Le régime iranien doit être vaincu
©Ici Beyrouth

L’aphorisme de Caton l’Ancien (Carthago delenda est) résume l’attitude que doivent adopter les hommes d’État face à des décisions fatidiques qui ne laissent aucune place aux choix ouverts. Le conflit avec l’Iran est typique des guerres contemporaines où la défaite des puissances totalitaires devient inévitable si l’on veut éviter les écueils d’une violence prolongée et des scénarios apocalyptiques. Les stratégies préconisées par les agendas politiques douteux des régimes totalitaires et autoritaires et les équivoques d’une communauté européenne clivée sont fort trompeuses, car elles n’offrent ni issue ni perspective de paix, ce qui exacerbe les tensions en cours et prolonge les conflits au lieu de faciliter leur résolution.

Les négociations sans fin avec l’Iran n’ont pas abouti à une résolution pacifique du conflit, et la quête implacable de vengeance de l’Iran n’a pas prouvé sa capacité à déjouer la coalition américano-israélienne ni à modifier les dynamiques militaires et politiques émergentes, notamment après la destruction de ses infrastructures militaires et logistiques, la défaite de ses mandataires régionaux et le travail de démantèlement de ses réseaux terroristes et criminels. De telles actions mèneront incontestablement à des ordres politiques régionaux et internationaux plus stables.

L’axe de pouvoir néo-totalitaire a, jusqu’à présent, échoué à reconfigurer ses alliances et à établir de nouvelles lignes de démarcation propres à une nouvelle guerre froide. À défaut, il a révélé les fissures croissantes de l’UE et son incapacité à s’adapter aux nouveaux défis d’une ère politique différente. Notamment, il a mis en lumière les enjeux de cohésion et de réponse aux menaces des axes de puissance. Ces derniers ont exploité ces divisions pour faire avancer leurs agendas en sapant l’unité de l’UE sur les sanctions et en attisant les dissensions entre États membres. Nonobstant les circonstances, les deux rives de l’alliance atlantique sont sommées de réévaluer leurs plans stratégiques, de remettre en question leurs scotomes idéologiques, de redéfinir leurs objectifs opérationnels et d'interroger leurs scénarios peu convaincants et funestes. Le credo transatlantique du secrétaire Marco Rubio a été maintes fois explicité ; toutefois, il a récemment exprimé des réserves et avancé prudemment lorsque Emmanuel Macron et Nicholas Starmer ont remis en cause les urgences stratégiques soulevées par les derniers développements militaires et la nécessité d’élaborer une position commune sur la question. Les oppositions dans leurs pays respectifs reflètent les divisions idéologiques croissantes au sein des démocraties occidentales.

L’évaluation diminutive des succès militaires actuels, ainsi que la référence discutable au droit international lorsqu’on engage un régime totalitaire meurtrier et belliciste et ses mandataires, est peu convaincante et ne soutient pas l’argument d’une contre-plaidoirie. Les divisions croissantes au sein de la communauté transatlantique traduisent des différences épistémiques et des désaccords profonds entre patriotismes nationaux, l’impact corrosif du wokisme et les effets délétères d’une migration non régulée. Ces éléments compliquent le consensus nécessaire pour traiter les questions pressantes de légitimité et de possibilité de victoire dans le conflit en cours. La question la plus importante en ce moment critique est de savoir si cette guerre est juste et gagnable et si les bilans militaires en cours sont justifiés. Les objectifs de la guerre sont non seulement légitimes mais raisonnablement atteignables. La poursuite des objectifs militaires a enregistré des étapes majeures, et il n’est pas nécessaire de revenir en arrière puisque la victoire est loin d’être une chimère ou une prophétie auto-réalisatrice.

Cette guerre a le potentiel de modifier significativement les dynamiques de pouvoir régionales et d’ouvrir la voie à une gouvernance plus stable dans la région, notamment en en achevant le régime iranien et en favorisant la coopération entre États voisins. La prétendue résilience du régime iranien n’est qu’une illusion, et le calendrier fixé par les états-majors militaires est tout à fait raisonnable. Le pouvoir militaire iranien et sa capacité de projection s’érodent, rendant la survie du régime iranien hautement incertaine ; de plus, ses menaces se sont accrues, entraînant une hausse des tensions et de l’instabilité dans la région. Le régime doit être vaincu pour atteindre ces objectifs. Ne nourrissons pas l’illusion de la paix tant que le régime iranien demeure au pouvoir. On peut légitimement s’interroger sur l’ampleur de la défaite et sur ce qu’elle signifie en définitive : défaite stratégique, effondrement des contrôles totalitaires, libéralisation politique, démilitarisation des conflits et réintégration de la communauté internationale sur la base d’un statut normalisé.

Ces objectifs restent hypothétiques tant que le régime iranien demeure en place ; sans plan clair pour une gouvernance alternative, le risque de chaos et d’instabilité accrue s’amplifie. La chute est le résultat d’un mouvement centrifuge structuré au croisement entre défaites militaires cumulées et l’érosion d’un système politique déjà en déliquescence et discrédité. Il est temps de démanteler le système et de libérer la dynamique d’une structure de pouvoir concurrentielle et autodestructrice. Les négociations devraient progresser sur une voie ouverte, avec des jalons oscillant entre capitulation et solution diplomatique consensuelle fondée sur d’importantes concessions stipulées méticuleusement par les propositions diplomatiques américaines. La clé du succès réside dans la fermeté et une habile manœuvre pour normaliser le paysage politique, relever les défis posés par des groupes comme le Hezbollah et les Houthis, contrer le pouvoir de sabotage du régime iranien et permettre l’émergence de synergies politiques régionales plus coopératives.

De même, la situation au Liban a peu de chances de se normaliser tant que le Hezbollah continue de consolider son extraterritorialité, de remettre en cause le récit national libanais et ses équilibres structurels, et de maintenir sa capacité à interpeller la stabilité régionale. Israël devrait poursuivre la destruction des plateformes opérationnelles du Hezbollah. Les ambiguïtés de l’exécutif libanais, ainsi que la fragilité de l’État libanais, ne semblent pas en mesure de relever les défis actuels. De plus, l’État d’Israël poursuit ses objectifs stratégiques de manière indépendante, ayant perdu espoir dans la capacité et la volonté du gouvernement libanais à respecter l’accord de trêve cosigné le 24 novembre 2024.

La débilitation auto-infligée de l’État libanais discrédite ses titulaires et remet en cause leur légitimité et leur capacité à négocier tout futur processus de paix. Cet état d’indétermination politique ouverte ne peut perdurer sans compromettre la viabilité de l’État libanais et la paix civile, ni sans saper la consolidation d’un ordre politique régional profondément effiloché. La campagne militaire israélienne se poursuit avec des objectifs stratégiques et politiques changeants. L’État libanais, lui, reste pris dans des dynamiques destructrices ayant conduit à l’érosion de ses piliers stratégiques et constitutionnels il y a sept décennies. Cette situation complique davantage les perspectives de stabilité et de paix dans la région, d’autant plus que ces conflits en cours exacerbent les tensions avec les pays voisins et entravent les efforts diplomatiques.

La poursuite de cette guerre est essentielle si nous voulons préserver l’avenir d’un ordre mondial démocratique et libéral et vaincre les menaces ultimes incarnées par les bêtes de l’Apocalypse. « Satan sera relâché de sa prison et il séduira les nations aux quatre coins de la terre. Alors viendront Gog et Magog, qui viendront et seront rassemblés pour la bataille ; le feu descendra du ciel et les consumera. Le diable qui les séduisait fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, où la bête et le faux prophète furent tourmentés pour toujours. » (Livre de l’Apocalypse 20:7-10). L’imagerie biblique est suffisamment puissante pour rendre la scène apocalyptique, son intrigue dramatique et les calamités qui s’y déroulent.

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