Qu’il y ait eu appel ou non, un tabou a été levé
©Ici Beyrouth

L’euphorie de la «victoire» affichée par le Hezbollah pourrait rapidement s’éroder, en l’espace de moins de vingt-quatre heures. Et pour cause: habitations endommagées ou détruites, localités du Liban-Sud soumises à des restrictions d’accès, et banlieue sud de Beyrouth dévastée, sans perspectives claires de reconstruction à court terme. Dans ce contexte, la question des armes du Hezbollah demeure au cœur des priorités des États-Unis et d’Israël.

Au terme de cette séquence de célébrations ayant accompagné l’annonce d’un cessez-le-feu, et marquée par des tirs de joie, pourrait s’ouvrir une phase politique plus sensible, incluant une potentielle rencontre entre le président de la République Joseph Aoun et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou.

Dans cette perspective, la paix ne s’inscrira point dans les calculs du Hezbollah, pas plus que la situation générale ne correspondra à celle d’une victoire proclamée, qui a embrasé les rues de tirs et de missiles, comme si le résultat avait été la prise de Jérusalem.

Quoi qu’il en soit, la gestion de l’épisode lié au prétendu appel téléphonique avec Benjamin Netanyahou témoigne d’une approche particulièrement habile et maîtrisée de la part de Joseph Aoun, qui a conditionné tout échange à un cessez-le-feu préalable, exigeant ainsi un minima du côté israélien, lequel correspond, paradoxalement, à l’un des maxima acceptables pour une partie de la base du Hezbollah.

Dans le même temps, le «geste» attribué à Donald Trump, présenté comme une forme de garantie contre de nouvelles frappes israéliennes sur le Liban, s’accompagnerait, selon cette lecture, d’une contrepartie politique: l’ouverture d’un dialogue de haut niveau entre les parties concernées, destiné à être présenté sous un jour diplomatique favorable au Liban.

Dans cette dynamique, certains estiment que sans la controverse suscitée par cet épisode téléphonique, le Liban n’aurait pas pu franchir une étape jugée majeure: la levée d’un tabou politique autour de toute forme de contact ou de négociation avec Israël, longtemps verrouillé par le Hezbollah, au nom d’une logique de stricte séparation du Liban des conflits régionaux, dans l’objectif affiché d’un État stabilisé et dépourvu d’armes non étatiques.

Enfin, si l’arrêt des bombardements peut être perçu comme un soulagement par les partisans du Hezbollah, il n’en demeure pas moins que le coût politique de cette évolution pourrait se traduire par une succession progressive de glissements: du simple contact indirect à l’échange, puis à la rencontre, et enfin à une forme de communication continue encadrée par une logique de stabilisation régionale. Et, pour reprendre une formule souvent utilisée par Donald Trump: chacun est invité à y prêter attention.

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