Au moins 20 milliards de dollars de dégâts et de pertes. Voilà ce qu’ont coûté, au bas mot, les deux guerres de soutien du Hezbollah, au Hamas d’abord, au régime iranien ensuite. Des milliards qui auraient pu être rendus aux déposants, par exemple, mais les mollahs et leurs supplétifs en ont décidé autrement.
On a du mal encore à mesurer l’ampleur de la catastrophe dont le Liban pourrait ne pas se remettre, faute de financements. D’autant que la crise au Moyen-Orient semble devoir durer et flotter dans un “ni guerre ni paix” extrêmement préjudiciable aux économies mondiales. En tête desquelles, celles des monarchies du Golfe. Les centaines de milliers de Libanais qui y vivent et travaillent pourraient voir la pérennité de leurs emplois et de leurs salaires sérieusement menacée. Conséquence : les transferts de ces expatriés vers le Liban risquent de connaître une baisse drastique, ce qui va aggraver l’impasse dans laquelle le pays se débat.
Tout cela sans parler des pertes financières massives liées au manque à gagner pour l’État, en passant par le tourisme, devenu un vieux souvenir.
La liste des questions sans réponse est longue comme un jour sans fin. Qui reconstruira, si un jour le calme revenait ? À première vue, personne. Les pays du Golfe vont devoir panser leurs propres plaies. L’Europe est surendettée. Le Liban est ruiné. Que vont devenir les déplacés, qui se sont rués vers leurs villages à l’annonce de la trêve ? Beaucoup ont fait demi-tour pour rejoindre les centres d’hébergement qu’ils venaient de quitter. Les destructions sont telles que beaucoup de villages sont inhabitables ou inaccessibles. Leur retour n’est pas pour demain. La cohabitation avec les habitants des régions d’accueil va-t-elle tenir dans la durée ? Rien n’est moins sûr. Quelqu’un a-t-il estimé les dégâts psychologiques, environnementaux, démographiques, socioéconomiques ? Bien sûr, il y a des rapports. ChatGPT peut en produire dix par minute. Mais des préconisations concrètes ? Des mesures ? Pour le moment, c’est un saut à l’élastique sans… élastique.
C’est dans ce long tunnel noir que l’État libanais essaie d’allumer une lueur, toute petite, d’espoir. Les négociations directes entre ambassadeurs libanais et israéliens, sous parrainage américain, reprennent ce jeudi. Ces discussions sont vitales pour le pays. Le simple fait de tenter de séparer les volets libanais et iranien est déjà, en soi, une grande prouesse. Une prouesse qui n’a pas échappé à la milice pro-iranienne, qui rappelle comme un métronome son opposition à toute discussion directe avec Israël. Des fois que la “carte” libanaise échappe à Téhéran et à son axe de la mort. Impensable pour les Gardiens de la révolution, qui comptent bien sur leurs pions locaux pour rester la chair à canon du régime iranien.
Pour les diplomates libanais, c’est le grand écart. Négocier avec Israël est le seul choix possible, comme le rappelle depuis plusieurs jours le président de la République, Joseph Aoun. Mais la tâche est ardue quand on n’a aucun atout en main, autre que le désir de survivre en paix et un poignard dans le dos. Car l’enjeu est de taille. Récupérer les 500 kilomètres carrés de territoire libanais que l’armée israélienne contrôle désormais du fait même du déclenchement de la guerre par la milice pro-iranienne Une milice qui ose encore et toujours parler de “résistance” malgré l’évidence.
Les négociations ne sont humiliantes, peut-être, que pour ceux qui ont vendu pendant des décennies l’illusion de la «victoire» par les armes, alors que personne ne leur demandait rien. Et c’est la seule voie réaliste.
Il suffit pourtant d’un missile tiré, d’un ordre de Téhéran, pour que tout s’effondre. Le Liban négocie sa survie sous la menace permanente de ceux qui ont tout intérêt à ce qu’il échoue. C’est cela, la tragédie libanaise, un pays qui essaie de se sauver, contre les aspirations d’une partie interne, qui a fait de la souffrance et du chaos, un fond de commerce. Sanglant. Près de 2500 morts depuis le 2 mars. Morts pour l’Iran.
Albert Camus disait: «Au milieu de l’hiver, j’appris enfin qu’il y avait en moi un été invincible.» Qu’y a-t-il de plus beau qu’un été libanais?




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