Le programme nucléaire de l’Iran gravement endommagé mais pas encore éradiqué
Cette image satellite fournie par Maxar Technologies montre l'installation d'enrichissement nucléaire de Natanz, dans le centre de l'Iran, le 14 juin 2025, après qu'elle a été touchée par des frappes israéliennes. ©2025 Maxar Technologies / AFP

En ciblant toutes les capacités nucléaires et balistiques iraniennes, Israël et les États-Unis ont éloigné la menace de la fabrication par l'Iran d'une bombe nucléaire sans toutefois s'emparer du précieux stock d'uranium hautement enrichi, enjeu clé de toute négociation à venir entre Washington et Téhéran.

Le président américain Donald Trump a déclenché la guerre le 28 février, assurant que l'Iran développait une bombe atomique - ce que Téhéran dément - et promettant de ne jamais laisser ce pays posséder une arme nucléaire.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou assure, lui, que le programme iranien a été «anéanti» à l'issue de la guerre des 12 jours de juin 2025 et de l'intense campagne de frappes américaines et israéliennes ces dernières semaines, mais deux sources diplomatiques européennes sous couvert d'anonymat restent circonspectes sur le devenir du nucléaire iranien.

«Immédiatement après les frappes de juin, on nous disait que le programme avait reculé de plusieurs années avant d'évoquer seulement plusieurs mois», rappelle l'une d'entre elles.

«L'Iran n'est plus une puissance de seuil» (pays proche d'acquérir la faculté de fabriquer une arme nucléaire, ndlr) «comme elle l'était auparavant», affirme de son côté à l'AFP une source diplomatique israélienne ayant requis l'anonymat.

Au-delà des infrastructures profondément endommagées, c'est tout le savoir-faire iranien qui «a été sérieusement détruit avec l'élimination des scientifiques et responsables censés remplacer ceux tués en juin», et le ciblage des universités «où se trouvaient les centres de données renfermant le savoir-faire iranien», fait-elle valoir.

«Sérieux revers»

Le programme iranien a subi «un sérieux revers» et «il faudra beaucoup de temps, d'investissements et de ressources pour reconstituer toutes ces capacités perdues», estime pour sa part Spencer Faragasso de l'Institute for Science and International Security, un centre de réflexion américain qui scrute le programme nucléaire iranien.

Pour autant, «les gains résultant du conflit sont loin d'être permanents», prévient-il.

Téhéran dispose toujours d'une quantité importante de matière d'uranium hautement enrichi à 60%, niveau proche du seuil de 90% requis pour la fabrication d'une bombe atomique, sans compter le stock d'uranium enrichi à 20%, un seuil critique permettant de monter rapidement à 60%, puis 90%.

Avant les frappes américaines en juin dernier, l'Iran disposait, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), d'environ 440 kg d'uranium enrichi à 60%, bien au-delà des 3,67 % autorisés par un accord en 2015 que les États-Unis avaient finalement quitté.

Depuis juin 2025, le sort de ce stock reste incertain, Téhéran refusant l'accès aux inspecteurs de l'AIEA sur les sites ravagés par les frappes américaines et israéliennes.

Le directeur de l'organisation onusienne, Rafael Grossi, a maintes fois réclamé le retour des experts internationaux. Des pays comme la France et la Grande-Bretagne, favorables à des négociations pour encadrer durablement le programme iranien, estiment que le retour des inspecteurs est un préalable à toute discussion.

Sortir l'uranium enrichi 

Une partie du stock d'uranium hautement enrichi (UHE) serait toujours enfouie dans les tunnels du site d'Ispahan, dans le centre de l'Iran. Trois sources diplomatiques occidentales ayant requis l'anonymat n'excluent pas que certaines quantités aient pu être déplacées.

«Au moins 220 kg - environ la moitié du stock déclaré d'UHE à 60% de l'Iran - seraient stockés dans le complexe de tunnels souterrains d'Ispahan», explique Spencer Faragasso. «Le sort de l'autre moitié n'est pas clair, mais nous pensons qu'elle est ensevelie sous les décombres à Fordo, où d'importantes quantités d'UHE à 60% étaient produites avant la guerre de juin 2025», dit-il.

Seule une inspection indépendante permettrait de lever les doutes.

L'objectif à présent pour Américains et Israéliens est de faire sortir le stock d'UHE du territoire iranien. L'option, qui aurait consisté à diluer ce stock - et donc d'abaisser son taux d'enrichissement - est pour l'heure écartée, selon une des sources diplomatiques occidentales.

Mais comment s'y prendre ?

La Russie a rappelé lundi qu'elle restait prête à accueillir sur son sol de l'uranium enrichi iranien dans le cadre d'un éventuel accord de paix entre Washington et Téhéran.

«Cette proposition a été formulée par le président (Vladimir, ndlr) Poutine lors de contacts avec les États-Unis ainsi qu'avec des pays de la région», a souligné le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

Mais ce scénario constitue une ligne rouge pour les Européens, alors que la Russie mène depuis plus de quatre ans une guerre contre l'Ukraine.

Moscou et Téhéran coopèrent sur le nucléaire au travers de la centrale de Bouchehr, construite et exploitée avec l'aide de la Russie à des fins de nucléaire civil.

«Les Iraniens ne peuvent pas créer de bombe nucléaire pour le moment», commente le professeur Danny Orbach de l'Université hébraïque de Jérusalem. Mais mettre la main sur la matière enrichie «est le plus difficile à obtenir», dit-il.

Washington a cherché à obtenir une suspension de 20 ans du programme d'enrichissement d'uranium iranien en vue d'un accord pour mettre fin à la guerre, ont rapporté des médias américains lundi.

Jusqu'ici, tous les cycles de discussions depuis le retrait en 2018 des États-Unis de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien se sont soldés par un échec.

Par Delphine TOUITOU avec Anouk RIONDET à Jérusalem et W.G DUNLOP à Washington – AFP

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