Taekwondo: Laetitia Aoun, le Liban debout jusqu’à Rome
Le président de la Fédération libanaise de taekwondo, Habib Zarifeh, avec Laetitia Aoun. ©Fédération libanaise de taekwondo

Qualifiée pour le Grand Prix de Rome prévu du 5 au 7 juin, Laetitia Aoun remet un peu d’élan dans un sport libanais plombé par la guerre et les reports en série. Dans un pays où les compétitions se figent au gré des alertes, sa présence parmi l’élite mondiale des -57 kg vaut plus qu’un billet pour l’Italie: elle ressemble à une bouffée d’oxygène.

Au Liban, ces jours-ci, le sport apprend surtout à patienter. Les calendriers rétrécissent, les championnats se mettent sur pause, les fédérations composent avec une actualité sécuritaire qui écrase tout. Dans cette atmosphère de pays suspendu à la guerre entre Israël et le Hezbollah, la qualification de Laetitia Aoun pour le Grand Prix de Rome a la saveur rare d’une nouvelle qui remet un peu de mouvement là où tout semblait à l’arrêt.

Une qualif qui pèse lourd

Ce billet pour Rome n’a rien d’un cadeau. Le Grand Prix, programmé du 5 au 7 juin dans la capitale italienne, fait partie des rendez-vous les plus relevés du circuit mondial. L’épreuve réunit, dans chaque catégorie, certaines des meilleures combattantes de la planète. C’est précisément sa place dans le classement international qui a permis à la Libanaise des moins de 57 kilos d’entrer dans le cercle des qualifiées.

Bien plus qu’un surnom

À l’approche des Jeux de Paris, Ici Beyrouth l’avait croquée ainsi : «La grande blonde avec une ceinture noire». L’image pourrait prêter à douceur. Elle est pourtant trompeuse. Car derrière l’allure se cache une combattante de très haut niveau, forgée par le travail, la rigueur et l’habitude des grandes scènes. Née en 2001 à Beyrouth, Laetitia Aoun a goûté au tennis, à l’équitation et au judo avant de choisir le taekwondo, où son explosivité, son sens du timing et sa discipline ont fini par faire la différence. Et comme si cela ne suffisait pas, elle mène de front sa carrière sportive et des études de médecine à la Lebanese American University.

Son CV, lui, ne relève plus de la promesse mais du solide. Médaillée de bronze aux Mondiaux juniors de 2016, vice-championne du monde juniors en 2018, médaillée de bronze aux Jeux asiatiques de Jakarta la même année, plusieurs fois championne arabe, Aoun a empilé les repères internationaux jusqu’à devenir l’un des visages forts du taekwondo libanais moderne. Sa trajectoire raconte moins une percée qu’une construction patiente, méthodique, presque obstinée.

Paris a changé son statut

Paris 2024 a fait basculer sa carrière dans une autre dimension. Porte-drapeau du Liban lors de la cérémonie d’ouverture, Aoun s’est ensuite hissée jusqu’au combat pour le bronze du tournoi olympique des -57 kg. Sur le tatami du Grand Palais, elle a battu Lo Chia-Ling puis Miljana Reljikj avant de s’incliner face à l’Iranienne Nahid Kiyani en demi-finale, puis contre la Canadienne Skylar Park dans le match pour le bronze. Résultat final: une cinquième place, au pied du podium, mais avec un retentissement immense pour le sport féminin libanais.

Rome, d’ailleurs, n’est pas un décor inconnu pour elle. Laetitia Aoun y avait déjà pris part à un rendez-vous majeur du circuit mondial. Autrement dit, elle sait déjà ce que pèse ce niveau-là, ce que coûte chaque round et ce qu’exige la cour des grandes.

Le symbole d’un taekwondo qui refuse de plier

Son histoire dépasse toutefois son seul cas personnel. Dans l’entourage du taekwondo libanais, on relie volontiers cette montée en gamme au travail de structuration engagé depuis 2016 sous la présidence de Habib Zarifeh. La fédération insiste sur la progression des équipes nationales et sur la régularité nouvelle des résultats extérieurs. Laetitia Aoun en est aujourd’hui la vitrine la plus nette: une athlète crédible au plus haut niveau, capable de porter seule, ou presque, une discipline et une partie des espoirs d’un pays sportif en convalescence permanente.

Dans un Moyen-Orient qui brûle et un Liban où le sport compte ses survivants plus que ses rendez-vous, Laetitia Aoun offre donc bien plus qu’une qualification. Elle offre une perspective. Un cap. Une raison de regarder un peu plus loin que le prochain report, un peu plus loin que la prochaine sirène. Rome n’est pas encore un podium, bien sûr. Mais c’est déjà une preuve: même quand le pays vacille, il lui reste des athlètes capables de tenir debout, garde haute, menton relevé, et d’aller chercher leur place parmi les meilleures du monde.

 

 

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