Trois morts, plusieurs cas suspects et un navire sous surveillance au large du Cap-Vert : l’épisode du MV Hondius met en lumière la souche Andes du hantavirus, rare mais potentiellement grave. Transmis surtout par les rongeurs, ce virus peut exceptionnellement passer d’humain à humain, sans traitement spécifique à ce jour.
Le MV Hondius, navire de croisière immobilisé plusieurs jours au large du Cap-Vert avant de prendre la direction des Canaries, est au cœur d’une alerte sanitaire suivie de près par l’OMS, l’ECDC et plusieurs autorités nationales. Trois décès ont été recensés, mais les autorités écartent, à ce stade, un scénario comparable au Covid-19.
Le navire de croisière MV Hondius, battant pavillon néerlandais, est devenu en quelques jours le centre d’une alerte sanitaire internationale. À bord, plusieurs cas de maladie respiratoire aiguë sévère ont été signalés, dont certains liés à une infection par hantavirus. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le bateau transporte 147 passagers et membres d’équipage de 23 nationalités. Au 4 mai, sept cas confirmés ou suspects avaient été recensés, dont trois décès, un patient en état critique et plusieurs personnes présentant des symptômes plus légers.
Le bilan a donné à l’affaire une forte résonance médiatique: trois personnes sont mortes, dont un couple de Néerlandais et une ressortissante allemande, selon les informations disponibles. Plusieurs évacuations médicales ont été organisées depuis le Cap-Vert vers les Pays-Bas, tandis qu’un avion médicalisé a fait escale aux Canaries pour une intervention technique. En Afrique du Sud, les autorités sanitaires ont également lancé une opération de traçage après le passage de deux patients infectés sur leur territoire.
Mais l’élément décisif est venu des Hôpitaux universitaires de Genève. Le Centre des maladies virales émergentes des HUG, centre collaborateur de l’OMS, a identifié la souche en cause à partir d’un prélèvement réalisé sur une personne ayant séjourné à bord du MV Hondius et testée positive par PCR. Il s’agit du virus Andes, une souche sud-américaine de hantavirus. Cette identification est essentielle, car le virus Andes est le seul hantavirus pour lequel une transmission d’humain à humain a été documentée.
Une source potentiellement sud-américaine
L’origine exacte de la contamination reste encore à établir. Il faut distinguer deux choses: la source biologique du virus et le lieu précis de l’exposition initiale.
La source biologique du hantavirus est connue: ce sont des rongeurs infectés. Le virus se transmet habituellement à l’être humain par inhalation de particules contaminées par l’urine, les excréments ou la salive de ces animaux. Le risque apparaît notamment dans des espaces clos ou mal ventilés, lors du nettoyage de lieux contaminés, ou dans des environnements où les rongeurs sont présents.
En revanche, le lieu exact où les premiers patients ont été exposés n’est pas encore confirmé. L’OMS indique que les premiers cas avaient voyagé en Amérique du Sud, notamment en Argentine, avant d’embarquer sur le navire le 1er avril à Ushuaïa. Le bateau a ensuite suivi un itinéraire à travers l’Atlantique Sud, avec des escales dans des régions isolées, dont l’Antarctique, la Géorgie du Sud, Tristan da Cunha, Sainte-Hélène et l’île de l’Ascension. L’OMS précise que le niveau de contact des passagers avec la faune locale, pendant le voyage ou avant l’embarquement, reste indéterminé.
L’hypothèse la plus plausible, à ce stade, est donc celle d’une exposition initiale avant l’embarquement ou au début du parcours, probablement dans une zone où le virus Andes circule. Le navire n’est pas nécessairement la source première de l’infection; il a pu devenir un espace de transmission secondaire, en raison de la promiscuité entre passagers et membres d’équipage.
Une transmission humaine, mais marginale
C’est précisément ce point qui rend ce foyer particulier. La plupart des hantavirus ne se transmettent pas d’une personne à l’autre. La contamination se fait presque toujours par l’environnement, au contact indirect de rongeurs infectés. Mais le virus Andes constitue une exception: des transmissions interhumaines ont déjà été décrites, notamment lors de contacts étroits et prolongés.
Cette possibilité ne signifie pas que le virus se propage facilement. L’OMS rappelle que la transmission d’humain à humain reste rare et limitée. Elle a surtout été observée dans des contextes de grande proximité: couples, familles, contacts rapprochés ou certains milieux de soins. Les autorités sud-africaines ont tenu le même discours: Aaron Motsoaledi, ministre de la Santé, a rappelé que cette transmission est rare et suppose un contact très étroit.
À bord du MV Hondius, les conditions de promiscuité ont pu favoriser une diffusion limitée du virus. Un navire de croisière constitue un environnement particulier: cabines partagées, espaces communs, durée prolongée du voyage, difficulté d’isolement immédiat, évacuations médicales complexes. Ces éléments peuvent faciliter la transmission entre personnes déjà proches, sans pour autant transformer l’événement en menace pandémique.
C’est pourquoi les autorités sanitaires insistent sur une double idée: le foyer est sérieux, mais le risque pour la population générale demeure faible. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, interrogé sur une éventuelle comparaison avec les débuts du Covid-19, a répondu qu’il ne le pensait pas. Il a également estimé que le risque pour le reste du monde était faible.
Un virus rare, mais potentiellement grave
Les hantavirus provoquent des maladies différentes selon les régions et les souches. En Europe et en Asie, ils sont plus souvent associés à des atteintes rénales, avec une gravité variable. Sur le continent américain, certaines souches, dont le virus Andes, peuvent provoquer un syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus, une forme beaucoup plus sévère.
Les premiers symptômes sont peu spécifiques: fièvre, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires, troubles digestifs. Cette phase initiale peut ressembler à une grippe ou à une infection virale banale. Dans les cas graves, l’état du patient peut ensuite se dégrader rapidement, avec une pneumonie, une détresse respiratoire aiguë, une chute de la tension artérielle et un état de choc. L’OMS indique que les symptômes apparaissent généralement deux à quatre semaines après l’exposition, mais que l’incubation peut varier d’une à huit semaines.
Cette longue période d’incubation complique l’enquête. Elle rend difficile l’identification du moment exact de la contamination, surtout dans le cas d’un voyage ayant commencé en Amérique du Sud et comportant plusieurs escales. Elle explique aussi pourquoi des cas peuvent apparaître après le débarquement, comme en Afrique du Sud ou en Suisse.
En Suisse, l’Office fédéral de la santé publique a confirmé qu’un homme ayant voyagé sur le navire était pris en charge à l’hôpital universitaire de Zurich. Le patient a été placé en isolement, et les autorités suisses estiment que le risque pour la population reste faible.
Pas de traitement spécifique
Il n’existe pas, à ce jour, de traitement antiviral spécifique approuvé contre le syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus. Il n’existe pas non plus de vaccin disponible pour prévenir ce type d’infection. La prise en charge repose donc sur des soins de soutien, en particulier dans les formes sévères.
Concrètement, les patients les plus graves doivent être transférés rapidement en soins intensifs. Le traitement vise à soutenir les fonctions vitales: oxygénation, ventilation mécanique si nécessaire, contrôle des apports en liquide, surveillance hémodynamique, traitement du choc et, dans certains cas, assistance circulatoire ou respiratoire avancée. L’OMS précise que la ribavirine, parfois évoquée pour certaines fièvres hémorragiques à hantavirus, n’a pas démontré d’efficacité contre le syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus et n’est pas autorisée pour cette indication.
Cette absence de traitement curatif renforce l’importance du diagnostic précoce, de l’isolement des cas suspects, de la surveillance des contacts et de la prévention environnementale. L’OMS recommande notamment d’éviter le balayage à sec dans les espaces potentiellement contaminés, de privilégier l’aération, le nettoyage humide, l’hygiène des mains, la surveillance des symptômes et le port du masque en cas de signes respiratoires.
En Afrique du Sud, les autorités ont identifié 62 personnes susceptibles d’avoir été en contact avec deux patients infectés, dont 42 ont déjà été retrouvées et placées sous surveillance. Ce traçage concerne notamment des passagers, des soignants, du personnel de soutien et des personnes présentes dans les lieux traversés par les patients.
Une alerte à surveiller, sans panique
L’affaire du MV Hondius concentre tous les éléments d’une crise sanitaire spectaculaire: un virus rare, trois décès, un navire isolé en mer, des évacuations médicales, plusieurs pays concernés et une souche capable, dans certaines conditions, de se transmettre entre humains. Elle justifie donc une surveillance étroite.
Mais elle ne doit pas être confondue avec le début d’une pandémie. Le hantavirus ne se transmet pas comme le SARS-CoV-2. Il ne circule pas facilement dans la population générale. Son mode principal de contamination reste environnemental, à partir de rongeurs infectés. La transmission humaine du virus Andes existe, mais elle demeure marginale, liée à des contacts étroits et prolongés.
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies estime lui aussi que le risque pour la population européenne est très faible, tout en appelant à maintenir les mesures de précaution. Plusieurs incertitudes demeurent: l’origine exacte de l’exposition, l’étendue réelle du foyer, le nombre final de cas et la part éventuelle de transmission interhumaine à bord.
L’épisode rappelle surtout la vulnérabilité particulière des milieux confinés. Un bateau de croisière n’est pas seulement un lieu de voyage: c’est un espace clos, mobile, international, où une infection rare peut rapidement devenir un dossier sanitaire complexe. Le danger n’est pas mondial, mais il est réel pour les personnes exposées. C’est toute la nuance de cette alerte: grave à bord, limitée au-delà.




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