À Chypre, l’UE affiche sa volonté de peser pour la désescalade au Moyen-Orient
Photo de famille après une séance de travail du Conseil européen et de partenaires régionaux, dans le cadre d’une réunion informelle à Nicosie, le 24 avril 2026. ©Nicolas Tucat / AFP

Sans disposer de véritables leviers face à la guerre au Moyen-Orient, les Européens ont tenté vendredi de faire entendre leur voix en faveur d’une désescalade, en réunissant à Chypre plusieurs dirigeants de la région.

Autour de la table à Nicosie: les présidents du Liban, de l’Égypte et de la Syrie, ainsi que le prince héritier de Jordanie. Une initiative lancée huit semaines après les premières frappes américaines et israéliennes en Iran, alors que l’Union européenne est régulièrement accusée d’impuissance dans ce conflit.

La rencontre a d’abord permis de réaffirmer un soutien «sans faille» au Liban et à sa souveraineté, selon le président du Conseil européen Antonio Costa, dans un contexte marqué par la fragilité du cessez-le-feu avec Israël.

À ses côtés, le président libanais Joseph Aoun a insisté sur les «défis humanitaires et économiques» majeurs auxquels fait face son pays, encore fragilisé par des crises successives.

Sur le plan énergétique, Antonio Costa a appelé l’Iran à rouvrir immédiatement le détroit d’Ormuz, «sans péage», estimant qu’il s’agit d’un passage «vital pour le monde entier». Le conflit a déjà lourdement pesé sur l’économie européenne, avec une hausse de 24 milliards d’euros de la facture énergétique.

Pour renforcer sa réponse, l’UE envisage d’élargir la mission navale Aspides, initialement déployée en mer Rouge pour sécuriser le trafic maritime face aux attaques des rebelles houthis, alliés de l’Iran. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen propose de la transformer en une «coordination maritime interarmées» plus «sophistiquée».

Bruxelles souhaite également intensifier la lutte antidrones, en développant une «coopération structurelle» avec les pays de la région pour renforcer les capacités de production de défense. 

Un signal politique, sans annonce majeure

Au-delà des annonces concrètes, la réunion de Nicosie s’inscrit surtout dans une logique politique. Ce pays de Méditerranée orientale, dont certaines bases de l’OTAN ont été visées par des drones au début du conflit, se veut un pont entre l’Europe et le Moyen-Orient, comme l’a rappelé son président Nikos Christodoulides.

Le président français Emmanuel Macron a appelé à un engagement accru de l’Europe dans la région, estimant que «nous avons tous intérêt» à un retour rapide à la stabilité, dans une allusion aux déclarations récentes de Donald Trump sur le rythme des négociations avec l’Iran.

Paris se dit par ailleurs prêt à organiser une conférence de soutien aux forces armées libanaises, lorsque Beyrouth le jugera opportun. 

Vers un rapprochement avec Damas

La réunion a également marqué une nouvelle étape dans le rapprochement entre l’Union européenne et le président syrien Ahmed al-Chareh. Bruxelles prévoit d’accueillir le 11 mai un premier dialogue politique de haut niveau avec la Syrie, ouvrant la voie à un possible accord d’association.

«Nous continuerons à soutenir la relance de l’économie syrienne et la réconciliation de sa société», a assuré Ursula von der Leyen.

Ahmed al-Chareh a salué ce «grand événement», y voyant une opportunité de «consolider le rôle de la Syrie en tant que partenaire stratégique» de l’Union européenne. Ancien rebelle jihadiste ayant renversé Bachar el-Assad en décembre 2024, il multiplie depuis les déplacements pour repositionner la Syrie sur la scène internationale.

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