L’inquiétude monte au Liban : les transferts de fonds de la diaspora, véritable bouée de sauvetage de l’économie, pourraient s’éroder si la guerre s’étend dans la région, notamment dans les pays du Golfe. Dans un pays dont l’économie est largement dollarisée, ces dollars représentent un souffle vital pour des millions de ménages.
Cette hantise s’explique par le fait que, dans la conscience collective des Libanais, la prospérité d’avant 1975 et la survie économique du pays après la guerre civile ont toujours été étroitement liées à la vitalité du Golfe. Aujourd’hui, ce lien apparaît plus tangible que jamais : près de 260 000 cadres libanais ont migré à Dubaï depuis 2019 pour y travailler et envoyer de l’argent à leurs familles restées au Liban.
Un flux de dollars indispensable
Au-delà de leur dimension familiale, ces transferts constituent l’un des principaux amortisseurs économiques du pays. Dans une économie affaiblie et fortement dollarisée, incapable de générer des revenus internes suffisants, le moindre ralentissement de ces flux ravive l’angoisse nationale et menace l’équilibre financier de millions de ménages. Le lien financier qui unit le Liban aux pays du Golfe n’a jamais été aussi vital.
Une manne annuelle de plusieurs milliards
Les transferts de fonds de la diaspora libanaise vers leurs familles restées au pays oscillent généralement entre 6 et 7 milliards de dollars par an. Fait notable : ces flux ont tendance à augmenter en période de crise ou de conflit, lorsque la solidarité familiale s’intensifie.
Selon plusieurs rapports, notamment ceux de la Banque mondiale (BM), les transferts de la diaspora ont atteint 5,8 milliards de dollars en 2024, contre 6,7 milliards en 2023 — soit près de 30 % du PIB — et 6,84 milliards en 2022. En 2025, ils se seraient établis autour de 6,4 milliards de dollars, demeurant ainsi dans la moyenne observée ces dernières années.
Des flux venus du monde entier
Si les pays du Golfe demeurent l’une des principales sources de transferts de la diaspora, les envois d’argent proviennent également d’autres pôles d’émigration libanaise, notamment l’Australie, les États-Unis et plusieurs pays européens.
Le Liban se distingue également par un indicateur révélateur : le ratio des transferts de fonds par rapport au PIB figure parmi les plus élevés au monde, dépassant celui de nombreux pays en développement. Ce pourcentage a toutefois légèrement reculé ces dernières années, à mesure que les estimations du PIB ont évolué.
La résilience des économies du Golfe
Jusqu’à présent, les crises qui ont secoué les économies du Golfe — notamment la crise financière mondiale de 2007-2008 ou la pandémie de Covid-19 — n’ont pas entraîné de rupture significative dans les transferts vers le Liban. Ces économies disposent en effet de fondamentaux solides, soutenus par d’importantes réserves financières, des marchés financiers profonds et des fonds souverains parmi les plus puissants au monde.
Un soutien crucial pour l’économie libanaise
L’importance de ces flux apparaît encore plus clairement lorsqu’on les rapporte à la population : les transferts de la diaspora représentent en moyenne près de 1 200 dollars par habitant.
Selon le bureau de recherche Information International, les transferts qui échappent aux circuits bancaires — acheminés en espèces ou via des portefeuilles électroniques alimentés en cash — atteindraient près de 7 milliards de dollars par an. À cela s’ajoutent 3,4 milliards de dollars d’exportations libanaises en 2025, ce qui contribue à expliquer quelque peu comment le Liban a pu financer près de 20 milliards de dollars d’importations la même année.
Une inconnue pour 2026
Pour l’heure, aucune projection fiable n’existe concernant les transferts de fonds pour 2026. Le paysage macroéconomique du Moyen-Orient demeure incertain. Dans ce contexte, le Liban continue de miser sur un atout structurel : les liens étroits qui unissent encore près de 1,4 million d’émigrés libanais à leurs familles restées au pays. Pour une économie privée de nombreuses sources de financement, cette solidarité demeure l’un des derniers filets de sécurité macroéconomiques du pays du Cèdre.




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