : +9 000 livres pour l’essence (95 et 98 octane), +13 000 pour le mazout et +16 000 pour la bonbonne de gaz.
Les importateurs assurent avoir livré des volumes suffisants dès dimanche, à la demande du gouvernement, pour prévenir toute tension.
Reste une évidence: dans un pays échaudé par les crises à répétition, la mémoire collective pèse souvent plus lourd que les statistiques. Et parfois, la peur de manquer suffit à créer la pénurie qu’on redoute.




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