Les négociations aux apories multiples 
©Ici Beyrouth

Comment négocier face à des registres de communication cloisonnés, ainsi qu'à des régimes politiques totalitaires et des dystopies meurtrières qui se situent en amont du politique et jugent l'histoire des hommes ? Pourtant il faudrait le faire lorsque les enjeux débordent les encadrements de la vie internationale et remettent en cause la possibilité des arrangements négociés et de la paix. Négocier avec l’Iran cadre parfaitement avec ce schéma pessimiste qui renvoie à des impasses tout au long d’une trajectoire guerrière continue, à tel point qu’on se demande s’il y a un épilogue diplomatique avant qu’une défaite militaire ne vienne trancher des situations dans l'impasse. 

Comment convaincre le régime iranien d’une solution négociée sur un enjeu de nature globale comme celui des voies de navigation maritime ? L’adhésion aux réglementations stipulées par la convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) en vue d’assurer la liberté de navigation maritime est sujette au pouvoir discrétionnaire du régime iranien. Celui-ci entretient un rapport sélectif aux mandats du droit international. Comment trouver une plateforme d’entente sur la question d’enrichissement de l’uranium ? Les violations répétées en la matière, en effet, disqualifient le régime iranien et renvoient à la duplicité de ces pratiques et à leurs liens avec les politiques de déstabilisation sur le plan régional. Que faire des politiques de militarisation des enjeux et des conflits au croisement des régimes conventionnels, nucléaires et bactériologiques et de désescalade qui devraient régir le désamorçage des dynamiques en cours ? Ceci nous renvoie à des ambiguïtés intentionnelles que le régime islamique instrumentalise afin de déjouer sa défaite en projetant des scénarios de négociation fallacieux dont le but est de miser sur des changements de majorité au congrès américain. Alors que la politique de répression poursuit son cours en Iran et que les dynamiques de subversion régionales sont en mutation continue. 

La situation au Liban récapitule de manière exemplaire les intrications d’une diplomatie de gestion des impasses parce que l'on est bien loin de celle des fins de conflit. La trêve proposée et arbitrée par les États-Unis élargit le spectre de celle de 2024 dans la direction d’un traité formel de paix entre le Liban et Israël. Cette première gageure a réussi la séparation des trajectoires respectives de l’Iran et du Liban. Elle a également permis de mettre ce dernier sur le chemin des négociations bilatérales avec Israël, alors que l’Iran voulait s’emparer de la carte libanaise pour étendre sa latitude manœuvrière pendant les négociations. Le pouvoir iranien conditionne la trêve décrétée au Liban à son crédit en liant l’arrêt des hostilités au Liban à celui du détroit d’Ormuz, tandis que le rôle des États-Unis est explicitement reconnu par les acteurs libanais et israélien. 

La séparation principielle des trajectoires bute sur les difficultés du terrain. Parallèlement, l’État libanais est dans l’incapacité de tenir ses engagements quant au désarmement du Hezbollah, à la fin des extraterritorialités politiques et militaires et à l’endiguement des tentatives de subversion. Alors que le Hezbollah se saisit de la trêve pour reprendre de l’élan et défaire l’état de siège auquel il est soumis. Reste à savoir dans quelle mesure le pouvoir libanais est à même de restituer ses lettres de créance, d'imposer la souveraineté exclusive de l’État et de contenir la subversion insidieuse en préparation. 

Le président de la République s’est refusé à toute rencontre avec le Premier ministre israélien à la Maison-Blanche, et la visite du Premier ministre à Washington a été déclinée. Le pouvoir libanais reconnaît délibérément ses limites et remet sur la sellette la question de la viabilité de l’État libanais et de ses incidences sur l’avenir du Liban, dont la légitimité est controversée par les mouvances politiques chiites. Il suffit de récapituler le discours politique dans ce milieu et de recenser les tropes en cours sur les réseaux sociaux pour se rendre à l’évidence d’une rupture qui avance dans toutes les directions. L’hégémonisme chiite est manifeste et la volonté de domination est hautement affichée. Autrement, le retour dans les villes et villages du Sud s’est effectué sous les couleurs de l’Iran et du Hezbollah comme pour mieux scander le rejet de l’appartenance libanaise et réaffirmer la sécession. Comment parler de négociation alors que la crise de légitimité de l’entité nationale libanaise bat son plein ? Cela dit, il n’y aurait pas de solution diplomatique aux impasses libanaises qu’avec la conclusion d’un accord global avec l’Iran. Sinon, le retour à la guerre est inévitable, car en l’absence d’un nouveau rapport de force, la diplomatie est réduite à des vœux pieux.

L’appel du pape Léon aux solutions négociées semble décalé par rapport à la situation actuelle, alors que la politique de subversion du régime iranien ne semble pas désarmer ni céder la place à une démarche diplomatique résolue. Le régime iranien mise toujours sur une stratégie d'enlisement, de réalignement géostratégique et de chaos généralisé qu'il entend propulser au niveau régional. La résurgence en ordre dispersé des relais régionaux et la réactivation des politiques de sabotage sur ce plan contribuent à la stratégie d'enlisement du régime iranien. Il en va de même des divergences croissantes au sein de la coalition américano-israélienne, de l’exacerbation des tensions parmi les démocraties occidentales, et de la neutralisation de l'OTAN. 

La politique de neutralisation du régime iranien, tant sur le plan politique que militaire, a considérablement avancé et ne peut en aucun cas faire marche arrière. Les États-Unis sont acculés à gérer leurs différends avec Israël dans le cadre de consensus renouvelés sur les objectifs de la guerre en cours. Ils doivent également mettre en remorque les stratégies nécessaires en vue de défaire le régime islamique iranien et remettre la région sur la voie des solutions négociées de conflit. La fin de ce régime est incontournable si l’on veut une paix régionale viable et durable sur le long terme. L'intermède de paix, rendu possible par les trêves en cours, n'a jusque-là impulsé aucune dynamique endogène ni de narratif qui lui serve de support. Le scepticisme à cet égard est de rigueur et le contexte d'incertitude qui prévaut n'écarte nullement l'hypothèse d'une guerre renouvelée.

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