La Russie frappe l'Ukraine en plein cessez-le-feu de Kiev
Cette photographie diffusée le 5 mai 2026 par le service de presse de la 93e brigade mécanisée indépendante «Kholodnyi Yar» des forces terrestres ukrainiennes montre des personnes rassemblées aux côtés d’une victime d’une attaque aérienne russe, enveloppée dans une bâche en plastique, à Kramatorsk, dans l’est de la région de Donetsk, dans le contexte de l’invasion russe de l’Ukraine. ©IRYNA RYBAKOVA / THE 93RD KHOLODNYI YAR SEPARATE / AFP

L'Ukraine a accusé la Russie d'une nouvelle attaque mercredi matin, au lendemain de frappes russes qui ont fait au moins 28 morts dans le pays, alors qu'a débuté à minuit un cessez-le-feu annoncé unilatéralement par Kiev.

Vers 04H30 GMT, plus de sept heures après l'entrée en vigueur de cette trêve, aucune attaque ukrainienne n'avait été rapportée par les autorités russes.

Côté ukrainien, des alertes ont cependant retenti dans plusieurs régions et les autorités ont fait état de deux personnes blessées dans des frappes à Kharkiv, près de la frontière russe, ainsi que d'un équipement industriel touché dans la région de Zaporijjia.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé une trêve à durée non déterminée lundi, en réponse à celle demandée par son homologue russe Vladimir Poutine pour les célébrations de la victoire contre l'Allemagne nazie, le 9 mai.

Le dirigeant ukrainien, qui réclame de longue date un arrêt des hostilités, a toutefois souligné que Kiev répondrait «de manière symétrique» à toute violation de son cessez-le-feu.

La journée de mardi s'est avérée particulièrement sanglante, avec au total 28 personnes tuées en Ukraine, selon un bilan des autorités locales actualisé mercredi.

«Nous avons besoin de l'arrêt de telles frappes et de toutes les autres du même genre chaque jour, et pas seulement de quelques heures quelque part, au nom de célébrations», a souligné M. Zelensky.

«C'est d'un cynisme absolu que de demander un cessez-le-feu afin d'organiser des célébrations de propagande, tout en menant chaque jour de telles frappes», a-t-il dénoncé.

Terreur

Les frappes russes de mardi ont tué 12 personnes à Zaporijjia, six à Kramatorsk, quatre à Dnipro, quatre à Poltava, une à Kharkiv et une à Nikopol.

Une attaque ukrainienne de drones sur la Crimée occupée a par ailleurs fait cinq morts mardi soir, dans la localité de Dzhankoi, selon les autorités russes.

«À quelques heures seulement de l'entrée en vigueur de la proposition de cessez-le-feu de l'Ukraine, la Russie ne montre aucun signe de préparation visant à mettre fin aux hostilités. Au contraire, Moscou intensifie la terreur», avait constaté mardi le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiga, sur X.

L'Ukraine demande de longue date une trêve prolongée pour favoriser des négociations afin de trouver un accord pour arrêter la guerre déclenchée par l'invasion russe à grande échelle en février 2022, conflit le plus sanglant en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Mais la guerre en Ukraine a été largement éclipsée dans l'ordre du jour de la Maison Blanche par le conflit dans le Golfe et la perspective de pourparlers s'est éloignée.

La guerre en Ukraine a toutefois été évoquée mardi lors d'un appel entre le secrétaire d'État américain Marco Rubio et son homologue russe Sergueï Lavrov, a annoncé le département d'État.

Manœuvre tactique

Selon l'analyste politique ukrainien Volodymyr Fessenko, l'annonce de trêve par Kiev est une manœuvre tactique dans les champs «informationnel et politique».

«Si la Russie ne respecte pas notre cessez-le-feu, nous sommes en droit de ne pas respecter le sien. Cela annule l'initiative de Poutine», a estimé M. Fessenko auprès de l'AFP, jugeant qu'il était «presque certain» qu'aucun des cessez-le-feu ne serait pleinement suivi.

En avril, un cessez-le-feu de 32 heures pour la Pâques orthodoxe avait été violé à de nombreuses reprises sur le front, même si un arrêt des attaques aériennes longue portée avait été observé.

Moscou refuse tout cessez-le-feu durable, arguant qu'il permettrait à Kiev de renforcer ses défenses. La Russie exige notamment avant tout arrêt des combats que l'Ukraine lui cède toute la région de Donetsk (est), que l'armée russe ne contrôle que partiellement.

Pour la première fois depuis l'été 2023, la zone contrôlée par les Russes en Ukraine a diminué de quelque 120 km² en avril, selon l'analyse par l'AFP des données de l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).

Par Stanislav DOSHCHITSYN / AFP

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