Les fournisseurs de denrées alimentaires pressent le ministre de l’Intérieur d’intervenir en urgence pour trouver une solution rapide, notamment en revenant au mécanisme des avances plutôt qu’aux virements retardés, afin d’assurer la continuité de l’approvisionnement. La procrastination n’est plus une option.
Au Liban, l’effondrement ne se limite plus aux indicateurs économiques ou au dysfonctionnement des institutions: il atteint désormais les lieux les plus sensibles, à savoir les prisons. Derrière les barreaux, où l’État est censé assumer pleinement la responsabilité de la vie des détenus, un danger plus cruel encore, se profile: la faim. Des milliers de prisonniers risquent de manquer de nourriture dans les prochains jours, en raison de l’incapacité du gouvernement à régler les factures des fournisseurs, plaçant ce dossier dans une zone de péril imminent.
Il ne s’agit pas d’un simple retard de paiement, mais d’un test direct de la capacité de l’État à garantir les droits fondamentaux. Un détenu, quel que soit son cas, demeure sous la responsabilité de l’État. Toute défaillance dans son alimentation est injustifiable. Face à l’aggravation de la crise, une question s’impose: des milliers de détenus seront-ils affamés, ou une solution surgira-t-elle à la dernière minute pour éviter une nouvelle catastrophe humanitaire?
Dans ce contexte, le prestataire chargé de l’alimentation des prisons, Wajih Khawaja, révèle que les fournisseurs n’ont pas été payés depuis près de cinq mois, malgré la poursuite des livraisons. Il précise que les transactions sur le marché s’effectuent au comptant, obligeant les fournisseurs à régler immédiatement les marchandises aux commerçants, tandis que l’État accumule les retards de paiement.
Cette situation les a placés sous une pression financière croissante, au point de ne plus être en mesure de poursuivre leurs activités. Malgré les appels de la Direction générale des Forces de sécurité intérieure à maintenir les livraisons, celles-ci ne sont que provisoires. La poursuite des approvisionnements sera impossible si les paiements ne sont pas effectués rapidement, menaçant une rupture à tout instant.
Le Liban compte 26 prisons, dont trois centrales, comme Roumieh, Tripoli et Zahlé, où sont détenus plus de 7.000 prisonniers. Les arriérés dus aux fournisseurs atteignent environ 2,8 millions de dollars pour cinq mois, soit près de 560.000 dollars mensuels pour assurer le strict minimum alimentaire, équivalant à 6,7 millions de dollars par an.
Selon Khawaja, le problème ne réside pas uniquement dans le manque de fonds, mais également dans la lenteur des procédures de décaissement au sein du ministère des Finances, plongeant les fournisseurs dans une crise aiguë de liquidités. Cette situation les contraint à envisager la suspension des livraisons, à contrecœur Toutefois, poursuivre dans ces conditions devient quasi impossible, alors même que les montants sont inscrits au budget mais n’ont pas encore été débloqués.
Les fournisseurs exhortent le ministre de l’Intérieur à intervenir rapidement, notamment via le retour au système des avances, afin de garantir la continuité de l’approvisionnement. Ils préviennent que leur capacité à fournir des denrées ne dépassera pas trois jours au maximum avant une interruption totale.
En définitive, le coût des prisons s’ajoute au fardeau d’un État déjà fragilisé par des crises multiples. Entre contraintes financières et surpopulation carcérale chronique, une réalité s’impose: réduire le nombre de détenus permettrait d’alléger les charges. Mais la question demeure entière: l’État choisira-t-il cette voie, ou adoptera-t-il la procrastination… jusqu’à l’explosion?



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