Les coulisses de la lutte de pouvoir post-Nasrallah au sein du Hezbollah
©Ici Beyrouth

La reprise des hostilités entre le Hezbollah et Israël a mis en lumière des tensions internes au sein du mouvement, qui couvaient déjà depuis l’assassinat par Tel-Aviv de son dirigeant historique, Hassan Nasrallah, ainsi que d’autres figures de premier plan.

La disparition de ces responsables a laissé l’organisation confrontée à ce que des analystes décrivent comme une véritable «décapitation» de son directoire, compliquant sa capacité à maintenir le même niveau de commandement centralisé et de contrôle, selon une source bien informée.

Plus particulièrement, l’assassinat par Israël, le 27 septembre 2024, de Hassan Nasrallah — qui dominait à la fois les décisions militaires et politiques du Hezbollah — a créé un vide à la tête du mouvement, difficile à combler. L’autorité et le charisme de Nasrallah garantissaient la discipline au sein de l’organisation et assuraient la cohésion entre les différentes composantes de l’organisation.

«Le groupe a été gravement affaibli par l’élimination de ses cadres de premier et de second rang», indique la source, soulignant que des luttes de pouvoir internes étaient largement anticipées après le «coup mortel» subi par l’organisation.

Contrairement à son prédécesseur, le nouveau secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, ne dispose pas de la même autorité personnelle au sein des rangs du Hezb. Avec la disparition de Hassan Nasrallah, les divergences entre les différentes factions du mouvement ont commencé à apparaître au grand jour.

Au cœur des tensions actuelles se dessine un bras de fer autour de la répartition des pouvoirs au sein de l’organisation. Selon des informations remontant au début de l’année 2026, la nouvelle direction du Hezbollah, sous l’autorité de Naïm Qassem, chercherait à rééquilibrer les rapports de force internes et à limiter l’influence de certaines figures ayant émergé durant l’ère Nasrallah.

L’Iran s’impose

Dans ce contexte de fractures grandissantes, l’Iran, principal soutien du Hezbollah, est rapidement intervenu pour consolider son influence au sein du mouvement. Selon la source, Téhéran aurait de facto pris le contrôle direct des appareils militaire et sécuritaire du Hezbollah, tout en cherchant à limiter l’influence de son aile politique.

Pour plusieurs analystes, la décision du Hezbollah d’entrer dans le conflit régional en ouvrant un front contre Israël, en soutien à Téhéran, reflète le rétrécissement de ses marges de manœuvre stratégiques. Cette initiative s’inscrirait dans une stratégie plus large du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC), visant à démontrer que l’Iran conserve la capacité d’activer ses relais régionaux et d’élargir le champ du conflit.

«L’unité chargée de lancer des roquettes en direction d’Israël, explique la source, est structurellement intégrée à la Force Al-Qods, la branche chargée des opérations extérieures du CGRI, et agit sur la base d’ordres directs émanant de Téhéran.»

Cette évolution souligne l’ampleur de l’implication iranienne dans l’appareil militaire du Hezbollah, à un moment où le mouvement fait face à des pressions sans précédent sur plusieurs fronts.

«Nasrallah était le Hezb»

Pour l’analyste politique Ali al-Amin, fondateur du média Janoubia, la confusion et les désaccords apparus au sein du Hezbollah après la mort de Hassan Nasrallah étaient inévitables.

«Personne ne pouvait réellement prendre sa place», affirme-t-il. «Ses décisions ne faisaient l’objet d’aucune contestation et l’ensemble de l’organisation se rangeait derrière lui. À bien des égards, le Hezb était la formation de Nasrallah.»

Les défis sécuritaires sont venus aggraver une situation déjà fragile. La campagne d’assassinats ciblés menée par Israël a mis en évidence des failles au sein de l’appareil sécuritaire interne du mouvement, alimentant la méfiance et les soupçons quant à de possibles fuites de renseignements.

Malgré cela, Ali al-Amin estime que l’Iran est parvenu à maintenir ces tensions internes sous contrôle étroit. «Tant que l’Iran conserve son soutien et détient le véritable pouvoir de décision, une scission réelle au sein du Hezbollah demeure très improbable», explique-t-il.

En période de guerre en particulier, l’appareil militaire, étroitement lié aux Gardiens de la révolution iraniens, conserve l’ascendant décisif. Selon lui, la nouvelle campagne du Hezbollah contre Israël doit avant tout être comprise comme une opération stratégique iranienne.

«Ni le Liban ni le Hezbollah ne tirent réellement profit d’une telle opération», estime-t-il. «Elle sert avant tout les intérêts de l’Iran.»

Toujours selon l’analyste, le Hezbollah fonctionne moins comme un allié de Téhéran que comme une extension du système iranien. La doctrine du mouvement s’inscrit dans l’idéologie iranienne du Velayat-e Faqih, qui impose une loyauté absolue au Guide suprême et lie étroitement la formation pro-iranienne aux priorités stratégiques de Téhéran.

Dans les faits, poursuit-il, la direction politique du Hezbollah dispose de très peu de marge pour contester les décisions venues d’Iran, en particulier sur des questions cruciales telles que la guerre. «Le Hezb est habitué à exécuter les ordres», résume-t-il.

«La protection des intérêts et de la stabilité de la république islamique figure noir sur blanc dans ses règles internes. C’est, en substance, sa mission.»

Un mécontentement qui couve

Si certaines frustrations commencent à apparaître au sein de segments de la base populaire du Hezbollah, les analystes estiment que toute contestation ouverte demeure peu probable.

«Même lorsque les partisans sont fatigués ou frustrés, ils l’expriment rarement publiquement», souligne Ali al-Amin, évoquant à la fois la forte discipline idéologique qui structure le mouvement et «l’intimidation exercée par le Hezbollah sur la communauté chiite».

Pour l’heure, le Hezbollah semble déterminé à se réorganiser sous la supervision de l’Iran, malgré les pertes considérables qu’il a subies. Mais la combinaison de plusieurs facteurs — la décapitation de sa direction, la pression militaire croissante et l’évolution rapide des équilibres régionaux — continue de mettre à l’épreuve la cohésion du mouvement.

 

 

 

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