Les Palestiniens appelés à voter aux municipales
Une Palestinienne vote lors des élections municipales à Deir el-Balah, dans la bande de Gaza, le 25 avril 2026. ©EYAD BABA/AFP

Les Palestiniens de Cisjordanie et d'autres de Gaza ont commencé à voter samedi pour désigner leurs maires et conseillers municipaux, premières élections depuis le début de la guerre à Gaza, sur fond de désillusions et de choix limités.

Près d'1,5 million de personnes sont inscrites sur les listes électorales en Cisjordanie occupée, et 70.000 dans la zone de Deir el-Balah (centre de la bande de Gaza), les deux régions concernées, selon la Commission électorale centrale, basée à Ramallah.

À l'ouverture des bureaux à 07h00, des images de l'AFP tournées à Al-Bireh, en Cisjordanie, et à Deir el-Balah montraient des agents électoraux dans les bureaux de vote, alors que peu de Palestiniens se présentaient.

«Ces élections sont symboliques, mais je les vois comme l'expression de notre volonté de vivre. Nous sommes un peuple instruit et déterminé, nous méritons d'avoir notre propre État», a déclaré à l'AFP Mohammed al-Hasayna, 24 ans, après avoir voté à Deir el-Balah. «Nous voulons que le monde nous aide à surmonter la catastrophe de la guerre. Assez de guerre ! Il est temps de travailler à la reconstruction de Gaza».

Les conseils municipaux sont responsables de services essentiels tels que l'eau, l'assainissement et les infrastructures locales, et n'ont pas de pouvoir législatif.

En l'absence d'élections présidentielles et législatives depuis 2006, dont la tenue reste suspendue, ils sont devenus l'une des rares institutions démocratiques fonctionnelles sous l'administration de l'Autorité palestinienne.

Celle-ci fait face à de nombreuses critiques portant sur la corruption, la stagnation économique et l'érosion de sa légitimité, et les bailleurs de fonds conditionnent de plus en plus leur soutien à des réformes visibles, notamment au niveau de la gouvernance locale.

La plupart des listes électorales sont alignées avec le Fatah, le parti nationaliste et laïque du président palestinien Mahmoud Abbas, ou sans étiquette.

Aucune liste ne se réclame en revanche du Hamas.

Mahmoud Bader, un homme d'affaires de Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie, affirme qu'il votera, sans illusion.

«Indépendants ou venant d'un parti, les candidats ne changeront rien à la ville», dit-il à l'AFP, alors qu'Israël a pris le contrôle de deux camps de réfugiés voisins depuis plus d'un an.

«C'est l'occupation (israélienne) qui dirige Tulkarem», ajoute-t-il.

Dans d'autres grandes villes, dont Naplouse et Ramallah, une seule liste est en lice.

Les bureaux de vote resteront ouverts jusqu'à 19H00 en Cisjordanie, tandis qu'à Deir el-Balah, ils fermeront à 17H00 locales pour permettre un dépouillement à la lumière du jour, en raison de l'absence d'électricité.

«Occasion importante»

Le coordonnateur spécial adjoint de l'ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, Ramiz Alakbarov, a salué l'organisation de ces élections et jugé qu'elles "représentent une occasion importante pour les Palestiniens d'exercer leurs droits démocratiques, à un moment particulièrement difficile".

À Gaza, contrôlée par le Hamas depuis 2007, il s'agit des premières élections depuis les législatives de 2006 que le mouvement avait remportées.

Pour l'expert en sciences politiques Jamal al-Fadi, de l'université Al-Azhar au Caire, l'Autorité palestinienne n'organise l'élection qu'à Deir al-Balah à Gaza «comme une expérience (afin d'estimer) son succès ou son échec, car il n'y a pas de sondages» depuis le cessez-le-feu, en octobre 2025.

C'est aussi une des rares localités du territoire, dévasté par deux ans de frappes israéliennes, où la population n'a pas été massivement déplacée par la guerre.

M. Abbas, 90 ans, s'est maintenu au pouvoir depuis son élection début 2005 et ses promesses d'organiser des présidentielles et législatives n'ont jamais été suivies d'effet.

Farah Chaath, un habitant de Deir al-Balah, se dit heureux de voter pour la première fois, à 25 ans, jugeant que l'élection «est une confirmation de notre présence continue dans la bande de Gaza malgré tout».

Louis Baudoin-Laarman, avec AFP

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