Face aux missiles iraniens, le défi du long terme pour la défense israélienne
Après un mois de guerre, les missiles iraniens continuent de voler vers Israël. Si l'immense majorité est interceptée par la puissante défense antiaérienne israélienne, des questions se font jour sur les capacités du pays à tenir sur le long terme. ©Jack Guez / AFP

Après un mois de guerre, les missiles iraniens continuent de voler vers Israël. Si l'immense majorité est interceptée par la puissante défense antiaérienne israélienne, des questions se font jour sur les capacités du pays à tenir sur le long terme.

L'armée a démenti récemment que ses stocks d'intercepteurs, cruciaux pour contrer le flux de missiles iraniens ou de roquettes du Hezbollah libanais, commençaient à s'épuiser.

Mais la guerre, qui entre samedi dans sa cinquième semaine, assèche les munitions, particulièrement les intercepteurs de longue portée, selon des analystes.

Le système de défense antiaérienne israélien, ultra sophistiqué et efficace, est organisé par couches et permet de répondre à des menaces à toute altitude.

Les missiles Arrow 2 et 3 permettent d'intercepter des missiles volant au-delà de l'atmosphère terrestre.

Des systèmes américains THAAD, qui seraient au nombre d'un ou deux, complètent la défense israélienne.

«Il n'y a pas d'endroit en Israël qui ne soit protégé par la défense multicouches» antiaérienne, selon le général de brigade Pini Yungman, président de TSG group, entreprise israélienne spécialisée dans les systèmes sécuritaires.

Mais «dans le domaine de la défense, ce n'est jamais du 100%» et le taux d'interception de missiles — 92% — auquel parvient Israël est déjà «exceptionnel», dit-il à l'AFP.

Selon l'armée israélienne, qui ne divulgue que peu de détails sur ses systèmes de défense, plus de 400 missiles balistiques ont été tirés par l'Iran depuis le début de la guerre déclenchée le 28 février dernier par les frappes israélo-américaines sur la République islamique.

Le taux d'interception a «dépassé les attentes», se félicitait récemment le porte-parole de l'armée Nadav Shoshani.

De fait, la plupart des dégâts en Israël ont été causés par des débris de missiles. Mais parmi les 19 civils tués en Israël depuis le début de la guerre, plus de la moitié ont été tués par des missiles iraniens ayant percé la défense.

Épuisement des munitions

Environ deux semaines après le début de la guerre, le média en ligne américain Semafor estimait, citant des sources américaines, qu'Israël était «dangereusement à court d'intercepteurs de missiles balistiques».

Une source militaire israélienne avait démenti en déclarant qu'il n'y avait pas de pénurie «jusqu'ici», et que l'armée était «prête pour un long combat».

Mais selon une analyse du centre de recherche britannique Rusi publiée il y a quelques jours, les États-Unis, Israël et leurs alliés ont consommé de vastes quantités de munitions — offensives et défensives — dès les seize premiers jours de guerre : 11 294 munitions, représentant un montant de 26 milliards de dollars.

Selon ce rapport, les intercepteurs de longue portée et les munitions de haute précision étaient «quasiment épuisés» après ces deux premières semaines.

«Ceci signifie que si la guerre continue, les avions (israéliens et américains, ndlr) devront pénétrer plus en profondeur dans l'espace aérien iranien, et, côté défensif, cela voudra dire encaisser davantage de missiles et drones iraniens», a déclaré à l'AFP l'un des auteurs de l'étude, le lieutenant-colonel américain Jahara Matisek.

D'autant que les délais et coûts de production sont élevés, particulièrement pour les intercepteurs comme les Arrow israéliens.

«Ce n'est pas seulement une question d'argent, c'est la réalité industrielle: de longs délais pour les composants, une capacité d'essais limitée, des sous-traitants fragiles et des chaînes de production qui ne se déploient pas comme une usine d'iPhone», a ajouté le colonel Matisek.

Selon le rapport de Rusi, 81,33% des stocks de missiles intercepteurs Arrow dont disposait Israël avant la guerre ont déjà été épuisés, et ils seront probablement «complètement consommés d’ici la fin du mois de mars».

Dysfonctionnements

Le général Yungman estime néanmoins qu'Israël peut produire des intercepteurs plus rapidement que l'Iran peut fabriquer des missiles balistiques.

Mais le système israélien n'est pas à l'abri de dysfonctionnements. L'armée a ainsi reconnu qu'une défaillance du système antimissile «Fronde de David» avait permis la chute samedi dernier de deux missiles iraniens dans deux villes du sud d'Israël, notamment à Dimona, où se trouve un centre de recherche nucléaire stratégique.

Selon le quotidien israélien Calcalist, l'armée avait choisi d'utiliser la Fronde de David, de moindre portée, pour préserver ses stocks d'Arrow.

La «Fronde de David» constitue la couche intermédiaire de l'architecture de défense antimissile israélienne, en complément des systèmes «Hetz» (Arrow) et «Dôme de fer», ainsi que du système laser «Rayon de fer», chargés d'intercepter un large éventail de projectiles.

Face aux défis posés par les missiles iraniens, Israël dispose de trois options, selon Jean-Loup Samaan, chercheur à l'Institut sur le Moyen-Orient de Singapour : «Mélanger les différents systèmes (de la défense antiaérienne) pour éviter des pénuries; ne pas intercepter les missiles ou drones qui vont tomber dans des zones inhabitées; accroître la pression (militaire) pour dégrader les capacités de l'Iran avant que les ressources de la défense israélienne ne soient épuisées».
 

AFP

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