Le commerce extérieur libanais entre dans une zone de fortes turbulences. Entre guerre régionale, flambée des prix de l’énergie, perturbations des routes maritimes et achats de précaution, les échanges du pays se détériorent rapidement.
Au premier trimestre, les exportations libanaises se sont effondrées de 33%, tandis que les importations ont bondi de 23%. Résultat: le déficit commercial s’est aggravé de près de 38%, accentuant la pression sur une économie déjà fragilisée par la pénurie de devises et les tensions monétaires.
Des exportations frappées de plein fouet par la guerre
Les exportations libanaises ont chuté à environ 631 millions de dollars au premier trimestre, contre près de 935 millions un an plus tôt.
Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs: ralentissement de la production dans certaines régions touchées par les tensions sécuritaires, perturbation des routes maritimes régionales, explosion des coûts du fret et des assurances, mais aussi perte de compétitivité des produits libanais sur plusieurs marchés étrangers.
Pour les industriels, la crise dépasse désormais largement la seule hausse des prix du pétrole.
Une véritable paralysie logistique
«Nous faisons face à une véritable paralysie logistique», confie à Ici Beyrouth un industriel ayant requis l’anonymat. «De nombreuses marchandises libanaises n’ont pas pu atteindre le Koweït ni plusieurs pays arabes. Certaines cargaisons sont restées bloquées dans des ports internationaux avant d’être renvoyées au Liban, provoquant des pertes considérables».
Le coût du retour d’un seul conteneur vers le Liban a parfois dépassé 6.000 dollars avant même sa réexpédition vers sa destination finale, une charge devenue difficilement soutenable pour les exportateurs.
Malgré cette dégradation, les métaux précieux demeurent le premier poste d’exportation avec 126 millions de dollars, soit 20% des exportations totales. Viennent ensuite les métaux et produits dérivés (122 millions de dollars), les produits alimentaires (95 millions) ainsi que les industries mécaniques et électroniques (82 millions).
Le Liban importe davantage alors que les réserves en dollars se contractent
Pendant que les exportations reculent, les importations poursuivent leur hausse.
Selon les chiffres des douanes, le Liban a importé pour une valeur de 5,38 milliards de dollars de biens et services au cours des trois premiers mois de l’année, contre 4,38 milliards lors de la même période de 2024.
La flambée des prix mondiaux du pétrole explique une large part de cette hausse. À elles seules, les importations de produits pétroliers ont atteint 1,29 milliard de dollars au premier trimestre, représentant près d’un quart des importations totales du pays.
Les métaux précieux arrivent en deuxième position avec 1,01 milliard de dollars d’importations, soit presque le double du niveau enregistré un an auparavant.
Achats de précaution et tensions sur le dollar
La poussée des importations s’explique également par une vague d’achats de précaution déclenchée par la guerre. Craignant une aggravation du conflit régional ou de nouvelles perturbations d’approvisionnement, les particuliers et commerçants ont constitué des stocks de produits essentiels.
Cette ruée vers les achats a renforcé la demande de dollars sur le marché local, accentuant la pression sur les réserves en devises de la Banque du Liban.




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