Les Nations unies ont alerté vendredi sur l'accroissement rapide de l'insécurité alimentaire au Liban, entraîné dans la guerre qui a embrasé la région.
«Les convois du Programme alimentaire mondial continuent de circuler, mais l'environnement opérationnel devient de plus en plus complexe», a déclaré la directrice de cette agence de l'ONU au Liban, Allison Oman.
«La sécurité ne peut plus être considérée pour acquise, alors même que les besoins augmentent rapidement», a-t-elle indiqué aux journalistes à Genève, s'exprimant depuis Beyrouth.
«Bien que dix convois aient pu partir» depuis le début du conflit vers les populations dans le besoin au Liban, «de très nombreux» autres n'ont pas pu le faire car «la sécurité ne pouvait être garantie», a-t-elle expliqué.
Au-delà des difficultés à acheminer les convois, Mme Oman a expliqué que les perturbations dans les chaînes d'approvisionnement et l'accroissement de l'insécurité alimentaire s'expliquent notamment par l'incapacité de certains agriculteurs à travailler leurs terres dans le sud du Liban et par des difficultés de transport.
S'y ajoutent déjà les effets de la hausse mondiale des prix du carburant et des engrais, a-t-elle indiqué.
Le mouvement chiite Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale au Moyen-Orient le 2 mars, en lançant des missiles sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué au premier jour de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.
Un cessez-le-feu fragile est en cours entre l'Iran et les États-Unis. La communauté internationale redoute que celui-ci ne soit compromis par la poursuite de la campagne israélienne au Liban.
Le Programme alimentaire mondial demande un «accès sûr et continu» pour acheminer l'aide nécessaire aux communautés touchées, en particulier dans les zones difficiles d'accès.
La crise au Liban «est en train rapidement de devenir une crise de la sécurité alimentaire», a assuré Mme Oman, expliquant que le Programme alimentaire mondial observe déjà des signes évidents de hausse des prix des denrées alimentaires, notamment du pain et des légumes, dans tout le pays.
«Pour les familles qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts, la situation est extrêmement préoccupante, et nous assistons actuellement à une conjoncture très inquiétante: les prix augmentent, les revenus sont en baisse et la demande s'accroît», a-t-elle averti, rappelant que le Liban était déjà confronté à une grave crise économique avant cette guerre.
«Avant même cette dernière escalade, environ 900.000 personnes au Liban étaient en situation d'insécurité alimentaire, et notre dernière analyse, qui sera publiée probablement la semaine prochaine, indique que ce chiffre est appelé à augmenter», a-t-elle insisté.
Un stock alimentaire jugé suffisant à court terme, selon le ministère libanais de l’Économie
Le ministère libanais de l’Économie et du Commerce a tenu à rassurer quant à la situation alimentaire au Liban, affirmant que «certaines déclarations récentes ont été sorties de leur contexte». Selon le ministère, les propos attribués à la directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) au Liban concernent uniquement des villages assiégés dans le Sud et ne reflètent pas la situation à l’échelle nationale. Une clarification sera apportée par les parties concernées, a-t-il précisé.
Dans son communiqué, le ministère indique que le stock alimentaire disponible au Liban est suffisant pour une période de trois à quatre mois. Il souligne également que les chaînes d’approvisionnement continuent de fonctionner normalement, tout comme les activités d’importation et d’exportation, que ce soit via les ports ou les points de passage terrestres.
Les autorités assurent que les opérations dans les infrastructures clés se poursuivent sans interruption. Le travail dans les ports, notamment au port de Beyrouth, ainsi que dans les postes-frontières terrestres, dont celui de Masnaa récemment rouvert, se déroule de manière habituelle. Dans un souci d’efficacité, les jours fériés et les vacances officielles ont été exceptionnellement considérés comme jours ouvrables, afin de maximiser la capacité de traitement.
Le ministère met enfin en avant une coordination continue avec l’ensemble des parties prenantes du secteur alimentaire, incluant les administrations portuaires, les autorités douanières, les importateurs et les propriétaires de supermarchés. Selon lui, cette mobilisation permet d’assurer un fonctionnement optimal du marché, avec une disponibilité maintenue des stocks stratégiques en denrées alimentaires et en carburants.
Avec AFP



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