Discret, réservé, sobre: c’est ainsi que le pape Léon XIV était souvent présenté au début de son pontificat. Élu le 8 mai dernier, il tranchait alors avec son prédécesseur, le pape François, au style plus charismatique et expansif.
Une première approche plus silencieuse, durant laquelle il a pris ses marques avant d’affirmer son propre style. «Durant la première période, il travaillait surtout sur des dossiers avec une approche de juriste qui analyse la situation, puis en détermine un point de vue éthique», affirme à Ici Beyrouth François Mabille, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux.
«Avec son déplacement en Afrique, on voit que c’est un homme qui accepte de parler haut et fort, de manière très claire, alors que ses prédécesseurs étaient plus timorés», estime-t-il. Une analyse partagée par le père Gabriel Khairallah, enseignant jésuite à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, pour qui le pape «a passé cette année à écouter les uns et les autres, à voir les dossiers, à voir ce qui se passe à la curie. Et c’est là maintenant qu’il commence à se révéler avec son voyage en Afrique».
Si ses premiers mois, plus discrets, ont tranché dans la forme avec ceux de son prédécesseur, ils témoignent également d’une réelle continuité sur le fond.
Dans les pas du pape François
Loin de se distancier de son prédécesseur, le pape a en effet eu à cœur de poursuivre ses combats. «Léon XIV cite régulièrement le pape François. Il se place délibérément dans sa continuité», confirme à Ici Beyrouth le père Bernard Holzer de la congrégation des Augustins de l’Assomption, pour qui «son style sera sans doute plus dialoguant avec un travail plus collégial».
Léon XIV partage en effet avec son prédécesseur le même intérêt pour les questions sociales, et notamment le souci des personnes marquées par la pauvreté. Il n’hésite pas à dénoncer les inégalités, la mauvaise répartition des richesses, et le manque d’ouverture de la société envers les personnes les plus faibles.
Dans cette optique, il a publié, le 9 octobre, l’exhortation apostolique Dilexi Te. Initiée par le pape François, cette exhortation a pour thème central la nécessité de l’engagement envers les pauvres, présentée comme un choix de Dieu.
«Dilexi Te me semble être la porte d’entrée et de compréhension de son pontificat», affirme le père Bernard Holzer, «il met les pauvres au cœur de toute décision et de tout discernement. Ils sont "révélation" et rencontre de Jésus pour chacun d’entre nous».
Fin mars, lors d’un voyage express à Monaco, le pape a ainsi dénoncé le creusement «des abîmes entre pauvres et riches», soulignant que «chaque talent, chaque opportunité, chaque bien mis entre nos mains a une destination universelle, un devoir intrinsèque de ne pas être retenu mais redistribué».
Sur la question migratoire comme sur la place des femmes dans l’Église, le pape Léon XIV a également fait le choix de la continuité, en laissant notamment en place les femmes nommées par le pape François à des postes à haute responsabilité au Vatican.
Réconcilier l’Église
Lors de son élection, de nombreux commentateurs avaient affirmé que les cardinaux avaient choisi un profil plus diplomate et conciliant, afin de calmer les tensions dans l’Église. Il faut dire que le pontificat du pape François avait suscité quelque remous au sein de cette institution vieille de plus de 2000 ans.
À titre d’exemple, la déclaration du Dicastère pour la Doctrine de la Foi Fiducia supplicans, qui permet aux prêtres de donner des «bénédictions spontanées» à des couples de sexe opposé, a été très controversée au sein même de l’Église. Largement incomprise, ou jugée ambiguë, elle a nécessité plusieurs clarifications, notamment du pape François, qui a souligné que ce n’était pas la bénédiction des unions qui était permise, mais celle des personnes.
Les détracteurs du pape François dénonçaient également sa gouvernance jugée «trop autoritaire». En cause, notamment, le faible recours aux consistoires extraordinaires, c’est-à-dire des grandes assemblées de cardinaux qui ont pour but d’aider le pape dans sa gouvernance.
Dans ce contexte, le nouveau pape était particulièrement attendu au tournant par les différents courants de l’Église. Cependant, cette première année semble montrer une volonté de Léon XIV de rassembler l’ensemble des fidèles.
«L’unité fait partie de sa devise: " En Lui seul nous sommes un" ! Elle est centrée et enracinée dans le Christ non sur une idéologie», souligne le père Bernard Holzer. «Cela ressort clairement dans sa recherche obstinée de « la paix désarmée et désarmante » basée sur la justice, le droit, la dignité de toute vie et surtout la compassion», ajoute-t-il.
Ainsi, en un an, le pape a convoqué deux consistoires extraordinaires: un début janvier et l’autre qui se tiendra en juin prochain. Sur le plan sociétal également, Léon XIV semble chercher plutôt l’apaisement. «Il estime que l'Église n’a pas à se diviser sur les sujets de morale privée, et que ce n’est pas central», confirme François Mabille, «pour lui, le cœur de la foi catholique est ailleurs, il ne veut pas en faire un cheval de bataille de son pontificat».
Le tournant africain
Du 13 au 23 avril, le pape Léon XIV s’est rendu dans quatre pays d’Afrique: l’Algérie, le Cameroun, l’Angola et la Guinée équatoriale. Sur place, il a multiplié les appels à la justice sociale et a dénoncé les inégalités, la corruption et l’exploitation injuste des ressources naturelles par les «tyrans».
Dénonçant «ceux qui, au nom du profit, continuent de s'emparer du continent africain pour l'exploiter et le piller », le pape a appelé à «briser les chaînes de la corruption qui défigurent l'autorité en la vidant de sa crédibilité». Avec des paroles fortes, il a ainsi promu la défense des plus pauvres et a exhorté les différentes autorités «non pas à dominer, mais à servir le peuple et son développement».
Si sa tournée a été marquée par un ton particulièrement ferme et clair, elle a également pris de l’ampleur avec les critiques virulentes de Donald Trump. En effet, suite à plusieurs appels à la paix du pape, le président américain a rédigé le 13 avril un post incendiaire sur son réseau social Truth Social, l’accusant entre autres d’être «faible», de soutenir le programme d'armement nucléaire iranien, ou encore d’être «catastrophique en matière de politique étrangère» et de céder aux exigences de la gauche radicale».
Face à ces accusations, le pape s’est contenté d’indiquer aux journalistes de ne pas avoir «l’intention d’entrer dans un débat» avec Trump, tout en affirmant ne pas avoir peur de son administration. Il a également souligné qu’il continuerait à «s’exprimer contre la guerre, pour la paix, pour le dialogue». Une posture calme et mesurée qui contraste avec la virulence du président américain.
«Le pape n’est pas dans le fantasme de la toute-puissance comme Trump, il n’est pas dans cette logique du fort qui écrase tout le monde», estime le père Gabriel Khairallah «au contraire c’est un homme d’une parole qui est équilibrée, c’est l’homme de la douceur, et c’est la force de la douceur qui l’emporte».
Pour François Mabille, les critiques de Trump ont eu pour effet de renforcer la popularité et la légitimité du pape. «La polémique a pris une tournure internationale et a fait émerger le pape Léon XIV comme une figure publique importante, alors qu’auparavant il était assez peu visible. Ce moment l’a peut-être fait reconnaître comme pape par l’opinion internationale, ou en tout cas par les médias», affirme-t-il.
À bord de l’avion qui le ramenait à Rome, le pape a également évoqué la photo d’un enfant libanais. «Je porte avec moi la photo d’un enfant musulman qui, lors de ma visite au Liban, avait une pancarte où il était écrit "Bienvenue, pape Léon". Il a été tué durant cette dernière phase de la guerre», a-t-il affirmé.
Fin novembre, il s’était en effet rendu au chevet du Liban, traversé par des crises multiples. «Dans tous les discours qu’il a prononcés, le mot espérance est revenu plusieurs fois», se souvient le père Gabriel Khairallah, «comme s’il savait où il venait, dans un pays écrasé par la souffrance, écrasé par la misère, endeuillé encore par le 4 août. Au fond il est venu apporter un souffle d’espérance et un souffle de foi».
Pour le pape Léon XIV, la paix relève ainsi avant tout d’une exigence spirituelle: «en tant qu’Église je le répète: en tant que pasteur, je ne peux pas être en faveur de la guerre».




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