Le Hezbollah semble acter une rupture définitive avec l’État, sans perspective de retour.
Trois prises de position, attribuées à ses responsables, viennent consacrer cette séparation. Elles paraissent clairement coordonnées et s’inscrivent dans une stratégie commune.
La première provient de l’ancien député Nawaf Moussaoui, connu pour ses déclarations tranchées, qui avaient déjà conduit à son éloignement des cercles décisionnels du Hezbollah, entraînant de facto la perte de son siège parlementaire. Aujourd’hui, le mouvement le mobilise à nouveau pour faire passer des messages destinés à signifier à l’État qu’il n’est pas seul à peser dans l’équation politique.
Dans ses propos, il rejette les négociations directes ainsi que tout accord ou traité susceptible d’en découler, qu’il considère comme nuls et non avenus, affirmant ne pas se sentir lié à leurs résultats.
La deuxième prise de position prend la forme d’un communiqué officiel du Hezbollah. Le mouvement y exprime son refus catégorique des négociations directes engagées par l’État. Il y développe une critique d’un processus qu’il estime être une renonciation aux droits du Liban, dénonçant une approche fondée sur la faiblesse plutôt que sur la force, sans mentionner que cette fragilité découlerait, selon ses détracteurs, de la guerre de 2024 et de ses conséquences.
La troisième déclaration est celle du secrétaire général Naïm Qassem, qui s’arroge le rôle de défenseur de l’islam et des musulmans. Il affirme par ailleurs que le Hezbollah ne se considère pas concerné par les résultats des négociations entre l’État et Israël, qu’il qualifie de concessions gratuites et humiliantes.
Dans sa rhétorique, le Hezbollah omet d’admettre que la situation actuelle du Liban et le recours aux négociations directes sont le résultat de sa défaite tonitruante lors de la guerre de 2024 et de ses prolongements jusqu’à ce jour.
Si la situation actuelle rend le Hezbollah plus intransigeant dans son rejet de tout compromis, et que sa connaissance du terrain lui permet de mener ses opérations, cela n’en demeure pas moins un facteur qui affaiblit la position de l’État libanais dans les négociations et sape sa capacité à imposer ses conditions.
Le Liban a perdu de nombreux leviers militaires, politiques et sécuritaires, au point où la négociation directe est désormais le maximum qu’il puisse espérer, alors qu’elle aurait dû en constituer le minimum acceptable. Le Hezbollah, lui, refuse cette réalité, malgré sa conscience du déséquilibre des forces dans ses opérations militaires.
Le point de bascule entre la situation actuelle et celle qui pourrait suivre tient à ceci: le Hezbollah a en réalité consacré, et assumé, une pratique engagée depuis plus de vingt ans, celle d’une séparation quasi complète d’avec l’État libanais, dans l’ensemble de ses institutions et de ses décisions. Tout en restant présent au gouvernement et au Parlement, il agit comme si la décision politique était partagée avec l’État, alors que les décisions de paix et de guerre relèveraient uniquement de lui.
Aujourd’hui, pour la première fois, certains lui adressent un message clair: «Arrête-toi là, tu n’es pas le seul acteur décisionnel.»



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