Au G7, Marco Rubio prié de clarifier la stratégie américaine sur l'Iran
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot (à droite) accueille le secrétaire d’État américain Marco Rubio lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 à l’abbaye de Vaux-de-Cernay à Cernay-la-Ville, près de Paris, le 27 mars 2026. ©ALAIN JOCARD / AFP

Les alliés du G7 pressaient vendredi le secrétaire d'État américain Marco Rubio de clarifier la stratégie de la Maison Blanche sur l'Iran, près d'un mois après le début de la guerre au Moyen-Orient qui affecte durement l'économie mondiale.

Les inquiétudes grandissent en particulier sur les conséquences de la quasi-paralysie du détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième de la production mondiale de pétrole, et qui a entraîné une forte hausse du prix des hydrocarbures.

Après avoir manqué le premier jour de la réunion du G7, Marco Rubio est arrivé vendredi matin à l'abbaye des Vaux-de-Cernay, un ancien monastère transformé en complexe hôtelier luxueux à une cinquantaine de kilomètres de Paris, pour des discussions marathon avec ses homologues des principales démocraties industrialisées.

Pression allemande sur la coopération

« Au moment où nous voyons l'Iran et la Russie collaborer de façon extrêmement étroite, nous devons, nous aussi, nous serrer les coudes encore davantage », a lancé le ministre allemand Johann Wadephul vendredi.

Pour lui, « à l'évidence, les deux conflits, en Iran et en Ukraine, sont étroitement liés ».

Plus tôt, il avait demandé aux États-Unis d'éclaircir leur position sur la guerre en Iran, lancée le 28 février par des frappes aériennes américano-israéliennes.

« Notre collègue Rubio pourra peut-être aujourd'hui nous expliquer plus précisément ce qu'il en est », a ainsi déclaré Johann Wadephul à la radio Deutschlandfunk.

Si le président américain Donald Trump a répété à plusieurs reprises que des discussions étaient en cours avec Téhéran, les détails restent flous.

Jusqu'ici, les alliés du G7 de Washington ont clairement signalé ne pas vouloir participer à ce conflit régional.

Et la ministre britannique Yvette Cooper a de nouveau défendu « l'approche défensive ».

Jeudi, Donald Trump avait annoncé le report au 6 avril de son ultimatum concernant des frappes sur les installations énergétiques iraniennes après l'avoir déjà repoussé de quelques jours.

Du côté iranien, la confusion règne également sur la réalité de négociations avec les États-Unis.

Appel à la stabilité régionale

La ministre britannique a appelé vendredi à « une résolution rapide » pour rétablir la stabilité régionale, relayant les inquiétudes concernant le blocus du détroit d'Ormuz par l'Iran, qui a fait grimper les prix mondiaux du pétrole.

Quelque 300 navires « liés aux Européens » (bateaux et/ou cargaisons) sont actuellement bloqués, selon des sources ayant connaissance du dossier.

« Franchement, l'Iran ne devrait pas pouvoir prendre en otage l'économie mondiale au moyen d'un détroit par lequel passent les routes maritimes internationales », a tancé Yvette Cooper.

Marco Rubio avait lui souligné jeudi qu'il était « dans l'intérêt » de tous les pays du G7 de pousser à la réouverture du détroit d'Ormuz.

À propos des discussions avec l'Iran, il y a, selon lui, « des pays intermédiaires qui font passer des messages, et des progrès ont été réalisés ».

Il s'agit du premier déplacement à l'étranger du secrétaire d'État américain depuis que les États-Unis et Israël ont lancé la guerre.

Marco Rubio a aussi justifié cette guerre, arguant que le président américain ne rendait « pas seulement service aux États-Unis et à notre peuple ». « C'est pour le monde ».

Contrairement au protocole habituel, et signe de la divergence de vues entre Washington et leurs alliés, il n'y aura pas de communiqué conjoint à l'issue de la réunion vendredi.

À la place, la présidence du G7, assurée cette année par la France, publiera une déclaration, a indiqué une source diplomatique.

Soutien à l'Ukraine et extension du G7

Outre le Moyen-Orient, les ministres européens et canadien ont renouvelé leur soutien appuyé à l'Ukraine en présence du ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha.

À l'issue d'une session consacrée à l'Ukraine, Marco Rubio a répété dans un message posté sur X que « le président Trump était engagé pour obtenir un cessez-le-feu et un accord négocié le plus tôt possible sur la guerre Russie-Ukraine ».

La France souhaite élargir le périmètre du club élitiste du G7, dont les origines remontent au premier sommet du G6 tenu tout près de l'abbaye, au château de Rambouillet, en 1975, et qui réunit aujourd'hui le Canada, l'Allemagne, la France, l'Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis.

Outre le chef de la diplomatie ukrainienne, elle a ainsi invité les ministres des Affaires étrangères du Brésil, de l'Inde, ainsi que de l'Arabie saoudite et de la Corée du Sud.

Par Delphine TOUITOU, Stuart WILLIAMS et Shaun TANDON / AFP

 

 

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