Les Libanais ne doivent pas désespérer
©Ici Beyrouth

Une fois encore, l’Iran et son relais local, le Hezbollah, ont entraîné le Liban dans une guerre. Une fois encore, le Hezbollah démontre que sa loyauté va d’abord à son bailleur de fonds à Téhéran plutôt qu’au peuple libanais et à l’État, dont la sécurité et le bien-être lui importent peu. Une fois encore, l’usage cynique de boucliers humains pour protéger ses installations et ses opérations provoque déplacements de population et crise humanitaire. Un schéma tristement familier, qui remonte au début des années 1990 et que nous connaissons trop bien.

Mais la situation actuelle présente aussi des différences porteuses d’espoir. Elles justifient de persévérer avec détermination pour mettre fin, une bonne fois pour toutes, à ce cycle qui fait du Liban un théâtre de conflits régionaux. Si cet effort est poursuivi, le soutien américain suivra.

Tout commence par la volonté populaire. Le grand mensonge selon lequel le Hezbollah serait le protecteur et le défenseur du Liban apparaît une fois de plus pour ce qu’il est: une contre-vérité. Sans l’impulsion de ses commanditaires pour l’engager dans une campagne vouée à l’échec afin de défendre l’Iran, le Liban serait resté à l’écart de cette phase du conflit régional. L’allégeance du Hezbollah à l’Iran le pousse à prendre des décisions engageant la vie ou la mort des Libanais, sans aucune responsabilité démocratique. De plus en plus de Libanais, y compris au sein de la communauté chiite dont le Hezbollah se réclame, perçoivent désormais clairement cette réalité et en sont profondément rebutés.

Deuxième différence: lentement mais sûrement, les dirigeants actuels du Liban s’emploient à restaurer la souveraineté de l’État. Les Libanais peuvent, bien sûr, débattre du rythme et des modalités de ce processus, mais les progrès sont tangibles. Ceux qui en sont responsables agissent avec une sincère volonté de rétablir l’autorité de l’État — une notion trop longtemps négligée, voire abandonnée, par les Libanais eux-mêmes comme par les acteurs étrangers — et ils le font avec un courage politique et personnel indéniable.

Des mesures, naguère inimaginables, comme l’interdiction des opérations militaires du Hezbollah, l’expulsion de membres des Gardiens de la révolution iraniens ou l’imposition de visas aux visiteurs iraniens, sont désormais envisagées. Les erreurs du Hezbollah et l’action de l’armée israélienne ont ouvert ces possibilités, mais c’est justement une raison supplémentaire de poursuivre résolument la voie de la souveraineté. Fort de l’appui politique dont elle bénéficie désormais, l’armée libanaise pourrait accélérer ses plans pour désarmer le Hezbollah et rétablir le monopole de l’État sur les armes, dans les limites de ses capacités humaines.

La troisième différence tient au fait que les États-Unis entreprennent aujourd’hui ce qu’eux seuls peuvent faire de décisif pour l’avenir du Liban: mettre fin à près d’un demi-siècle d’intimidation, de terrorisme et de violence exercés par l’Iran à travers le Moyen-Orient. La stratégie de Téhéran a toujours consisté à préserver le pouvoir et la survie du régime islamique, et non à promouvoir la justice ou la liberté dans le monde arabe.

Certes, ces dirigeants ont souvent su exploiter des conflits locaux bien réels, mais c’était pour les attiser plutôt que pour les résoudre, afin d’assurer la prééminence de l’Iran et de rallier les Iraniens contre des menaces extérieures pour l’essentiel imaginaires. Modifier le comportement et les capacités du régime est un objectif plus réaliste que de provoquer un changement de régime. Quelle que soit l’issue de la campagne menée par l’administration Trump, la capacité de l’Iran à utiliser ses missiles, sa flotte, ses ambitions nucléaires et son réseau d’alliances par procuration ne sera plus la même.

En privant l’Iran de la possibilité d’interférer au Liban et de s’en servir pour ses desseins belliqueux, cette campagne pourrait offrir aux Libanais une chance historique de reprendre leur pays en main. À mesure que les dirigeants libanais feront preuve d’unité, de confiance et de détermination pour saisir cette occasion, le soutien des responsables américains et d’autres partenaires partageant l’objectif de restaurer la souveraineté de l’État libanais ne pourra que croître.

Cette phase du conflit régional prendra fin. Et lorsqu’elle prendra fin, la région aura changé: l’Iran sera une puissance considérablement affaiblie, incapable de déstabiliser la région comme auparavant. Quant au Liban, il sera engagé sur la voie du rétablissement de son autorité souveraine.

Il est difficile d’imaginer un tel avenir dans les heures sombres que traverse la nation. Pourtant, c’est précisément dans ces moments-là qu’il est essentiel de réfléchir et de préparer la manière de façonner cet avenir. La véritable souveraineté implique de véritables responsabilités: protéger les Libanais et garantir durablement la sécurité du pays. Les cessez-le-feu et les trêves sont utiles, mais fragiles, comme en témoigne l’expérience libanaise depuis 1949.

Seuls des traités de paix conclus de bonne foi entre États peuvent réellement tourner la page d’un passé d’hostilité et de violence. Les décisions prises aujourd’hui, pas à pas, permettront d’assurer au Liban sécurité, prospérité et la place qui lui revient dans le monde, tout en mettant fin à son instrumentalisation comme champ de bataille des conflits d’autrui.

 

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