Iran-Hezbollah : Le pari du pourrissement
©Ici Beyrouth

La guerre avec l’Iran devait durer six semaines. Nous en sommes à plus de deux mois. Pourquoi ? Parce que le régime obscurantiste iranien n’a que faire des souffrances de son peuple. Pour survivre, il a choisi une stratégie vieille comme le monde : laisser pourrir. Parce que le temps est son allié face à une Amérique pressée, qui voit arriver à grande vitesse deux échéances cruciales : les célébrations des 250 ans des États-Unis, le 4 juillet, et les élections de mi-mandat en novembre. Dans les deux cas, Donald Trump doit pouvoir afficher une victoire ou, à tout le moins, des résultats clairs et tranchés. Et dans les deux cas, les gardiens de la révolution essayent de l’en empêcher. Leur but : laisser durer et saigner. Pas pour gagner aujourd’hui, mais pour ne pas perdre demain. C’est aussi la stratégie de l’Iran et du Hezbollah face au conflit avec Israël. Un pari cynique et froid, dont les seules victimes non consentantes sont les peuples.

La mécanique est simple. L’Iran ne cherche pas la victoire militaire. Elle est impossible. Ce qu’il veut, c’est la survie de son influence régionale, la pérennité de ses relais armés et la conservation de ses cartes de négociation face à l’Occident. Or l’enlisement du conflit lui offre tout cela à la fois.

Au Liban, tant que la milice illégale donne l’illusion de tenir, l’Iran reste incontournable. Tant que les combats se poursuivent au sud du pays, Washington doit compter avec Téhéran. Un dossier libanais qui reste ouvert peut être utilisé comme monnaie d’échange dans les négociations sur le nucléaire. Le Liban n’est pas un allié pour l’Iran. C’est un instrument.

Et ce que l’Iran fait au Liban, il le fait simultanément ailleurs, avec la même logique d’usure. Dans le détroit d’Ormuz, par où transite près d’un cinquième du pétrole mondial, Téhéran entretient délibérément une situation de tension permanente : ni guerre ouverte, ni paix assumée. Des incidents, des menaces, des manœuvres militaires, savamment filmées… Juste assez pour maintenir les marchés nerveux et rappeler à Washington que l’Iran tient un verrou sur l’économie mondiale. Et dans les discussions qui se déroulent en ce moment, cette tension n’est pas un accident de parcours : c’est un argument de négociation. L’Iran ne négocie pas malgré la crise, il négocie grâce à elle. Le blocage est sa monnaie et son capital. Ormuz et le Liban sont les deux mâchoires d’un même étau.

Le Hezbollah, de son côté, joue exactement la même partition, mais avec une brutalité encore plus nue. Pour lui, la paix n’est pas une option politique. C’est une menace existentielle. La paix, c’est la fin de la justification de ses armes. C’est le retour de l’État libanais dans le sud du pays. La paix, c’est l’érosion de sa mainmise sur des pans entiers de la société libanaise. Alors il sabote et il bloque. Il laisse les populations du sud dans l’errance, déplacées, sans horizon, sans date de retour, et il appelle ça de la… résistance. Résistance à quoi, au juste, quand c’est son propre peuple qu’il maintient en otage ?

Car c’est là le scandale moral au cœur de cette stratégie, qui sacrifie délibérément les populations civiles sur l’autel d’un calcul politique qui ne les concerne pas. Le peuple iranien, lui, voit depuis des décennies ses ressources dilapidées dans des guerres par procuration. Son économie, qui perd 500 millions de dollars par jour, est étranglée par le blocus et des sanctions qui sont la conséquence directe des aventures régionales d’un régime qui ne se soucie que des gardiens de la révolution, des Bassidjis et de leurs familles : 5 millions de personnes. Le reste de la population peut mourir de faim. Ce n’est pas un sujet.

L’enlisement, dans ce cadre, n’est pas un échec. C’est le plan. C’est précisément parce qu’il dure que l’Iran et le Hezbollah peuvent prétendre, contre toute évidence, ne pas avoir perdu. Ils mesurent le temps différemment. Ils n’ont pas d’élections à gagner, pas d’institutions pour leur demander des comptes. Ils peuvent attendre. Et pendant qu’ils attendent, ils reconstruisent, se réarment et recrutent. L’usure est leur arme principale. La résignation des autres est leur objectif.

C’est contre ce piège que le Liban, aujourd’hui, essaie de se battre, avec les moyens du bord et une fragilité institutionnelle qui rend chaque pas périlleux, mais avec lucidité. En choisissant de négocier directement avec Israël, sans passer par Téhéran et surtout sans attendre le feu vert du Hezbollah, l’État libanais fait quelque chose de presque révolutionnaire dans le contexte de ces quarante dernières années. Il agit en souverain. Il dit, en substance : le dossier libanais n’est pas le dossier iranien. Nos frontières ne sont pas votre monnaie d’échange et notre sud n’est pas votre glacis stratégique.

Ce découplage est précisément ce que l’Iran et le Hezbollah redoutent le plus. Parce qu’il les prive de leur narratif à destination de leurs bases.

Le pari du pourrissement fonctionne pour le moment. Jusqu’au jour où le président américain décidera qu’il a assez attendu et qu’il est temps d’en finir. De toute leur histoire, depuis les guerres médiques, c’est ce moment précis que les Perses n’ont jamais su anticiper. Et ils ont toujours eu tort.

Hannah Arendt disait: “Les tyrannies durent toujours plus longtemps qu’on ne l’imagine… jusqu’au jour où elles s’effondrent plus vite qu’on ne l’aurait cru.”

Ça commence à être long…trop long.

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