Sans internet, les Iraniens privés de nouvelles en pleine guerre
Alors que l’Iran a privé ses citoyens d’Internet pendant trois semaines pour contrôler les manifestations, l’Observatoire VPN de Proton montre que cette pratique se répand, avec des VPN piégés et des technologies de censure sophistiquées utilisées par des régimes autoritaires. ©Joe Klamar / AFPJoe Klamar / AFP

Contacter ses proches ou s'informer sur la guerre est quasiment impossible pour la plupart des Iraniens en raison du blocage d'internet par les autorités, qui menacent de poursuites ceux qui tentent de contourner les restrictions.

Internet est toujours «autour de 1% de ses niveaux habituels» en Iran, a indiqué jeudi l'observatoire Netblocks, qui surveille la liberté de communiquer en ligne.

«Le blackout d'internet dépasse désormais les 120 heures, avec une connectivité qui reste au point mort», a-t-il résumé dans un message publié sur le réseau social X.

Les autorités iraniennes ont coupé l'accès à internet samedi, après le début des frappes aériennes d'Israël et des États-Unis, plongeant ainsi le pays dans un blackout informationnel.

La République islamique a développé au fil des ans une capacité hors du commun de contrôle d'internet. Même en temps normal, la navigation est restreinte et l'accès aux réseaux sociaux, dont Facebook, Instagram ou YouTube, aléatoire.

Les Iraniens se sont habitués à ces mesures, qu'ils contournent en ayant recours à des réseaux privés virtuels (VPN).

Recevoir des appels de l'étranger est quasiment impossible. «Le débit est très lent», a confié à l'AFP un habitant de Téhéran, souhaitant garder l'anonymat pour des raisons de sécurité. «On ne peut pas appeler et les messages vocaux n'arrivent pas. On ne peut qu'écrire».

Certains Iraniens trouvent de brefs moments dans la journée où ils parviennent à se connecter et à envoyer des messages.

«La situation est déplorable», a témoigné un habitant de Boukan (ouest) dans un message envoyé à l'AFP. «Ça se connecte et se déconnecte. La connexion est tellement lente que les VPN ne fonctionnent pas», a précisé cet homme ayant demandé à rester anonyme.

Des voyageurs iraniens ayant fui leur pays pour la Turquie ont raconté avoir dû se déplacer sur les routes sans aucune connexion internet, et donc sans accès aux services de navigation sur téléphone, comme Google Maps.

Actions en justice 

Selon Netblocks, «un environnement de plus en plus orwellien émerge, les opérateurs télécoms menaçant d'actions en justice les utilisateurs qui tentent de se connecter à l'internet mondial».

L'Iran a déjà coupé internet pendant plusieurs semaines lors des vastes manifestations qui ont secoué le pays en janvier et durant la guerre de 12 jours avec Israël en juin 2025.

Les autorités ont réussi en janvier à perturber le fonctionnement des terminaux Starlink, interdits en Iran. Cette technologie permet de se connecter n'importe où à internet via le réseau de satellites de la société américaine SpaceX d'Elon Musk.

Dans ce contexte, de nombreux Iraniens n'ont eu d'autre choix que de se tourner vers l'intranet national, lancé en 2016, qui permet d'accéder aux applications et sites internet nationaux, tout en isolant ses utilisateurs du reste de la planète.

En janvier, les restrictions sur internet pendant trois semaines avaient lourdement pesé sur l'économie, déjà fragilisée par les sanctions internationales.

L'économie dans son ensemble avait enregistré des pertes estimées à près de 30 millions d'euros par jour, selon le ministre des Télécommunications Sattar Hashemi, qui avait mis en garde sur de possibles «conséquences sociales et sécuritaires».

Les autorités avaient reçu de nombreuses demandes d'entreprises réclamant la levée des restrictions et une indemnisation, selon les médias.

Le propre fils du président Massoud Pezeshkian, Yousef Pezeshkian, avait appelé le 24 janvier à lever les blocages d'internet car les maintenir creusait «le fossé entre la population et le gouvernement».

AFP

Commentaires
  • Aucun commentaire