Israël: une guerre à multiples fronts, mais à quel prix?
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prend la parole lors d'une cérémonie commémorant l'anniversaire, selon le calendrier hébraïque, de l'attaque du Hamas du 7 octobre de l'année dernière qui a déclenché la guerre en cours à Gaza, au cimetière militaire du Mont Herzl à Jérusalem le 27 octobre 2024. ©GIL COHEN-MAGEN/POOL/AFP

Engagé depuis octobre 2023 « dans la guerre la plus longue et la plus coûteuse » de son histoire selon les propres mots de son ministre des Finances, Bezalel Smotrich, Israël multiplie les fronts. À Gaza, au Liban, en Iran, au Yémen et peut-être même en Irak, Israël s’appuie sur son économie pour financer l’effort de guerre. Mais face à l’élargissement et à la prolongation du conflit, la résilience de ses finances est mise à l’épreuve.

Selon les données du Stockholm International Peace Research Institute, Israël a quasiment doublé ses dépenses militaires entre 2023 et 2024, passant de 27,5 milliards à 46,5 milliards de dollars. De plus, selon la Banque centrale d’Israël, le pays a dépensé environ 46 milliards de dollars en coût direct de la guerre entre le 7 octobre 2023 et la fin de 2024. En mars 2025, elle prévoyait encore environ 24 milliards de dollars de dépenses supplémentaires en 2025.

De son côté, le journal israélien Times of Israel affirme que le coût des deux années de guerre contre le Hamas à Gaza est estimé à près de 62 milliards de dollars, dont environ 51 milliards de dollars pour les dépenses de défense et le reste pour les dépenses civiles.

En outre, Smotrich a affirmé le 1ᵉʳ mars que la guerre en cours contre l’Iran avait coûté jusqu’à présent environ 2,9 milliards de dollars à Israël, en plus des 36,1 milliards de dollars déjà alloués au ministère israélien de la Défense dans le projet de budget 2026. Il a également souligné que le déficit budgétaire israélien dépasserait désormais les 3,9% du PIB prévus dans le même projet de budget.

Cependant, ces sommes évoquées restent davantage des indications d’échelle de l’investissement financier israélien dans la guerre car il est très compliqué d’obtenir un bilan plus précis et détaillé des dépenses israéliennes. « Il est très difficile d’obtenir des estimations, car il y a une censure plus importante dans cette guerre avec l’Iran que celle à Gaza », confirme à Ici Beyrouth, Laure Foucher, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), « car cela donnerait notamment des indices sur son nombre de munitions et si Israël peut mener la guerre dans la durée ».

Des coûts incertains

Selon un ancien haut responsable israélien de la Défense, la guerre de 12 jours en juin entre l’Iran et Israël avait coûté environ 725 millions de dollars par jour rien que pour les dépenses militaires directes. En raison de bombardements plus intenses, on peut estimer que le coût par jour des frappes contre l’Iran depuis samedi dernier est plus élevé pour Israël.

À cela se rajoutent des coûts difficilement quantifiables pour le moment, comme les pertes de recettes fiscales en raison de la baisse d’activité d’entreprises, d’échanges commerciaux ou du tourisme par exemple. Selon le ministère israélien des Finances, les pertes économiques engendrées par la guerre actuelle avec l’Iran pourraient dépasser 2,9 milliards de dollars par semaine pour le pays.

Ces estimations sont liées au « niveau rouge » des restrictions imposées par le Commandement du front intérieur israélien qui limite notamment les déplacements vers le lieu de travail. Le ministère israélien des Finances espère néanmoins un assouplissement de ces mesures vers le « niveau orange » qui diminuerait d’environ par deux les pertes économiques selon les estimations.

Il faut également prendre en compte le coût engendré par les destructions d’infrastructures civiles et militaires. Le 1ᵉʳ mars, le directeur de l’administration des impôts fonciers israélien, Amir Dahan, a déclaré que 1 000 demandes d’indemnisation avaient déjà été déposées au cours des premières 24 heures du conflit actuel avec l’Iran.

Il a en outre affirmé que 350 personnes avaient été évacuées vers des chambres d’hôtel en raison des destructions. Israël a conclu des accords avec des hôtels afin de mettre à disposition 15 000 chambres. Les dommages directs sont indemnisés, selon l’agence de presse américaine Bloomberg, à partir d’un fonds alimenté par les taxes foncières, qui disposerait actuellement d’un excédent d’environ 3,2 milliards de dollars.

Une économie résiliente

En mars 2025, le gouverneur de la Banque centrale israélienne, Amir Yaron, s’était montré critique du budget 2025, estimant qu’il ne permettrait pas de réduire suffisamment la dette pour compenser la forte hausse des dépenses en raison de la guerre. En effet, pour lutter contre le déficit budgétaire qui atteignait près de 7% du produit intérieur brut (PIB) israélien en 2024, le budget prévoyait notamment d’importantes hausses d’impôts.

« Ces mesures ne garantissent pas une réduction durable du ratio dette/PIB, notamment parce que certaines sont temporaires et que d’autres dépenses structurelles de l’État devraient augmenter », estimait Amir Yaron.

Des inquiétudes qui ne semblent cependant pas se concrétiser. « On constate que, de manière assez surprenante, la croissance économique en Israël résiste très bien aux différentes crises », souligne Laure Foucher, « après le mois d’octobre 2023, il y avait eu une baisse du cours du shekel, mais il est remonté depuis. Les différents indicateurs montrent une résilience de l’économie israélienne ».

En effet, le déficit budgétaire d’Israël s’est élevé à 4,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, un niveau inférieur aux prévisions du gouvernement. De plus, l’économie israélienne a enregistré une croissance de 3,1% en 2025. En outre, si l’agence de notation Moody’s avait abaissé la note de crédit d’Israël en 2024, elle a cependant révisé la perspective de « négative » à « stable » le 30 janvier 2026. La perspective pourrait néanmoins être de nouveau révisée en raison de la guerre avec l’Iran.

De plus, les recettes de l’État israélien ont augmenté de 13,8%, passant d’environ 132 milliards de dollars en 2024 à 178 milliards de dollars en 2025. Une hausse qui s’explique par l’augmentation de plus de 10% des recettes fiscales, en raison de plusieurs hausses d’impôts. Ces recettes viennent soutenir l’effort de guerre israélien et s’accompagnent de plusieurs levées de fonds. Ainsi, entre le 7 octobre 2023 et fin 2024, Israël a levé environ 98 milliards de dollars, dont 74 milliards localement et 22,6 milliards à l’international.

En outre, selon Smotrich, le faible ratio dette/PIB du pays avant son entrée en guerre lui a permis une certaine flexibilité, et notamment de financer le soutien aux populations déplacées, aux entreprises et aux réservistes. De plus, selon l’International Consortium of Investigative Journalists, entre le début de la guerre à Gaza et juillet 2024, des États et municipalités américains ont acheté pour plus de 1,7 milliard de dollars d’obligations israéliennes.

Un soutien américain indispensable

Le soutien américain reste en effet indispensable pour Israël. En vertu d’un protocole d’accord établi pour dix ans et qui expire en 2028, les États-Unis fournissent à Israël environ 3,8 milliards de dollars par an d’aide militaire. Cette aide a été complétée depuis la guerre par des aides d’urgence supplémentaires. Ainsi, entre le 7 octobre 2023 et fin 2025, Washington a fourni au moins 21,7 milliards de dollars d’aide militaire à Israël, sans compter une dizaine de milliards supplémentaires de contrats de vente d’armes.

Cependant, avec l’implication directe des États-Unis dans le conflit, le soutien américain à Tel-Aviv pourrait diminuer. Une réalité qui rejoint les objectifs du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, qui affirmait, dans un entretien avec l'hebdomadaire britannique The Economist publié le 9 janvier, vouloir se passer de l'aide militaire américaine d'ici 10 ans.

« C’est un peu à double tranchant, car l’aide américaine équivaut environ à 15% du budget de la défense israélienne, mais elle est surtout investie dans du matériel américain », estime Laure Foucher, « a contrario, investir directement en Israël pour soutenir l’économie de défense serait, selon des économistes israéliens, a priori faisable sans l’aide américaine. D’autant que les exportations d’armes israéliennes ont fortement augmenté ces deux dernières années ».

En effet, les exportations de défense israéliennes sont passées de 12,5 milliards de dollars en 2022 à 14,7 milliards en 2024. Une croissance qui devrait se poursuivre dans les années à venir. Cependant, le budget de défense israélien devrait probablement lui aussi augmenter ces prochaines années et risquer alors de peser fortement sur l’économie israélienne. 

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